31.12.2006
Le mystère de la Theotokos : Marie, sacrement de l'amour maternel de Dieu
Chers lecteurs,
Aujourd'hui dimanche 31, fête de la Sainte Famille et demain lundi 1er Janvier, fête de Marie, Mère de Dieu, l'Eglise nous invite à méditer sur la maternité du chrétien par l'exemple de Marie et de Joseph. Je me pose la question : Comment moi, chrétien, je peux donner envie de croire au Christ ? Quand dans ma famille complètement déchristianisée, le fait même que j'aille à la messe est sujet de discorde, je me dis : quel visage du Christ donnes-tu ? Ce doit être une horrible caricature .... car le Seigneur ne récolte pas grand chose par moi dans mon entourage direct. Alors je pense que le texte du père Zundel que je nous ai trouvé peut nous aider, chacun à prendre nos responsabilités de chrétien dans le monde, et à la prière de la Très Sainte Mère de Dieu, à vraiment devenir mère du Christ en nous, en nos frères.
Marie, sacrement de l'amour maternel de Dieu.
(florilège d'extraits de sermons de Maurice Zundel)
Extrait n°1 : Dieu ne me contraindra pas, Dieu s’est totalement donné à moi, d’avantage il veut naître en moi. C’est le Seigneur qui nous le dit: Celui qui fait la volonté de Dieu est mon frère, ma sœur, et ma mère… MA MERE! Nous avons donc à enfanter Dieu, comme le commente Bède le Vénérable, dans un autre contexte, à L’enfanter en nous à Le nourrir et à Le faire grandir dans le cœur des autres. Dieu est notre mère et nous sommes aussi la sienne dans une réciprocité totale qu’il veut établir entre nous et lui. Que pouvons nous faire sinon de demander à la Mère du Seigneur de nous former à cette maternité divine, de nous éveiller au sens de la fragilité de Dieu, afin que nous surmontions nos limites pour l’accueillir, pour qu’Il ressuscite en nous.
Extrait n°2 : Marie est le sacrement de la maternité de Dieu, la tendresse de Dieu ! Toutes les mères, finalement qui ne sont pas indignes de ce nom, après une maternité de la nature, aboutissent à une maternité de la personne? Quand l’enfant est là, il faut l’élever; et pour l’élever, il faut s’élever! Et elles trouvent dans leur amour tous les trésors de dévouement.
Je me rappelle ce cri d’une femme dont on emmenait le fils en prison, et qui me disait: “Mais, si sa mère ne l’aimait pas, qui l’aimerait encore?”… Il fallait qu’elle l’aimât, pour qu’il fut rattacher à la vie. Il y a dans l’amour maternel quelque chose de merveilleux. L’amour maternel de la Sainte Vierge nous révèle l’Amour maternel de Dieu: puisqu’il en procède. Tout ce qu’il y a de maternité dans le cœur de Marie jaillit du cœur de Dieu, qui est encore infiniment maternel qu’Elle-même et justement pour que nous apprenions que Dieu est notre Mère, que nous le connaissions au Féminin, pas seulement au masculin: car Dieu est aussi féminin qu’il est, masculin, comprenant dans son éminance tous les aspects de l’être. Marie nous révèle Dieu au féminin: Elle nous révèle la maternité de Dieu. Elle nous permet de prier Dieu au féminin, comme une maman !
Extrait n°3 :
Dieu est plus mère que toute les Mères !
Le mémorial de la croix nous introduit dans les abîmes de l’amour, car le cœur de notre Dieu est le cœur le plus infiniment maternel qui puisse se concevoir, ou plutôt, il est inconcevable, Ce cœur est comme la source de toutes les tendresses et de tous les héroïsmes dont une mère fut jamais capable, la plus belle parabole de l”amour de Dieu est cet amour d’une mère qui s’identifie à son enfant au point de le vivre plus que lui-même.
Dieu s’identifie à une mère dans Isaïe: Quand une mère oublierait ses enfants et ne se souviendrait du fruits de ses entrailles, moi dit le Seigneur, je ne vous oublierai pas . Pour le prophète comme pour nous l’amour d’une mère est indépassable, il n’y a que l’amour de Dieu qui puisse le dépasser, car Dieu est infiniment plus mère que toutes les mères.
Comme une mère peut vivre la maladie et l'agonie de son enfant plus douloureusement que lui-même en raison de cette identification d'amour dont son amour est capable, Dieu n'est pas moins maternel que l'amour d'une mère ! Mais tout l'amour des mères, y compris celui de la Sainte Vierge elle même, n'est qu'une goutte dans cet océan de tendresse maternelle de Dieu !
