09.07.2008

Ma vocation de vieux catholique : marcher hors des sentiers battus

     

 Pour ce premier post de l'été, je voulais vous partager l'article que j'ai écrit pour la revue du monastère du Bec-Hellouin en Normandie. Cette abbaye bénédictine (Ordre des Olivétains, bénédictins réformés au XIVème siècle) est engagée depuis des décennies dans l'oecuménisme vivant entre les Eglises séparées de la catholicité (Catholiques romains et anglicans principalement) et avec toutes les Eglises chrétiennes. Elle est aussi le promoteur du dialogue inter-religieux dans l'esprit des conférences d'Assise réunies par Jean-Paul II.  Le Bec Hellouin tient ce charisme de son Histoire qui l'a placé au carrefour des Eglises de France et d'Angleterre au XIIème siècle: de nombreux saint abbés du Bec étant devenus archevêques de Canterbury (Lanfranc, St Anselme). Le Bec Hellouin réalise concrètement des chemins d'unité en accueillant régulièrement des anglicans. La tradition veut que chaque archevêque de Canterbury soit deux fois intrônisé. Une fois à Canterbury et une autre au Bec. En 2006, l'archevêque de Canterbury Rowan Williams est venu participer à cette cérémonie. Il a co-présidé la cérémonie pontificale avec Mgr Pican, évêque de Bayeux. Bien sûr, la séparation apparente n'a pas permis la concélébration eucharistique mais l'évêque catholique romain de Bayeux a bien signifié dans la liturgie que son supérieur hiérarchique était l'archevêque Rowan Williams en venant demander sa bénédiction.

 

                                             
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La cathédrale de Canterbury

 

Fréquemment, les moines et moniales du Bec reçoivent leurs frères chanoines de Canterbury ou bien se rendent en Angleterre pour de grandes occasions (ordinations épiscopales, consécration d'autels à la cathédrale de Canterbury). Un exemple concret de dialogue et d'unification, d'égal à égal, autour des racines de notre foi catholique loin du mépris qui se manifeste encore de la part de certains.

 

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 Une vue du monastère du Bec-Hellouin.

 

Mon père spirituel, le père Bernard, dont j'ai eu l'occasion de parler ici, est devenu oblat du Bec en avril dernier. A cette occasion, j'ai fait une retraite d'une semaine dans ce haut lieu de spiritualité. Un des frères m'a alors demandé de rédiger un petit article pour présenter mon cheminement de foi et mon choix de devenir vieux-catholique.  C'est avec joie que j'ai répondu à sa requête et je vous en livre le résultat. Ce fut l'occasion pour moi de témoigner du catholicisme authentique vécu par les vieux catholiques et de faire connaître une spiritualité à tort méconnue.  Le texte est daté de Mai 2008 et vient de paraître dans le numéro estival de la revue du Bec.

 

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L'abbatiale du Bec

 

Les Saintes Ecritures aiment comparer la vie de foi à un chemin où le croyant s’engage à la recherche de Dieu. Nous autres chrétiens, nous croyons au Dieu de Jésus-Christ, ce Dieu qui s’est fait homme pour venir marcher à nos côtés, fouler de Ses pas la poussière des sentiers de Palestine. Aujourd’hui encore, Il chemine avec nous et les saints, ces marcheurs infatigables, avec Marie en première de cordée, nous servent de balises sur la route et nous prennent la main pour la mettre dans celle du Seigneur.  Aussi mon témoignage sera - t - il le récit d’un marcheur, récit tiré d’un carnet de voyageur en perpétuelle rédaction et qui ne contient encore que quelques pages. Mon voyage sort sûrement des sentiers  battus. Mais ce n’est pas une course à l’aveugle. C’est un chemin que le Seigneur a tracé devant moi et j’ose croire qu’Il m’ a donné l’audace de m’y engager.

 

 

Depuis quatre ans, je suis étudiant à Paris en classe préparatoire à l’école des Chartes dont je suis en train de passer le concours d’entrée. Mon séjour au Bec-Hellouin, en avril dernier, était en partie une retraite de révisions. Mais, avec quelques semaines de recul, il fut une étape importante sur mon chemin. C’est donc avec émotion et reconnaissance pour la communauté des moines et des moniales du Bec que j’écris ce petit texte destiné à la revue des amis du Monastère.  

