02.02.2010
Jésus, Joyeuse et Sainte Lumière
Solennité de la Présentation de Jésus et de la Purification de la Vierge Marie
Quarante jours après la fête de la Nativité, nous arrivons au terme du temps liturgique après l'Epiphanie. Dès la semaine prochaine, tout en restant dans ce temps en vert dont nous avons vu qu'il n'avait rien d'ordinaire, la liturgie se fera plus pressante et nous invitera plus que jamais à accueillir la miséricorde de Dieu à l'approche du Carême.
Dans cette page d'Evangile, nous retrouvons la Sainte Famille : Marie et Joseph, juifs pieux, vont au temple de Jérusalem accomplir les rites prescrits par la loi de Moïse. Jésus est un garçon et de surcroît le premier-né. Or, la tradition juive voulait que l'enfant mâle premier né d'une famille soit consacré et, d'une certaine manière, sacrifié à Dieu par le truchement de deux colombes. Quant à la mère, elle était considérée comme impure et intouchable quarante jours après la naissance de l'enfant. Au terme des quarante jours, on célébrait les relevailles de la mère - qui pouvait alors reprendre une vie normale - et on présentait l'enfant au temple de Jérusalem.
En choisissant de fêter le Christ Lumière de nos cœurs lors de cette solennité de la Présentation, l'Eglise célèbre la grande révolution que Jésus est venu apporter dans la relation de l'Homme à Dieu. Les quelques versets de cet Evangile nous offrent, en effet, toute la nouveauté du Dieu de Jésus-Christ, ou plutôt, nous font passer à une nouvelle étape de la pédagogie divine. Jusqu'alors le peuple hébreu avait conservé bien des pratiques païennes à l'égard du Seigneur. Ce Dieu qui se réjouissait plus d'un cœur brisé que du sang des sacrifices, apparaissait pourtant à l'humanité comme un Dieu jaloux à qui l'on devait sacrifier - même virtuellement - l'aîné de la famille. Dieu était cette divinité cantonnée dans le monde du sacré, c'est-à-dire, dans la séparation et l'interdit. L'Homme était du côté du profane si ce n'est de l'impuretéquand on considère le temps de retraite imposé aux mères après leur accouchement. Si le Seigneur a bien voulu se soumettre à ces rituels, c'est pour les mieux renverser.

C'est ce que le vieillard Siméon et la prophétesse Anne ont bien compris : Dieu n'est plus du côté de l'interdit et du sacré : il est en nous. En Jésus-Emmanuel, Dieu vient nous dire que le vrai sanctuaire c'est le cœur de l'Homme. Marie a tendu l'enfant à Siméon qui, au seuil de sa vie, a vu se réaliser la Promesse de l'Esprit : il a pu voir et toucher le visage de Dieu, d'un Dieu fragile dont nous devons être le refuge. Pour cela, il nous faut, comme lui, prendre le temps de la prière et de la contemplation pour quitter la surface de nous-mêmes et se mettre à l'écoute de l'Esprit. Alors, en nous, le rideau du temple se déchirera et nous pourrons voir Jésus, non pas avec les yeux du corps, mais avec ceux de l'âme.
Les cierges qui illuminent nos églises et qui seront bénis au cours de cette messe de la Présentation ne disent pas autre chose : ils témoignent qu'en Jésus-Christ, on est passé du sacré à la sainteté. Désormais, c'est notre vie quotidienne qui est le sanctuaire de Dieu. La ténèbre n'est point ténèbre devant Toi, la nuit comme le jour est Lumière chante le refrain bien connu de Taizé. C'est dans nos joies, nos pleurs, nos brouillards, nos dépassements que la flamme de l'amour de Dieu vient brûler. Chaque eucharistie nous le rappelle: Dieu a choisi l'humble repas du pauvre - le morceau de pain et la coupe de vin - pour perpétuer parmi nous l'actualité éternelle de sa Passion et de sa Résurrection. Car Dieu est mort de n'avoir pas été reconnu et aimé comme le Dieu de nos cœurs. Le Dieu de Jésus Christ est le Dieu que l'on doit aimer et honorer en esprit et en vérité. On ressent toute l'actualité de cet Evangile : nos pratiques chrétiennes ne sont-elles pas parfois empreintes d'une conception périmée de Dieu ? Nous pouvons rappeler que, dans la France du XVIIIème siècle et même du début du XIXème siècle, la cérémonie des relevailles était encore une prescription de l'Eglise catholique... Plus près de nous, le grand retour du sacré dans les pratiques liturgiques de l'Eglise romaine pose question : la liturgie, si elle ne peut souffrir les approximations, doit avant tout sanctifier et non sacraliser. Toute liturgie est celle du peuple de Dieu dans son ensemble. Quand certains prêtres excluent des petites filles du service de l'autel à cause de leur sexe, quand l'harmonie entre sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel est rompue, quand, à force d'adorations eucharistiques coupées de la célébration communautaire de la messe, on réduit la Présence réelle du Christ à une présence locale et matérielle sur laquelle on peut avoir prise comme bon nous semble, nos liturgies se paganisent et Dieu redevient une caricature où l'on projette toutes nos limites.

