12.04.2009

De la mort à la vie

Chers frères et soeurs,

Suite à un problème de maintenance du blog, je publie les posts du vendredi saint et du jour de Pâques dans le même article qui sera donc un peu long...Bonne lecture et belle fête de la Résurrection à vous aussi.

Aelred

 

 Vendredi saint :

Dieu saint, Dieu fort, Dieu Immortel, prends pitié de nous !

 

Une méditation du père Lev Gillet

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. En cette phrase est contenue l’explication la plus complète, la plus profonde de la Passion du Sauveur. Le plus grand amour est maximal. Il exige le don qui va jusqu’à la mort. Le Golgotha : non une exigence de justice mais une exigence d’amour. Avec Marie, ta mère, avec le disciple que tu aimais, avec les femmes qui te restèrent fidèles, Seigneur, je me tiens au pied de Ta Croix.

Vers Toi, j’ose élever les yeux et dans ce regard jeté sur ton sacrifice, j’apprends ce que, à travers les paroles mêmes de l’Evangile, je n’avais pas su apprendre. Tes pieds sont cloués au bois. Ta croix est le pressoir où la vraie vigne est pressée. Tu n’as pas la possibilité de t’éloigner. A ce rendez-vous que tu m’as assigné, tu m’attends. Fixé à la Croix, tu t’astreins à cette attente. Je puis ne pas venir mais Toi, Tu es là et tu demeures où Tu t’es laissé mettre.

Tes bras sont étendus. Ils s’ouvrent pour appeler tous les hommes. Ils ne peuvent pas se refermer. Les clous les maintiennent dans ce geste qui invite et embrasse. Ils me disent en silence Viens.

Ta tête est baissée. Tu l’inclines dans un mouvement qui acquiesce. Tu as accepté et consommé la volonté de Dieu, la tienne donc, autant que celle du Père et de l’Esprit. Tu inclines la tête en signe d’obéissance à ce qu’exige envers les hommes l’amour des Trois. En même temps, Ta tête est inclinée vers ceux qui sont là en bas. Elle est inclinée vers ceux qui t’ont aimé, vers ceux qui ont crié Crucifie le, vers ceux qui souffrent et se traînent en gémissant, vers ceux qui cherchent sans savoir.

Tes yeux sont maintenant fermés. En une même vision intérieure, ils voient le Père, et ils voient les hommes, et vers ces deux objets de ton amour va le mouvement de tout ton être.

 

Le sang coule de ton front, de tes mains, de ton corps flagellé. Il coule lentement, en longs ruisseaux. Il va aussi couler de ton flanc ouvert, comme si ton cœur éclatait sous la pression de ton amour souffrant. La coupe est répandue en libation.

La couronne d’épines meurtrit ta tête. Tressées en cercle, ces épines sont comme les péchés des hommes, assemblés et juxtaposés pour être posés sur toi. Tous les péchés des hommes sont contigus et liés ensemble. Le prêtre hébreu, étendant les mains, mettait les péchés sur la tête de la victime. Ainsi les hommes ont, de leurs mains, placé le cercle de leurs péchés sur la plus noble partie de ton corps, sur ta tête. Mais autour de cette tête, je vois des rayons de lumière. Un halo d’or émane de ta tête ensanglantée. Cette buée donne sens à la vision douloureuse. Si je ne la percevais pas, je n’aurais qu’une image incomplète du Crucifié car le Crucifié est Sauveur et Seigneur.

 

 

Odilon Redon, Gekruisigde Christus, KMSKA, inv.nr. 2887.jpg

Christ crucifié - Odilon Redon

 

Jésus, devant ta Croix, je ne parle plus, je ne pense même plus. Je te regarde et, à chaque respiration, à chaque battement de mon cœur, je voudrais qu’en moi pénètre plus profondément ton image. Entre donc en moi Crucifié rayonnant. Toi que des clous fixèrent à la Croix, sois cloué sur mon corps, sous cloué dans mon âme. Que je te porte avec moi pour toujours, te pressant contre moi, toi l’Aimé.