 

 

Le frère Raphaël m’ a demandé de revenir en quelques pages sur mon parcours chrétien et ma vocation de vieux-catholique de l’Union d’Utrecht. Je m’attacherai donc à évoquer les appels que le Seigneur m’a adressés et qui m’ont conduit à vivre une autre forme de catholicisme.

 

 

 

Les appels de l’enfance.

 

 

 

    Baptisé dans l’Eglise catholique romaine par tradition, j’ai cependant grandi dans un noyau familial de relative indifférence religieuse. Mes parents, comme beaucoup de catholiques sociologiques se sont éloignés, peu à peu, de l’Eglise, faute sûrement d’y avoir rencontré le Dieu Vivant.  Mais s’ils  n’ont jamais fréquenté l’eucharistie dominicale avec assiduité, ils appartiennent à cette catégorie de catholiques à qui il arrive de mettre un cierge pour demander un coup de pouce au ciel, ou d’entrer dans une église pour y goûter un moment de paix. C’est ainsi que se sont réalisés, à l’âge de cinq-six ans, mes premiers contacts conscients avec le Seigneur. Et j’y ai pris goût si bien que chaque samedi, j’accompagnais ma mère au marché pour pouvoir entrer à la cathédrale et porter un bouquet de fleurs à la Vierge Marie.  Ma grand-mère maternelle, qui a été pour moi une seconde mère, m’a appris aimer Marie qui était son seul lien à Dieu. Piété bien peu christocentrique, penseront certains... Mais, sans doute la Mère de Dieu était-elle pour ma grand-mère le plus beau reflet de l’amour maternel de Dieu. Elle m’a offert une statuette de la Vierge et m’a appris le Je vous salue. Grâce à ma grand-mère, Marie me prenait par la main pour me mener à son Fils. A l’âge de sept ans, j’ai demandé à mes parents d’aller au catéchisme. J’ai dès lors appris à découvrir ce Jésus vers qui la Vierge m’avait conduit grâce au curé de ma paroisse dont la spiritualité d’Incarnation marquée par la Mission de France, me donnait, au-delà des rudiments de la Foi, l’idée d’un Dieu venu partager nos joies et nos peines.

 

 

 J’ai commencé alors à m’intéresser à la vie de mon arrière grand-oncle dont ma grand-mère me parlait si souvent. Cet oncle était plus connu dans la famille sous le nom de « Tonton, le curé ». Né en 1895, ancien poilu de la Grande Guerre, Ferdinand Touron était devenu prêtre pour le diocèse de Cahors où il laissa le souvenir d’un pasteur dévoué au rayonnement spirituel et humain considérable. Outre ses longues années de ministère et ses qualités de confesseur, lors des pélerinages à Notre-Dame de Rocamadour et à Notre-Dame de l’Ile, deux des grands sanctuaires mariaux du diocèse, il a marqué l’Eglise en Quercy par son courage lors de l’Occupation. Lorsque dans son village, la division Das Reich, cette section de l’armée nazie qui perpétuera le massacre d’Oradour-sur-Glane, arrêta dix jeunes résistants pour les fusiller sur le parvis de l’église, le père Touron offrit sa vie en échange de leur libération. Mais les Allemands le rouèrent de coups avant de l’enfermer avec les femmes et les enfants dans l’église paroissiale, et de fusiller les dix adolescents. Pour ma part,  j’ai connu cet oncle d’exception dans les dernières années de sa longue vie puisqu’il est mort, l’année de mes huit ans, le jour de ses cent ans.  J’ai eu la chance de le voir la veille de son décès. J’ai gardé le souvenir d’un homme rayonnant, curieux de tout, attentif à chacun malgré sa cécité, rempli de confiance en ce Dieu qui l’avait appelé au service de ses frères.  Un modèle de radicalité évangélique qui continue de me porter dans la communion des saints.

