30.12.2007
La Sainte Famille et le massacre des Innocents
Chers amis dans le Christ,
Pardonnez moi pour mon absence le jour de Noël mais j'étais loin de chez moi et de mon ordinateur...Cela ne m'a pas empêché de vous porter dans la prière lors de la très belle veillée de Noël et la messe de Minuit célébrées en la cathédrale de Fréjus où je passais ma première semaine de vacances.
En ce dimanche où l'Eglise fête la Sainte Famille, voici la méditation que j'ai écrite à la demande de Jean Vilbas du Carrefour des Chrétiens Inclusifs pour son journal en ligne : les Miettes de la Table. Le commentaire porte sur l'Evangile de ce dimanche de la Sainte Famille augmenté du passage sur le massacre des Innocents. La méditation de Maurice Zundel m'a comme souvent guidée pour appréhender ce mystère douloureux du Massacre des Innocents.
Il y a quelques jours, un ami africain, venu passer quelques jours à la maison, confiait à ma prière son neveu : un bambin de quelques mois, atteint du Sida, dont la mère vient de mourir de la même maladie, et qui n’a plus que quelques semaines à vivre. Apparente victoire de la mort et absence de Dieu, massacre de l’Innocent : Ma place est parmi les morts avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont Tu n’as plus souvenir, qui sont exclus et loin de Ta main (psaume 87). C’est ce cri de douleur qui monterait à la bouche de cet enfant s’il savait parler. La même révolte peut nous saisir à la première lecture de cette page d’Evangile. L’Enfant-Dieu dans les bras de Marie, sa mère et sous la houlette du bon Joseph quitte la terre d’Israël pour des cieux plus propices abandonnant ses frères dans une mort ignominieuse. Le Dieu Tout-Puissant est sourd aux cris de l’Innocent que l’on tue. Vaine est notre foi et bien triste l’avenir de l’Homme si le Dieu de Jésus-Christ est ce Moloch dévoreur d’enfants.
Le texte s’organise autour de trois grandes étapes : le départ de la Sainte Famille pour l’Egypte, le massacre des Innocents par Hérode, le retour de l’Enfant-Dieu sur la terre d’Israël. L’Egypte était certes une terre d’asile traditionnelle pour les persécutés de Palestine mais dans la Bible, l’Egypte est le symbole de la mort, du péché, de l’absence de Dieu. Israël, la terre où Dieu révèle son Amour, où jaillissent les sources d’eau vive. Matthieu convoque aussi la voix des prophètes Osée ( 11,1-10) et Jérémie (31,11-15) dont les prophéties semblent se réaliser dans cet épisode tragique . Dans ces deux passages de l’Ancien Testament, se manifeste déjà le Visage d’un Dieu engagé, du plus profond de son cœur, dans la vie de l’Homme. Un Dieu qui nous rappelle de l’Egypte de nos cœurs et qui nous crie « Comment t’abandonnerais-je ? Moi qui t’ai appris à marcher, qui t’ai pris tout contre ma joue ? » Un Dieu dont le cœur se retourne contre lui face à l’infidélité d’Israël. Nous contemplons là l’admirable continuité entre les deux Testaments et la véritable signification de cette page d’ Evangile : nous dévoiler le Visage inattendu du Dieu incarné en Jésus-Christ. Face à la surdité d’Israël, Dieu est allé plus loin, il a pris notre condition humaine, il a vécu notre vie, il s’est fait notre compagnon de route pour nous révéler à notre intimité divine, à notre dignité de fils bien-aimés de Dieu, à notre suprême liberté. Mais le monde ne L’a pas connu comme nous le rappelle le prologue de l’Evangile de Jean et l’amour de Dieu s’est retourné contre lui-même.
C’est le mystère de la Croix que cet épisode de la fuite en Egypte et du massacre des Innocents préfigure, alors même que nous venons de fêter le mystère de la Nativité et de l’Incarnation de Dieu. La folie destructrice et criminelle d’Hérode est révélatrice de cette nuit du péché où nous pouvons nous enfoncer , loins de notre vrai nature, incapables de percevoir le sens de notre existence, qui est d’être un don pour nos frères, une source de vie jaillissante apte à faire fructifier les talents reçus et à en faire don à la Création toute entière. Comme Hérode, nous sommes rivés à nous-mêmes, à notre existence limitée, à nos stérilités. Cet évangile nous apprend que Dieu est innocent de tout mal ( le péché mais aussi d’autres maux dont nous ne sommes pas toujours responsables : maladies etc..) : Jésus est parti pour l’Egypte et le monde de la mort avant nous, il nous révèle un Dieu crucifié sur tout le Mal du Monde, un Dieu innocent qui meurt avec tous les Innocents, ce Dieu qui sur la croix, s’est battu jusqu’au bout contre nos refus d’amour et contre les maux qui nous empêchent d’accéder à une vie de joie et d’harmonie. Voilà pourquoi l’Eglise a fait de ses Innocents massacrés par Hérode les premiers martyrs, eux qui sont morts car ils étaient le Visage du Dieu petit-enfant, fragile et pauvre.
Mais, le Christ ne reste pas en Egypte, il revient sur la terre d’Israël, sur la terre d’Amour et de la Présence. Seul, il a vécu, avant nous, la mort et l’extrême solitude pour nous en délivrer, pour qu’à chacune de nos morts et au jour du grand Passage, nous soyons portés par l’Amour et les traversions avec Jésus.
Et si dans la mort et le péché nous sommes accompagnés par l’Amour, alors la mort s’efface. Alors tout peut ressusciter, devenir saint dans la main du Seigneur. Aucun échec (même la mort de l’Innocent) n’est définitif car tout est embrassé par la lumière d’amour du Christ. Mais Jésus ne nous attend pas qu’au dernier souffle. Il nous dessine aujourd’hui son Visage au plus profond de notre intimité et dans le visage de nos frères. Il est cette éternelle attente, cet enfant qui mendit notre amour, qui nous veut pour berceau, pour sacrement d’amour afin de ressusciter le monde en nous et par nous.
C’est cette éternelle attente que la Vierge Marie et Joseph,son saint époux, ont compris et accueilli dans leur existence et dans leur chair. Puissions nous à leur exemple porter en nos cœurs ce Visage de l’Innocence persécutée qui attend tout de notre amour et de notre sollicitude, chaque jour et à chaque battement de notre cœur. Amen.
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