(Ils ne comprendront pas. Ils parleront d’imagination maladive. Mais nous sommes ensemble, toi et moi)

Je suis à toi. Je suis à toi. Je suis entre tes mains. Je ne peux que balbutier et répéter ces mots. Sois le sceau posé sur mon cœur, sur mes sens. Cette image est si familière – tes bras étendus sur la croix – que jamais elle ne m’abandonne et qu’elle me sauve aux heures de tentation ! Que je ne la laisse point se briser ou se ternir, et que sa permanence en moi me permette, au soir de ma journée, d’approcher, tremblant mais joyeux la ligne de partage !

Seigneur, Ta Passion n’a pas pris fin. Tes blessures sont encore saignantes. On te crucifie aujourd’hui encore. Où donc ? Il n’est que de lire les journaux. Ton corps est torturé, crucifié partout et à tout heure. Dans tes membres humains.

 

 

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Etiez-vous là quand on a crucifié mon Seigneur ? Cette phrase d’un negro spiritual pose une question actuelle et poignante. Suis-je là où l’on crucifie mon Seigneur ? Suis-je capable d’élargir aux dimensions du Golgotha universel, contemporain, ma pauvre imagination si étroite et si centrée sur elle-même ? Puis je me rendre présent aux agonies du corps du Christ en chaque homme que le Mauvais écartèle ou que les hommes font souffrir (parfois en ton nom O Christ) ? Puis je me rendre présent aux tête-à-tête de Jésus avec chaque malheureux ? Tête à tête oui. D’une part, tête humaine. D’autre part, la Sainte Face, bafouée, meurtrie. Je serai présent en esprit à ces tête-à-tête, si je porte en moi cette Sainte Face.

Père Lev Gillet, le moine de l'Eglise d'Orient in Jésus, simples regards sur le Sauveur

 

 

Message de Pâques :

 

 

Voici la Nuit où le Christ brisant les liens de la mort s'est relevé victorieux des Enfers !

Dans la grâce de cette nuit, accueille Père très saint le sacrifice du soir de cette flamme que l'Eglise t'offre. Flamme qui se transmet sans jamais perdre sa clarté !

(chant de l'Exultet)

 

Que la Paix du Christ ressuscité et sa joie nous habite et vienne nous donner l'audace d'espérer et d'accueillir l'Inattendu de l'amour divin qui nous attend là où nous le pensions pas.

Pour ouvrir ce temps pascal, voici une petite méditation du moine de l'Eglise d'Orient pour partir à la rencontre du Dieu qui nous donne rendez vous en Galilée...

 

Matin de Pâques. Les femmes qui, à l'aube, se rendent au sépulcre, portant des aromaties, se disent entre elles Qui nous roulera la pierre ? Car une pierre, qui est très grande, obstrue l'entrée du tombeau. Selon tout calcul humain, il est improbable que les femmes puissent atteindre le corps du Seigneur.

Souvent Jésus semble emprisonné dans mon âme et réduit à l'impuissance comme il l'était dans le sépulcre avant la Résurrection. La lourde pierre de mon péché le maintient en cet état. Combien de fois j'ai désiré voir Jésus se lever en moi, dans sa lumière et dans sa force ! Combien de fois, j'ai essayé de rouler la pierre, mais en vain ! Le poids du péché, le poids de l'habitude étaient trop forts. Je me disais, preque sans espoir Qui me roulera la pierre ?

 

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Les saintes femmes au tombeau - Sacramentaire de Sion - XIème siècle

 

 

Les femmes, néanmoins, sont en route vers le tombeau. Leur démarche est un pur acte de foi. Cette foi - cette folie - aura sa récompense. Je dois, moi aussi, persister dans la folle espérance que la pierre sera enlevée.