Le visage du Dieu-mère, infiniment plus mère que Marie: Il est Père éternellement, mais il est Mère éternellement et tout ce qu’il y a de tendresse, de grandeur et de générosité dans l’amour des mères n’est que le jaillissement lointain, l’écho assourdi, de son amour. A travers le cœur de Marie qui se tient au pieds de la croix, à travers tous les miracles de l’amour maternel, à travers tout cet héroïsme humain qui témoigne de la tendresse divine, il nous faut en nous adorer ce Visage du Dieu-Mère et nous offrir à son amour avec tout l’élan discret et silencieux de notre amour.
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29.12.2006
Asperges me Domine
Un beau poème de Paul Verlaine tiré des Liturgies Intimes , une méditation sur le rite de l'Asperges, purification et bénédiction des fidèles au début de la messe. Le texte latin de l'ancienne liturgie est le suivant :
Asperges me Domine, hyssopo et mundabor
Lavabis me et super nivem dealbabor....
Asperge-moi Seigneur avec l'hysope et je serai purifié
Tu me laveras et plus que neige, je serai blanc...
Asperges me
Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main
Du Seigneur tout-puissant qui m'octroya la grâce,
Je puis, si mon dessein est pur devant Sa face,
Purifier autrui passant sur mon chemin.
Je puis, si ma prière est de celles qu'allège
L'Humilité du poids d'un désir languissant,
Comme un païen peut baptiser en cas pressant,
Laver mon prochain, le blanchir plus que la neige.
Prenez pitié de moi, Seigneur, suivant l'effet
Miséricordieux de Vos mansuétudes,
Veuillez bander mon coeur, coeur aux épreuves rudes,
Que le zèle pour Votre maison soulevait.
Faites-moi prospérer dans mes voeux charitables
Et pour cela, suivant le rite respecté,
Gloire à la Trinité durant l'éternité,
Gloire à Dieu dans les cieux les plus inabordables,
Gloire au Père, fauteur et gouverneur de tout,
Au Fils, créateur et sauveur, juge et partie,
Au Saint-Esprit, de Qui la lumière est sortie,
Par Quel ainsi qu'une eau lustrale mon sang bout,...
Moi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans Sa main.
Paul Verlaine
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28.12.2006
Un conte de Noël
En ces temps de fêtes, c'est souvent l'occasion pour nous de replonger en enfance et de vivre dans la féérie. J'ai trouvé un très beau conte d'Oscar Wilde où derrière l'aspect merveilleux se cache des évocations évangéliques claires. Un beau moyen pour parler de Dieu à nos enfants et pour aider les grands à réfléchir....
Oscar Wilde
Le Géant égoïste
Tous les après-midi, en revenant de l'école, les enfants allaient jouer dans le jardin du Géant. C'était un grand et ravissant jardin avec une douce herbe verte. Çà et là, sur l'herbe, il y avait de belles fleurs qui ressemblaient à des étoiles, et il y avait douze pêchers qui, au printemps, s'épanouissaient en délicates floraisons couleur de rose et de perle, et, en automne, portaient des fruits magnifiques. Les oiseaux, assis sur les arbres, chantaient si joliment que les enfants s'arrêtaient de jouer pour les écouter. “ Comme nous sommes heureux, ici ! ” s'écriaient-ils.
Un jour, le Géant revint. Il était allé visiter son ami, l'Ogre de Cornouailles, et était resté sept ans avec lui. Au tout de sept ans, il avait dit tout ce qu'il avait à dire, car sa conversation était limitée, et il avait décidé de retourner dans son château. Quand il arriva, il vit les enfants jouer dans le jardin. “Que faites-vous ici? ” s'écria-t-il d'une voix très rude, et les enfants s'enfuirent.
“ Mon jardin à moi est mon jardin à moi ”, dit le géant; “ tout le monde peut comprendre cela, et je ne laisserai personne d'autre que moi y jouer.” Et il construisit tout autour un mur très haut et mit un écriteau:
DEFENSE D' ENTRER SOUS PEINE D'AMENDE
C'était un Géant très égoïste.