 

 

 

La rencontre du Dieu d’Amour

 

 

 

       Ma vie chrétienne s’est donc peu à peu affermie avec, une fois adolescent, un engagement dans la vie paroissiale et diocésaine. J’étais cependant animé d’un désir de mieux connaître le Seigneur. De nombreuses questions sur Dieu, l’Eglise, les sacrements m’assaillaient. J’avais le sentiment de ne pas vivre ma vie chrétienne de l’intérieur. Depuis deux années déjà, j’allais en retraite annuelle, avec mon aumônerie, à l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Tournay dans les Hautes-Pyrénées. Or en juillet 2003, j’ai décidé d’y revenir avec seulement deux amis d’enfance pour une retraite spirituelle. Je sentais en moi un appel à persévérer dans ma quête. Aujourd’hui, je sais que cette retraite a été pour moi une nouvelle naissance, une étape capitale sur mon chemin de vie et de foi. Lors d’une eucharistie, j’ai ressenti l’Amour fou du Seigneur pour moi. Je suis la Vigne et vous êtes les sarments chantaient les moines lors de la communion. Pour la première fois de ma vie, je vivais de l’intérieur la foi de l’Eglise en la présence réelle et personnelle du Christ dans l’Eucharistie. Je découvrais en moi qu’être chrétien ce n’est pas d’abord obéir à des préceptes, mais aimer et vivre avec Quelqu’un, Jésus-Christ, ce Dieu incarné qui me révélait son Visage. Lors de cette retraite, j’ai aussi fait connaissance avec un jeune séminariste de la communauté des pères du Sacré-Coeur de Jésus de Bétharram  avec qui j’ai lié une grande amitié spirituelle. C’était le deuxième volet de la découverte. Le Seigneur me donnait des frères pour cheminer, Il m’appelait à avancer vers Lui en faisant route en communion de prière et d’amitié avec des frères. Le mystère de la communion des saints que nous professons, chaque dimanche, dans le Credo devenait une réalité. Avant de partir, ce frère en Christ m’a donné une petite croix en bois à porter autour du cou. Depuis je ne l’ai jamais quittée. Elle est pour moi le signe de la fidélité du Christ. Le rappel du secret d’amour murmuré lors de cette retraite.  Ma vie chrétienne en fut bouleversée. Désormais, j’allais à la messe chaque dimanche conscient de l’importance de la prière et de la vie sacramentelle. J’ai vécu plusieurs mois d’allégresse spirituelle au cours desquels j’ai approfondi, à travers un livre sur les frères franciscains du Bronx, la spiritualité de St François d’Assise. Je méditais l’icône du Christ de San Damiano, cette chapelle où François reçut sa vocation. Sur ce très beau crucifix les bras de Jésus, tout rayonnant de Joie, enveloppent la foule des petits de l’Evangile. Je ressentais cette révolution de l’Amour que représentait l’Incarnation.  Je me posais alors la question de devenir prêtre.

 

 

 

De Rome à Utrecht

 

 

 

Après le baccalauréat, je suis parti étudier à Paris en classe préparatoire littéraire. J’ai été, dès lors,confronté à des réalités humaines et ecclesiales très nouvelles pour moi. Une plus grande expérience de vie chrétienne, mes études d’Histoire et en particulier ma passion pour l’Histoire de l’Eglise, la rencontre avec des frères que les discours de l’Eglise romaine faisaient souffrir, m’ont révélé une institution se sclérosant dans un système verrouillé à toute ouverture. Une Eglise inquiète, préférant le repli identitaire à sa vocation de catholicité qui est un appel à aimer et accueillir tout homme tel qu’il est. Le Seigneur a mis alors sur ma route des exclus de l’Eglise romaine : des hommes et des femmes, que les textes de Rome, au nom d’une morale étriquée et , peu ouverte aux avancées des sciences humaines, condamnent à vivre éternellement la croix du Christ sans perspective de Résurrection (ndrl : lecteurs du blog, vous aurez reconnu les homosexuels mais  il m'a fallu user d'un langage diplomatique). Quel message l’Eglise catholique romaine  transmet-elle aux hommes de ce temps lorsqu’elle cultive ainsi une image centralisatrice et légaliste au détriment des Eglises locales ? qu’elle brime de la sorte certains de ses enfants ?  Que gagne l’Eglise à vouloir redorer son blason étriqué quand le seul chemin laissé par le Christ, est celui du Lavement des Pieds ? N’est-elle pas avant tout, un peuple de pécheurs rachetés , chargés de porter le feu de l’amour divin dans des vases d’argile ?

