13.08.2008

Le temps de la contemplation

    

Les vacances d'été sont à présent bien avancées. J'ai retrouvé avec joie le château où je travaille comme guide. La passion reste intacte. Devant ce superbe vaisseau de pierre qui a traversé les siècles, comment ne pas se sentir humble, à l'écoute de ces vies qui ont vibré, pleuré, ri dans cet écrin de pierre ?

 

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Château de Bonaguil ( XVème-XVIème siècle)

 

Chaque soir en refermant les portes du château, quand le soleil se couche et que les pierres sont laissées aux pigeons et aux chats qui peuplent la forteresse, je pense à ce texte de Zundel sur le monde de l'Esprit qui sous-tend toute notre vie et qui nous révèle à nous-même dès lors qu'on entre dans la contemplation d'un visage, d'une oeuvre d'art qui nous disent quelque chose de la Présence.

 

 Si l'injustice semble triompher souvent dans le domaine matériel, si l’ordre établi consacre tant d'iniquités, si l'intérêt d'un petit nombre, avec la complicité, hélas ! de tous nos égoïsmes secrets, rend presque impossible l'instauration d'une économie vraiment humaine, il y a pourtant une justice qui se réalise ici-bas, dans le témoignage que le coeur rend aux valeurs véritables.

Nous sommes très souvent dupes du succès, éblouis par les galons, flattés par les titres, subjugués par l'argent. Nous nous grisons de paroles, nous quêtons les compliments, nous nous empressons auprès des gens arrivés pour qu'ils nous fassent la courte échelle.

Mais tout cela demeure extérieur à nous. Notre âme en sent le vide dès qu'elle se souvient d'elle-même. Ce qu'elle ne fait jamais aussi bien qu'en rencontrant dans un être un élan de véritable bonté.

Quel mystérieux baptême sont ces larmes que nous refoulons à peine, quand un visage d'amour traverse notre regard, en nous révélant le monde que nous croyions peut-être aboli, et auquel nous sentons maintenant que nous appartenons par toutes les fibres de notre être : le monde de l'esprit et de la qualité, du silence et de la clarté.

Nous étions là comme d'autres jours, engagés dans les mêmes gestes, esclaves des mêmes attitudes, et cette lumière a passé, faisant surgir au-delà de cet automatisme opaque, au-delà des routines vulgaires, une Présence encore voilée, mais aussitôt reconnue en l'émoi qu'elle suscitait en nous. C'était comme un lever d'aube dans la nef d'une cathédrale, quand les vitraux sortent de la nuit, en laissant voir, dans la matière diaphane, tout un peuple divin qui chante le Cantique du Soleil.
Tout être est capable de nous faire ce don merveilleux qui nous découvre l'humanité vraie. Et ceux qui nous l'ont fait sont à jamais nos bienfaiteurs, quand bien même nous ne les aurions aperçus qu'une seule fois sur la route, car la seule chose qui compte vraiment en nous, c'est ce fonds lumineux dont chacune de ces rencontres a augmenté la richesse.



Maurice Zundel

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