Puisse cette fête de la Présentation, puissent ces cierges qui illumineront nos églises et nos foyers faire de nos liturgies une oraison sur la vie, une oraison sur l'Homme, une oraison sur le prochain pour reprendre des mots de Maurice Zundel. Nous n'aurons qu'à suivre l'exemple de Marie. C'est le partage de Marie en ce saint temps d'être en silence. C'est son état, c'est sa voie, c'est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la Parole éternelle. ( ...) Siméon parle au temple ainsi qu' Anne la prophétesse, et tous ceux qui attendent le salut d'Israël et Marie donne, reçoit et rapporte son Fils en silence. En méditant l'évangile de Luc dans cet extrait des Opuscules de piété, Pierre de Bérulle nous invite, à la suite de Marie, à nous mettre en retrait pour être attentif aux appels de Dieu dans nos vies. Loin des Vierges bavardes des sanctuaires pagano-chrétiens de Medjugorge et autres San Damiano, Marie de Nazareth est une femme de silence qui, avec l'aide de la grâce, a eu l'audace de dire oui à l'appel de Dieu, le souci d'accueillir et d'approfondir jour après jour, le sens profond de sa maternité et la nature véritable de son Fils. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée lui déclare le vieillard Siméon. Paroles prophétiques dont Marie a dû se souvenir en suivant son fils torturé sur le chemin du Calvaire, en le pleurant au pied de la Croix. Par sa souffrance de mère, Marie a fait l'expérience de l'indigence de l'amour de Dieu, elle a vécu dans sa chair la détresse divine. C'est en effet, par la mort de la Croix, que le Seigneur vient nous dire que nous sommes son Royaume et qu'il nous attend, en nous et dans nos frères, pour peu que nos cœurs, souvent endormis, se laissent déchirer par les pleurs ou les joies des frères et sœurs qu'Il nous envoie et nous donne à aimer. Puissions-nous leur refléter un peu de sa Lumière et, à l'Eucharistie, les faire entrer, par nos prières d'offrande, que le prêtre rassemble au nom de la communauté, dans la grande communion des saints, dans ce Royaume sans limites où toute réalité est sacrée.
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16.01.2010
En Christ, le temps ordinaire n'existe pas
Avec sagesse, les églises catholiques non romaines de rite latin (anglican et vieux catholiques) n'ont pas adopté certaines innovations du calendrier liturgique romain en particulier dans le découpage de l'année liturgique. Après le temps de Noël qui s'est achevé sur la fête de l'Epiphanie, nos liturgies ont revêtu le vert. Nous ne sommes pas pour autant passés dans le temps ordinaire. Jusqu'au mercredi des Cendres, nous vivrons dans la lumière de l'Epiphanie puis dans l'attente du Carême. A la fin du temps pascal qui se clôturera par la fête de la Pentecôte, nous vivrons aussi du don de l'Esprit pour entrer toujours plus en profondeur dans le mystère de notre Salut. Ainsi l'année liturgique est-elle polarisée par le temps de la Nativité (Noël et Epiphanie, deux mystères intrinsèquement liés) et par la fête de la Résurrection dont le mystère est pleinement intériorisé à la Pentecôte. Tels des phares sur nos routes, chacune de ces fêtes apporte sa propre lumière et rayonne sur l'année liturgique, éclairant notre pèlerinage intérieur. L'année liturgique se comprend ainsi comme un tout porteur de sens pour notre vie spirituelle. Or, le décompte des dimanches du temps ordinaire dans le nouveau calendrier liturgique romain se veut indépendant du cycle de Noël et du cycle de Pâques s'achevant au mercredi des Cendres pour reprendre au mois de mai-juin comme si de rien n'était. Chaque jour de nos vies ne serait - il qu'un temps ordinaire aux yeux de Dieu ? Bien sûr, pour nous, le quotidien a tendance à prendre le pas sur tout le reste. Mais pour qui essaie de vivre dans le temps de Dieu, chaque jour est l'occasion d'une grâce, d'une rencontre qui marquera peut-être à jamais notre vie, l'occasion aussi de pécher, de tomber, parfois dans les tréfonds de notre misère pour mieux être relevé par l'amour miséricordieux du Seigneur. Chaque jour, chaque dimanche, est l'occasion pour nous d'offrir à Dieu dans la célébration de la messe, sacrement de la Croix et de la Résurrection, les vies et les visages qui nous habitent, les souffrances et les joies de notre Monde. Chaque jour est l'occasion d'un nouveau départ et d'une joie toujours nouvelle.