 

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 La Sainte Cène par Philippe de Champaigne. (tableau du maître autel de Port-Royal des Champs)

 

C’est alors que ma route a croisé l’aventure spirituelle de Port Royal des Champs. Soucieux de sortir des préjugés, je découvrais, au travers de mes lectures, en la personnalité de Mère Angélique et de ses religieuses, de Pascal et autres Messieurs de Port-Royal, de hautes figures spirituelles : des chrétiens catholiques, soucieux de vivre la radicalité évangélique dans l’esprit de Cîteaux et de l’Ecole Française de Spiritualité tout en cherchant dans la prière monastique, dans la vie sacramentelle et la recherche théologique l’esprit de la Primitive Eglise. Port Royal prônait la synodalité dans l’Eglise, le rôle de l’évêque et de l’Eglise locale, la compréhension de la liturgie, l’accès à la Bible en Français pour tous les fidèles (hommes ou femmes), le respect de la conscience individuelle. Tout autant de voies bien téméraires dans l’Eglise ultramontaine et la France absolutiste du XVIIème siècle. On invente une hérésie imaginaire (le jansénisme) pour réprimer ce foyer d’indépendance. Cela conduit à la destruction du monastère en 1709 et à l’exil, dès les années 1680, de prêtres et théologiens port royalistes français aux Pays-Bas.  L’Eglise vieille-catholique d’Utrecht est née de ce premier groupe de catholiques soucieux de vivre une foi authentique dans une Eglise qui, avant d’être une hiérarchie, est un Corps où chaque chrétien, selon ses charismes, trouve sa place au service de la mission.  En 1871, le concile Vatican I promulgait le dogme de l’Infaillibilité du Pape et de son épiscopat universel qui faisait des volontés hégémoniques romaines (exprimées dès le Moyen-Age) une vérité révélée au même titre que la Résurrection ou la Trinité.  En Allemagne, en Suisse et dans les pays d’Europe centrale, des catholiques dont beaucoup de prêtres et de théologiens, ont refusé cette entorse à la Vérité reçue des apôtres et ont rejoint le petit troupeau de l’Eglise d’Utrecht. La communion des Eglises vieilles catholiques de l’Union d’Utrecht naissait. Aujourd’hui, la famille vieille-catholique qui englobe aussi l’Eglise des vieux-catholiques mariavites de Pologne (nés à la fin du XIXème d’une réforme de l’Eglise polonaise selon l’esprit franciscain) , regroupe un peu moins de 500000 croyants. Eglise certes minoritaire mais qui a pleinement sa place dans l’histoire religieuse de l’Occident. En France, les vieux catholiques ont deux communautés : une à Paris et une autre en Alsace auxquelles il convient d’ajouter les vieux catholiques dispersés sur le territoire et les deux communautés plutôt dynamiques des mariavites polonais à Paris et à Toulon. 

 

 

 

Le choix d’être un catholique différent

 

 

 

A l’étroit dans l’Eglise romaine, j’ai essayé d’abord de relativiser, en espérant que dans la lancée du concile Vatican II, cette Eglise se réformerait. J’étais tenté de vivre comme beaucoup d’autres catholiques romains avec une certaine résignation pour lutter de l’intérieur...Mais, le Seigneur a mis sur ma route le Père Bernard Vignot, prêtre vieux-catholique de l’Union d’Utrecht.  Une grande amitié nous a tout de suite liés, portés que nous étions par une même vision théologique, une même passion pour l’Histoire et un même engagement auprès des exclus de Rome. Bernard est aujourd’hui un grand-père selon l’Esprit. Je crois fermement, que dans la communion des saints, il a repris auprès de moi, le flambeau de ma grand-mère et de mon grand-oncle. J’ai découvert le vieux catholicisme à son école. J’ai lu, avec avidité, les écrits de chrétiens à la recherche d’une Foi vécue selon un Evangile intérieur c’est à dire d’une relation personnelle avec le Christ dans une Eglise-peuple de Dieu où le ministère est un service plutôt qu’un gage de pouvoir. C’est ainsi que beaucoup de  catholiques romains ont nourri ma réflexion (Zundel, Timothy Radcliffe, l’abbé Pierre) mais j’ai vraiment trouvé dans les écrits d’Olivier Clément, théologien orthodoxe, professeur à l’Institut St Serge à Paris, les réponses aux questions qui m’habitaient sur l’ecclésiologie et la piété mariale. J’ai acquis dans la prière et l ‘étude de ces textes la ferme conviction que l’ecclésiologie de communion où s’équilibrent la dimension personnelle (celle de l’autorité du Primat), collégiale (celle des évêques dont chacun est responsable d’une Eglise locale) et communautaire (celle du peuple de Dieu réuni en synode) était la seule voie possible pour l’Eglise d’aujourd’hui, celle de la Nouvelle Evangélisation. Rome pouvait très bien susciter de grandes figures spirituelles – elles m’ont nourri et continu à le faire – mais tout ces discours sur l’Eglise-pauvre, sur la revalorisation du corps, sur le Dieu-Amour n’étaient pas pris au sérieux par les hommes de notre temps car « officiellement » on parle un autre langage et on fonctionne sur un modèle monarchique. Il fallait mettre le vin nouveau dans une nouvelle amphore ou plutôt l’amphore de la Tradition indivise, celle de l’Eglise des premiers siècles.