Mais les femmes allant au tombeau n'ont pas les mains vides. Elles portent des aromates achetées pour l'embaumement du corps de Jésus. Si je désire que la pierre soit ôtée de mon âme, je dois - au moins comme un signe , un gage de ma bonne volonté - apporter quelque chose. Ce sera peut être très peu, mais ce doit être quelque chose qui me coûte, quelque chose qui soit de la nature d'un sacrifice.

Et voici : les femmes trouvent que la pierre, à l'entrée du sépulcre, a été ôtée. Elle a été ôtée d'une manière qu'elles ne prévoyaient pas. Il y eut un grand tremblement de terre, un ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre. Pour ôter la pierre, il ne faut rien moins qu'un cataclysme. Il n'eût pas suffi d'une poussée, d'un rajustement partiel. De même, la pierre qui semble immobiliser et paralyser Jésus dans mon âme ne peut être enlevée que par un tremblement de terre, une violente catastrophe intérieure, par un changement radical et total. Il faut qu'une secousse fulgurante m'ébranle. Jésus ne ressuscite en moi que si celui que j'étais cesse d'être faisant place à l'homme nouveau. Non une retouche, une mise au point, mais une mort et une résurrection.

L'ange fait dire aux disciples que Jésus ressuscité les attend en Galilée. Jésus lui - même renouvelle cet ordre Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée. C'est là qu'ils me verront. Pourquoi ce retour en Galilée ?  Jésus veut-il soustraire ses disciples à l'hostilité des Juifs ? Veut-il, après les anxiétés du temps de la Passion, leur assurer des jours de recueillement et de calme ? Peut-être. Mais il y a, semble - t- il, une raison plus profonde.

C'est en Galilée que les disciples avaient rencontré Jésus. C'est là qu'ils avaient entenduqui a, une fois, rencontré Jésus ne peut l'oublier.  Jésus m'invite à revenir dans la Galilée de mon âme, à faire revivre en moi l'intimité et la ferveur des premiers jours. Là de nouveau, je le verrai. l'appel et commencé à suivre le Sauveur. Le souvenir de ces jours devait garder dans leur âme une fraîcheur de printemps. Après les infidélités de la dernière semaine, Jésus voudrait replonger ses disciples dans cette fraîcheur et cette ferveur première. Il voudrait renouveler en eux l'émotion, la décision de la première rencontre. Dans l'atmosphère galiléenne ranimée par lui, il complètera sa révélation.

 

 

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Il y a une Galilée dans la vie de chacun de nous - ou du moins, dans la vie de ceux d'entre-nous qui, un jour, ont rencontré le Sauveur et l'ont aimé. Cette Galilée, c'est dans mon existence, le temps où je suis devenu conscient que Jésus me regardait et m'appelait par mon nom. Depuis lors,  bien des années ont pu s'écouler. Ces années ont pu être chargées de péchés sans nombre. Il peut sembler que j'aie oublié Jésus Christ. Cependant, Seigneur, je voudrais revenir en Galilée. Mais te retrouverai- je ? Comment puis-je réchauffer mon âme devenue si froide ? Le souvenir de notre Galilée suffira - t -il à recréer l'émotion de notre première rencontre ?

Il vous précède en Galilée... Mon enfant, tu n'auras pas à évoquer péniblement ma présence. Je serai fidèle au rendez-vous que je te donne. Je ferai plus que t'attendre dans cette Galilée du souvenir. Voici que je t'y précède, je t'y conduis. Lorsque ton coeur se sera, de nouveau, fixé en Galilée, celui qui te guide se fera reconnaître de toi. Et il te parlera...

Père Lev Gillet

Toutes mes excuses et attention

Chers frères et soeurs,

Je m'aperçois que le post prévu pour le vendredi saint n'est pas apparu. Il n'y a que le titre Dieu saint, Dieu fort, Immortel, prends pitié de nous.  Je l'ai donc remis mais à la date du jour de Pâques.