Dans ce temps après l'Epiphanie, la liturgie vieille-catholique nous propose de contempler la multitude des épiphanies du Dieu caché : des noces de Cana à la présentation de Jésus au temple, en passant par l'épisode de Jésus, perdu et retrouvé dans le temple au milieu des docteurs de la Loi ou du passage de la tempête apaisée par le Christ. Chacun de ses fragments d'évangile que nous lirons, dimanche après dimanche, nous disent la proximité de Dieu dans le concret de nos vies, cette proximité qui fait justement de notre quotidien tout sauf un temps ordinaire. A nous de rester vigilants pour accueillir l'inattendu de Dieu, à nous d'élargir l'espace de notre tente (Is 54,2) pour faire toute la place à un Amour qui veut bousculer nos vies pour les faire entrer dès à présent dans le Royaume de Dieu. Un modèle nous est donné le 2ème dimanche après l'Epiphanie : celui de la Sainte Famille. Au début du XVIIIème siècle, les pères de l'Eglise d'Utrecht qui vivaient de la spiritualité de l'Oratoire avaient, à la suite de Pierre de Bérulle, une dévotion particulière pour la Sainte Famille. Avec Marie et Joseph, nous sommes plongés au cœur d'une famille à problèmes : un enfant inattendu, une toute jeune mère (Marie a 14-15 ans), un père qui cherche sa place. Et quand dans l'évangile de Luc (Luc 2,41 - 52), l'enfant se fait fugueur, l'icône est brisée. Pour autant, Marie et Joseph n'ont pas fui les difficultés. Ils ont fait de cette faille une porte d'entrée pour la Grâce. Par le oui de la Vierge, ils ont accueilli ce mystère qui les dépassait et on eut conscience qu'ils devaient être des passeurs, des porteurs discrets et humbles de Dieu. Ils ont cherché Jésus trois jours (cela rappelle l triduum pascal) dans la foule des pèlerins pour finalement le retrouver dans "la maison de son Père". Leur amour de parents n'a pas été possessif, mais ouverture de cœur, fidélité dans l'appel reçu de Dieu pour percevoir la nature profonde de leur enfant, pour le laisser croître et non l'étouffer. Puisse ce temps après l'Epiphanie être pour nous tous le temps de l'Amour de Dieu mis au centre de notre vie par la prière, par la lecture de la Parole et par l'attention portée aux souffrances de notre monde. Amour découvert en nous, Amour rayonnant par nous. Alors, nous pourrons redire, en la solennité de la Présentation du Christ au temple, la prière du vieillard Siméon :
Maintenant, O Maître Souverain, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix selon Ta Parole car mes yeux ont vu le Salut que tu préparais à la face des peuples, Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël.
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31.12.2009
Dieu Lumière
Chers frères et soeurs dans le Christ,
Au seuil de cette nouvelle année, puisse ce blog, à travers les quelques textes que j'y dépose (bien irrégulièrement et je m'en excuse), nous aider à progresser vers le Seigneur et à être une petite flamme sur la toile, un reflet modeste de la Lumière du Christ pour celles et ceux qui y feront halte. Merci Seigneur pour les bénédictions que tu répands à travers cet outil, merci pour les frères que tu donnes et permets nous d'avancer sans cesse vers toi, la Lumière de nos coeurs.
Avec l'assurance de ma prière, je vous souhaite une année de Grâce dans l'intimité du Seigneur.
Je vous laisse ce petit texte du Père Lev Gillet qui continue de nous accompagner dans nos méditations.

Etincelles
Un homme marche dans la nuit noire. Une nuit d'hiver. Le froid est glacial. La neige tombe. Le paysage et l'atmosphère semblent exclure toute espérance.
Et voici que soudain, parmi les flocons de neige qui mordent la main du voyageur, apparaissent des étincelles.
D'où ces étincelles peuvent-elles venir ? Mais il y a donc une flamme, il y a donc un feu tout près d'ici ? Il y a donc une possibilité de se réchauffer, une source de lumière et de chaleur !
Il y a une Flamme, il y a un Feu tout près, infiniment près...
Père Lev Gillet
Amour sans limites
Ed. de Chevetogne
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