 

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 Outre l’aspect ecclésiologique, c’est la recherche d’une autre piété mariale qui m’a incité à franchir le pas du vieux-catholicisme. Mon amour pour Marie, la mère de Dieu, humble femme de Palestine s’est heurté très tôt, à cette déshumanisation de la Vierge que l’Eglise romaine affectionne et que les dogmes de l’Assomption et de l’Immaculée Conception viennent avaliser en faisant de Marie, une sur-femme presque divinisée. Au contraire, au contact de la piété mariale orthodoxe et vieille-catholique, j’ai retrouvé cette femme exceptionnelle car pleinement humaine. Mais d’une Humanité transcendée par sa vie de prière, d’humilité et de don total que le Fiat vient transfigurer. Marie Théotokos n’est pas la femme dépoussiérée du péché originel (Dieu aurait-il eu honte de l’Humanité au point de venir prendre chair dans un être différent ?) mais elle est la femme Pauvre qui réalise le programme des Béatitudes et que seule sa maternité divine rend Toute-Pure.  Par sa Dormition (Mort et Résurrection de Marie), elle préfigure l’Image de l’Eglise éternelle et intercède pour nous. Il a fallu me rendre à  l’évidence. J’étais bel et bien un catholique mais un catholique selon la foi des sept premiers conciles oecuméniques, selon la seule Foi de l’Eglise indivise.  J’ai donc fait le choix de devenir vieux-catholique et de rejoindre une Eglise minoritaire qui, par sa taille, doit de facto renoncer au pouvoir.

 

 

Une Eglise fondée sur le roc de la foi des apôtres et des Pères plutôt que sur des spéculations historiques ou théologiques postérieures qui deviendraient la seule façon de dire Dieu.

 

 

Une Eglise consciente de sa pluralité dans l’Unité où chaque Eglise locale est pleinement la manifestation de l’Eglise catholique et apostolique, où chaque baptisé est une Pierre vivante indispensable à la construction de l’Eglise et à sa vie.

 

 

Une Eglise co-fondatrice du Conseil Oecuménique des Eglises qui s’emploie à restaurer la catholicité indivise autour des Ecritures, du Credo et des dogmes définis lors des sept premiers conciles oecuméniques.

 

 

Une Eglise qui se tient en dehors des sentiers battus et qui croit pour reprendre les mots d’Olivier Clément que la société sécularisée, tout en marquant la fin du cléricalisme,  peut devenir pour les Eglises le lieu d’un rayonnement désintéressé à la fois fécond et périlleux,le chrétien est un serviteur pauvre et pacifique du Dieu crucifié, défend la liberté de la Personne humaine, se fait le garant, de ceux qui ne savent pas ou qui se révoltent, prend le fardeau de ceux qui souffrent de l’oppression et du mépris social ou ecclésial tout en affirmant, quand on le questionne que le Christ est vainqueur pour tous de la mort et de l’enfer, que tout homme porte en lui l’humanité entière et  que l’Eglise est le calice d’où ruisselle la joie de la Résurrection.