Les pauvres enfants n'avaient plus d'endroit pour jouer. Ils essayèrent de jouer sur la route, mais la route était très poussiéreuse et pleine de gros cailloux, et ils n'aimaient pas cela. Après avoir appris leurs leçons, ils erraient autour du mur en parlant du beau jardin qui était à l'intérieur. “ Comme nous y étions heureux! ”disaient-ils entre eux. Puis vint le Printemps, et partout dans les champs il y avait de petites fleurs et de petits oiseaux. Dans le seul jardin du Géant Egoïste c'était encore l'hiver. Les oiseaux se souciaient peu d'y chanter, puisqu'il n'y avait pas d'enfants, et les arbres oubliaient d'y fleurir. Un jour, une belle fleur sortit sa tête de l'herbe, mais quand elle vit l'écriteau, elle fut si peinée pour les enfants qu'elle se glissa de nouveau dans la terre et se remit à dormir.
Les seuls satisfaits étaient la Neige et le Gel. “ Le Printemps a oublié le jardin” s'écriaient‑ils, “ de sorte que nous vivrons ici toute l'année. ” La Neige couvrit l'herbe de son grand manteau blanc et le Gel peignit d'argent tous les arbres. Puis ils invitèrent le Vent du Nord à demeurer avec eux, et il vint. Il était enveloppé de fourrures et mugissait tout le jour dans le jardin, et renversait les cheminées. “ Voilà un endroit délicieux ”, dit-il, “ il faut que nous invitions la Grêle. ” Et la Grêle vint. Tous les jours, pendant trois heures, elle crépitait sur le toit du château jusqu'à œ qu'elle brisât la plupart des ardoises, puis elle courait tout autour du jardin aussi vite qu'elle pouvait. Elle était habillée de gris et son haleine était comme de la glace. “ Je ne puis comprendre pourquoi le Printemps tarde tant à venir ” disait le Géant Egoïste, tandis qu'il restait assis près de la fenêtre et regardait son jardin froid et blanc. “ J'espère que le temps va changer. ”
Mais le Printemps ne venait jamais, pas plus que l'été. L'Automne donnait des fruits d'or à tous les jardins, mais n'en donnait aucun au jardin du Géant. “il est trop égoïste”, disait‑il. De sorte que L'hiver régnait toujours et que le Vent du Nord, et la Grêle, et le Gel, et la Neige dansaient parmi les arbres.
Un matin, le Géant était éveillé dans son lit quand il entendit une musique ravissante. Elle résonna si agréablement à ses oreilles qu'il pensa que ce devaient être les musiciens du Roi qui passaient par là. En réalité, ce n'était qu'un petit linot qui chantait dehors, près de la fenêtre, mais il y avait si longtemps qu'il n'avait entendu` un oiseau chanter dans son jardin que cela lui parut la plus belle musique du monde. Alors la Grêle s'arrêta de danser au‑dessus de sa tête, et le Vent du Nord cessa de mugir, et un doux parfum monta jusqu'à lui par la fenêtre ouverte. `“Je crois que le Printemps est enfin venu", dit le Géant; et il sauta du lit et regarda dehors. Que vit-il ?
Il vit le plus merveilleux spectacle. travers un petit trou dans le mur, les enfants s'étaient glissés à l'intérieur' et ils étaient assis sur les branches des arbres. Dans chaque arbre qu'il pouvait voir, il y avait un petit enfant. Et les arbres étaient si contents de voir les enfants revenus qu'ils s'étaient couverts de fleurs et agitaient doucement leurs bras au-dessus des têtes des enfants. Les oiseaux voletaient et gazouillaient avec délice, et les fleurs regardaient à travers l'herbe verte et riaient.
C'était un bien charmant spectacle, mais dans un seul coin c'était encore l'hiver. C'était le coin le plus reculé du jardin, et il y avait là un petit garçon. Il était si petit qu'il ne pouvait atteindre les branches de l'arbre, et il errait tout autour en pleurant amèrement. Le pauvre arbre était encore tout couvert de neige et de givre, et le Vent du Nord soufflait et mugissait au-dessus de lui. “ Grimpe, petit garçon ”, disait l'Arbre, et il abaissait ses branches aussi bas qu'il pouvait, mais l'enfant était trop petit.
Et le cœur du Géant s'émut en regardant dehors. “ Comme j'ai été égoïste ", dit‑il; “ maintenant je sais pourquoi le Printemps ne voulait pas venir ici. Je vais mettre ce pauvre petit garçon tout en haut de l'arbre, et je démolirai le mur, et mon jardin sera à jamais la cour de récréation des enfants.” il était vraiment très fâché de ce qu'il avait fait. De sorte qu'il descendit sans bruit l'escalier, ouvrit très doucement la porte et pénétra dans le jardin. Mais quand les enfants le virent, ils furent si effrayes qu'ils s'enfuirent, et le jardin devint de nouveau l'hiver. Seul le petit garçon ne s'enfuit point, car ses yeux étaient si pleins de larmes qu'il ne vit pas le Géant venir. Et le Géant s'avança sans bruit derrière lui, le prit doucement dans sa main et le posa dans l'arbre. Et l'arbre se couvrit aussitôt de fleurs, et les oiseaux vinrent y chanter, et le petit garçon étendit ses deux bras et les jeta autour du cou du Géant, et l'embrassa.