ATTENTION : en en-tête de mon blog, la plate forme Haut et Fort a fait publier une publicité pour un mouvement sectaire !! Je vais tout de suite demander la suppression de cette publicité . Je n'ai rien à voir avec cette organisation ! Toutes mes excuses pour ces problèmes de maintenance qui ne dépendent pas de moi.

Bien à vous

Aelred

04.04.2009

Montons avec Jésus à Jérusalem

Chers frères et soeurs,

 

Je voulais vous souhaiter une belle entrée en semaine sainte. Je vous porterai dans la prière en ces temps où je sais que beaucoup d'entre vous, surtout parmi mes frères catholiques romains, souffrez de la crise que traverse l'Eglise de Rome. Moi qui ai choisi de vivre une autre vision du catholicisme dans l'Eglise vieille-catholique de l'Union d'Utrecht, je prie avec et pour vous, afin que l'Esprit travaille à faire germer des lieux d'espérance et de libération. Je prie aussi pour que le premier des évêques, l'évêque de Rome, devienne enfin ce serviteur des serviteurs de Dieu, premier entre les égaux, ses frères évêques, dans une Eglise catholique réunifiée.

Envoie ta lumière et ta vérité Seigneur, qu'elles guident nos pas et nous conduisent sur ta montagne sainte jusqu'en ta Demeure !


Voici une petite méditation qui ferait une belle prière pour ces jours saints.

 

Jésus prend à part les Douze et leur dit : Voici nous allons à Jérusalem, et le Fils de l'Homme sera livré. L'Evangile indique bien qu'il s'agit d'un aparté, de paroles échangées à l'écart. C'est seulement aux apôtres, et non à tous les disciples, que Jésus, sur la route montante, confie le secret du voyage.  Certes, Jésus attend maintenant de chaque chrétien, qu'il s'associe à l'évènement décisif qui eut lieu à Jérusalem. Mais Jésus reste le maître du temps et des vocations individuelles. Il choisit l'heure où il convie son disciple à participer au privilège des apôtres et à monter avec lui à Jérusalem, la fin douloureuse étant en vue.  Combien de chrétiens ont-ils l'oreille à cette invitation ? Combien ont saisi que ce qui s'est passé alors à Jérusalem, ce qui continue à se passer dans la Jérusalem éternelle, invisible, est ce qu'il y a de plus important au monde ?

 

 

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Seigneur Jésus, j'ai entendu l'invitation. Tu m'as pris à part, sur la route. Tu veux que je m'isole des autres hommes pour les mieux rejoindre. Tu veux que je t'accompagne au terme de ton voyage, dont tu me révèles, dont tu me révèleras de plus en plus le sens et les aspects.

Seigneur à partir d'aujourd'hui, je veux _ par ta grâce _ que la montée à Jérusalem et ce que j'y verrai et entendrai de toi au cours de la suprême et dernière semaine soit l'intérêt dominant de ma vie, la norme de tout le reste, le cercle à la fois étroit et immense où tout le reste deviendra inclus et dont tu seras le centre.


Voici, je tourne le dos à tout ce que j'ai cherché et suivi. Voici, je rejette dans le passé tout ce qui ne peut s'intégrer au grand mystère de Ta Pâque, où tu veux que j'accède. Voici je monte avec toi à Jérusalem. Que toute chair fasse maintenant silence.

 

 

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Le récit de la dernière Pâque et de la Passion est, dans le quatrième évangile, introduit en ces mots Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Jusqu'à la fin : non seulement Jésus a aimé les hommes jusqu'au dernier moment de son existence terrestre, mais il les a aimés d'une manière complète, totale, parfaite, définitive. Il les a aimés au maximum. C'est dans sa Passion qu'il a mis le comble à son amour. C'est là  que l'exploration de Jésus par son disciple est la plus profonde, la plus fructueuse. C'est là je découvre combien _ et à quel prix _ je suis aimé. C'est dans son immolation que l'agneau de Dieu est l'agneau au plus haut point et  se manifeste comme l'agneau. Seigneur, montre moi l'agneau.


Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient in Jésus, simples regards sur le Sauveur.