 

 

J’ai pleinement conscience de mon parcours atypique mais je sais en qui j’ai cru. Je n’ai pas le sentiment d’être moins catholique qu’avant. Au contraire, plus j’avance sur ce chemin, plus je sais que j’accomplis les potentialités de la foi catholique. Aujourd’hui je me repose la question du sacerdoce pour servir le Seigneur et les hommes de ce temps. Le vieux-catholique peut se permettre de sortir des routes tracées pour aller rencontrer les hommes là où ils sont. Il est un chrétien au carrefour de la catholicité historique qui se sent chez lui partout où l’Eglise vit de la foi catholique indivise. Peut –être est-ce pour cela que le monastère du Bec-Hellouin m’a tant séduit. Vous toutes et tous, moniales et moines du Bec, vous vivez dans votre prière et votre vocation oecuménique cette première expérience de l’Eglise réunifiée qui fait de votre monastère un grand lieu pour l’Eglise de notre temps.  Prions ensemble pour que nos Eglises aient l’audace d’avancer en eau profonde, en une flotte diverse mais Une autour de son Seigneur Ressuscité. Puissions nous faire nôtre, à la lumière de l’Esprit, ces propos de Mgr Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens : « Avant d'être une hiérarchie, l'Eglise doit être un peuple. Avant d'être un privilège le ministère est d'abord un service. Avant d'être l'arche de Noé, l'Eglise est un phare silencieux qui balise les errances des hommes. Avant d'être une Parole à conserver fidèlement dans nos dogmes-étuis, l'Evangile est une semence à risquer largement sur toutes les terres du globe ». Amen.

 

Commentaires

Très beau témoignage d'oecuménisme intelligent : ouvert, équilibré, paisible et surtout non-renvendicateur. Amitiés. D-Nathanaël.

Ecrit par : D-Nathanaël | 09.07.2008

de la part d'un sentier battu....
mon coeur saigne du fossé qui se creuse de plus en plus profondément et de toutes ces divisions volontaires. La foi différente est une chose, un acte schismatique est une autre chose...mais il n'est pas possible de se compprendre en visions différentes

Ecrit par : Benoît | 13.07.2008

Comment ne pas se réjouir en te lisant des merveilles que fait le Seigneur ?
En effet, quels que soient nos chemins, quand ils sont vécus en vérité comme le tien, ils inondent le monde de lumière et de vérité.
Et Dieu siat si notre monde en a tant besoin...

Merci, cher frère, pour ton témoignage.

Ecrit par : Ben | 16.07.2008

Merci pour ce beau témoignage.

J'oublie souvent de laisser un commentaire (en fait, celui-ci est le premier que je laisse !) mais cette fois voici que j'y pense.

De la part d'un Lyonnais !

Ecrit par : UC | 18.07.2008

Je n'ai pas eu beaucoup de temps ces derniers jours, pour relire les blogues et écrire des articles sur le mien, mais voilà, aujourd'hui je trouve ton dernier article. Ça m'a ému aussi.

Ecrit par : Georges | 24.07.2008

Moi je suis passionnée par ce témoignage.
Plus particulièrement par l'amour de Marie : en effet difficile de trouver des chrétiens qui aiment Marie simplement comme toi en-dehors du culte marial qui l'a dépouillée de son humanité de mère qui a souffert et en faisant une déesse paîenne.

Grâce à toi j'ai découvert Maurice Zundel et je t'en remercie.

Ecrit par : Rosa | 04.08.2008

perdonami se ti scrivo nella mia lingua che con un po di pazienza potrai capire come io capisco la tua, soprattutto quando vengo in Francia o a Parigi e accade spesso con il mio compagno.
Siamo cattolici, ovviamente in questa città di Roma.
Vengo spesso a leggerti, e la tua testimonianza spirituale è molto bella. Ti ho segnato tra i miei preferiti, per leggerti spesso.
Spero di scoprire ancora dei bei blog cristiani-gay o cattolici-gay.
A Roma siamo impegnati io e il mio compagno in uno dei gruppi di credenti gay: La Sorgente.
grazie per la tua testimonianza.
matteo

Ecrit par : matteo | 20.09.2008

Comme c'est beau ! Comment ne pas te dire ma gratitude pour la façon dont tu rends compte du chemin en toi de la grâce. La paix, la bénignité, la science aussi, la pénétration d'esprit qui se trouvent en toi, qui t'ont été données et que tu as su ensuite appliquer, sont bouleversantes. Même si je suis personnellement un "nouveau-catholique", au sens où je me suis formé à l'ère conciliaire, ou peut-être à cause de cela, je te sais un gré immense de cette parfaite fraternité chrétienne que ton témoignage traduit avec pureté.

Ecrit par : Ephrem | 03.10.2008

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