Et quand les autres enfants virent que le Géant n'était plus méchant, ils revinrent en courant, et le Printemps revint avec eux. “ C'est votre jardin, maintenant, petits enfants ”, dit le Géant, et il prit une grande hache et fit tomber le mur. Et quand tous les gens allèrent au marché à midi, ils virent le Géant en train de jouer avec les enfants dans le plus beau jardin qu'ils eussent jamais vu. Ils jouèrent tout le jour, et, le soir, ils vinrent dire au revoir au Géant. “ Mais où donc est votre petit compagnon ? " demanda-t-il, “ celui que j'ai posé dans l'arbre.” Le Géant l'aimait mieux que les autres parce qu'il l'avait embrassé. “ Nous n'en savons rien ”, répondirent les enfants; “ il est parti. ” “ il faut que vous lui disiez de venir demain”, dit le Géant. Mais les enfants répondirent qu'ils ne savaient où il habitait et ne l'avaient jamais vu auparavant; et le Géant en fut très triste. Tous les après-midi, après l'école, les enfants vinrent jouer avec le Géant. Mais on ne revit jamais le petit garçon que le Géant aimait. Le Géant était très bon pour tous les enfants, mais il désirait revoir son premier petit ami et parlait souvent de lui. “ Comme j'aimerais le voir! " disait-il. Les années passèrent, et le Géant devint très vieux et très faible. Il ne pouvait plus jouer, de sorte qu'il restait assis dans un fauteuil immense, regardait les jeux des enfants et admirait son jardin. “ J'ai beaucoup de belles fleurs ”, disait-il, mais les enfants sont les plus belles fleurs de toutes. ”
Un matin d'hiver, il regardait par la fenêtre en s'habillant. il ne détestait plus autant l'hiver, car il savait que c'était simplement le printemps endormi, et que les fleurs se reposaient. Soudain, émerveillé, il se frotta les yeux et regarda fixement. C'était certainement une vue merveilleuse. Dans le coin le plus reculé du jardin, il y avait un arbre tout couvert de ravissantes fleurs blanches. Ses branches étaient toutes dorées et des fruits d'argent y étaient suspendus, et, au-dessous, se tenait le petit garçon qu'il avait aimé. Dans sa joie, le Géant descendit en courant l'escalier et pénétra dans le jardin. Il traversa l'herbe en toute hâte et arriva prés de l'enfant.
Et quand il fut tout près, son visage rougit de colère, et il dit: “ Qui a osé te blesser ? ” Car sur les paumes de l'enfant il y avait l'empreinte de deux clous, et il y avait aussi l'empreinte de deux clous sur les petits pieds. “Qui a osé te blesser? ” s'écria le Géant; “ dis-le moi afin que je prenne mon grand sabre et que je le tue. ” “ Non ! " répondit l'enfant; “ ce sont les blessures de l'Amour. ” “Qui donc es-tu ?" dit le Géant, et une crainte étrange s'empara de lui, et il s'agenouilla devant le petit enfant. Et l'enfant sourit au Géant et lui dit: “ Tu m'as laissé un jour jouer dans ton jardin, aujourd'hui tu viendras avec moi dans mon jardin, qui est le Paradis. ” Et ce jour-là, quand les enfants coururent au jardin, dans l'après-midi, ils trouvèrent le Géant couché sous l'arbre mort et tout couvert de fleurs blanches.
Oscar Wilde
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25.12.2006
Le plus beau cadeau de Noël : devenir présence réelle
Que demande à l'enfant nouveau-né la famille émerveillée qui se presse autour de son berceau ? Rien d'autre que d'exister. Il suffit qu'il existe pour que chacun se sente comblé.
Si l'on allait jusqu'au bout de cette intuition dont toute mère éprouve la vérité dans le miracle du tout-petit qui remplit ses bras d'un univers aussi précieux qu'il est fragile, on en concluerait que la grandeur de l'homme est en lui-même et qu'il agit réellement dans la mesure où il existe.
Mais pour l'adulte, il ne suffit pas d'être là pour exister. On peut être là, en effet, comme un parasite et s'arranger pour se faire porter par les autres, en grignotant leur travail, leur santé, leur jeunesse ou leur bonheur.
On peut être là, au contraire, comme un créateur, dont la seule présence suscite la joie, ouvre l'espace, renouvelle et ennoblit la vie.
Parasite ou créateur : il faut choisir.
Personne ne voudrait, assurément, que son miroir lui renvoyât l'image du parasite qu'il rougirait d'être, s'il se pouvait voir dans cette humiliante posture. Mais, il n'est qu'une seule manière d'échapper au parasitisme, c'est de faire de tout son être un don, un cadeau, un présent. C'est à ce prix que l'on devient une présence réelle, une existence authentique, qui éclate comme la musique silencieuse où le coeur reconnaît la voix de son amour.
Et qu'est-ce que Noël, justement, sinon la révélation du Don qui est Dieu, en l'enfant de Bethléem où Il se livre à l'humanité, et l'appel, adressé à chacun de nous, à devenir ce qu'Il est dans une existence de pure générosité.
Tel est le merveilleux cadeau de Noël : de pouvoir exister librement en faisant de nous-même le cadeau qui comble les autres, en retour du cadeau que Dieu nous fait de Lui-même dans la fragilité de l'enfance déjà marquée du signe de la Croix qu'Il confie à notre amour, qu'Il remet entre nos mains.
Maurice Zundel
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24.12.2006
Viens, viens Emmanuel
Chers amis et lecteurs de la blogosphère.
Me voici de retour après ce temps d'absence, pour une quinzaine de jours. J'ai déjà sélectionné quelques textes et réflexions que je vous partagerai avec grande joie. En ce dimanche 24 décembre, dernier dimanche de l'Avent et en fin de soirée, début de la grande veillée de Noël, puissions nous préparer nos coeurs à accueillir ce Dieu qui tel l'époux du Cantique des Cantiques vient franchir toutes les montagnes pour nous rejoindre, pour faire luire sur nous la lumière de son Visage. Sachons répondre à son amour, et faire jaillir en nous ce désir de Dieu qui git en nos coeurs.
Oui, en cette veillée de Noël qui approche, le Seigneur vient murmurer à l'oreille de notre coeur un secret d'amour celui que chante le Cantique des Cantiques que la liturgie de l'Eglise nous donne à méditer le 21 décembre.
Dans la campagne, les fleurs apparaissent
Le temps des chansons arrive
le roucoulement de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.
Le figuier forme ses premiers fruits
la vigne en fleur exhale son parfum
Lève toi mon amie,
viens ma toute-belle !
Ma colombe blottie dans le rocher,
cachée dans la falaise,
Montre-moi ton visage,
fais-moi entendre ta voix;
car ta voix est douce
et ton visage est beau.
Cette nuit de Noël où l'humanité prend le visage de Dieu nous redit combien le Seigneur nous aime et qu'il a besoin de notre amour pour achever la Création. Alors, en cette nuit prenons l'engagement de faire de nos vies un acte créateur, un élan vers nos frères et vers Dieu, éternellement pauvre et fragile qui attend notre amour et veut devenir notre passion. Puisse la conversion de Paul Claudel à la Noël 1886 dont voici le récit par Maurice Zundel, nous faire percevoir l'immense enjeu de cette belle fête de la Nativité.
Claudel s'est converti le jour de Noël 1886: il est entré à Noël à Notre Dame de Paris en esthète et en dilettante, il y est entré pour se désennuyer, ne sachant que faire de mieux et, comme il était très bon latiniste, il entendait le chant des vêpres à Notre Dame et en particulier ce "De Profundis" si étrange et si bouleversant qui est chanté aux secondes vêpres de Noël et, tout d'un coup, il fut saisi jusqu'au fond de lui-même en reconnaissant- "l'innocence déchirante et l'éternelle enfance de Dieu."
Et il sortit de là converti malgré lui: malgré tous ses efforts, il ne put jamais échapper à cette emprise. Il avait découvert Dieu sous sa forme de suprême pauvreté. Il avait découvert avec Saint François le petit enfant de Bethléem, l'enfant de la suprême pauvreté et il avait reconnu ce qui est sans doute la réponse la plus convaincante : et la seule adéquate au mystère du mal: il avait reconnu "l'innocence déchirante et l'éternelle enfance de Dieu. (Maurice Zundel, conférence de Carëme au Vatican en 1972)
Très belle nuit de Noël à toutes et à tous.
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