15.08.2008

Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu

 Au coeur de l'été, comme chaque année, nous fêtons cette grande solennité qui rassemble une immense majorité de chrétiens autour de la Vierge Marie. Les vieux catholiques et les orthodoxes, fidèles en cela au catholicisme de l'Eglise indivise, n'ont pas reconnu le dogme de l'Assomption corporelle de la Vierge Marie promulgué par le Pape Pie XII en 1950 dans la bulle Ineffabilis Deus.  La définition romaine du dogme de l'Assomption reste profondément liée à celle de l'Immaculée Conception et choque en cela les sensibilités des Eglises catholiques non romaines. En effet, la formulation de Pie XII laisse sous entendre que Marie aurait été enlevée au ciel sans passer par la mort en raison même de sa conception immaculée qui, dans la perspective romaine, l'a préservée du péché originel et donc de la destinée commune.

C'est cette vision magique qui fait de Marie une sorte de déesse païenne que les vieux catholiques et les orthodoxes ont rejetée. Nous nous en tenons à une autre approche du mystère où c'est, en somme, l'Incarnation qui est célébrée et le mystère de la Theotokos.   Dans la préface eucharistique pour la Dormition, le missel vieux catholique parle de la Vierge comme étant le reflet de l'amour maternel de Dieu pour les Hommes. Marie accueille par une grâce immense et par son Fiat, ce Dieu pauvre qui a besoin de notre amour. Or cet accueil est le fruit de la pauvreté de la Vierge et de son intimité avec le Seigneur. En Marie nous vénérons donc le modèle le plus accompli de la contemplation comme le rappelle le Père  Lev Gillet plus connu sous le pseudonyme Un moine de l'Eglise d'Orient.

 

Marie.jpg

 

 

 Que Marie ait été la mère du Christ, c'est là un don gratuit, c'est un privilège qu'elle a accepté, mais à l'origine duquel sa volonté personnelle n'a pas eu de part. Au contraire, c'est par son propre effort qu'elle a entendu et gardé la parole de Dieu. En cela consiste la vraie grandeur de Marie. Oui, bienheureuse est Marie, mais non principalement parce qu'elle a porté et allaité Jésus; elle est surtout bienheureuse parce qu' elle a été, à un degré unique, obéissante et fidèle. Marie est la mère du Seigneur ; elle est la protectrice des hommes: mais, d'abord et avant tout cela, elle est celle qui a écouté et gardé la Parole. Ici est le fondement « évangélique » de notre piété envers Marie. Un court verset, chanté après l'épître, exprime bien ces choses : « Alleluia ! Ecoute, ô ma fille et vois, et incline ton oreille» (Psaume 45: 10).

 

Marie incarne l'extraordinaire destinée d'une nature humaine restée fidèle et obéissante à la Volonté de Dieu. C'est ainsi qu'elle est devenue le tabernacle du Dieu Vivant et qu'elle nous invite à devenir à notre tour le berceau du Dieu pauvre.  La Dormition ne fait l'objet d'aucune trace scripturaire ni de témoignages historiques précis. Elle n'a donc jamais fait l'objet d'une définition dogmatique dans nos Eglises vieilles catholiques ou orthodoxes. Cependant, à l'image des autres saints dont on fête la mort et l'entrée au ciel, nous nous devons de fêter celle de Marie qui dépasse en gloire et en mérite l'ensemble des élus. La négation active de cette solennité serait un acte impie. Marie est la première du cortège des saints.   Mais la fête du 15 août ne célèbre pas uniquement l'endormissement de Marie dans l'amour du Christ mais aussi sa Résurrection. Marie a des privilèges qui ne sont pas les nôtres au sens où elle a bénéficié de la Résurrection avant la Parousie finale et elle préfigure le dessein d'amour de Dieu pour chacun d'entre nous. Avec Marie, c'est l'ensemble de l'humanité qui est déifiée car Dieu c'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. En Marie, la nature humaine atteint sa fin. (Père Lev Gillet).  Les vêpres byzantines résument ce double mouvement de mort et de résurrection par cette antienne :

 

La source de vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l'échelle du Ciel.

 

Dormition de Marie.jpg

 

Comme la mort de Marie, notre Mort sera, grâce au seul sacrifice et à la résurrection du Christ, source de vie.

 

Alors réjouissons nous avec Marie de l'amour fou de Dieu pour chacun d'entre nous ! Sur l'icône de la Dormition, le Christ, penché sur le tombeau de sa Mère, porte dans ses bras un enfant emmailloté de blanc. C'est le signe de la nouvelle naissance de Marie au Ciel et l'annonce de notre propre destinée de Vivant.

 

DANS TA MATERNITÉ, TU AS GARDÉ LA VIRGINITÉ,
LORS DE TA DORMITION TU N’AS PAS ABANDONNÉ LE MONDE, Ô MÈRE DE DIEU.
TU ES PASSÉE À LA VIE, TOI QUI ES LA MÈRE DE LA VIE
INTERCÈDE POUR NOUS ET DÉLIVRE NOS ÂMES DE LA MORT

(Tropaire de la fête de la Dormition dans la liturgie byzantine)

 

nd_isle_chapel.jpg

 

Pour ma part je fêterai cette belle fête de la Dormition dans une chapelle qui m'est chère au coeur des vignes du Quercy, le sanctuaire de Notre Dame de l'Ile. Je vous porterai toutes et tous dans la prière et vous confierai à la prière de la Vierge qui intercède pour nous dans la communion des saints.

 

 SAINTE MERE DE DIEU PRIE POUR NOUS TOUS,

 POUR TOUS LES LECTEURS DE CE BLOG ET LES FRERES QUE TON FILS A MIS SUR MA ROUTE

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Bien que je sois un chrétien réformé et que je ne voue pas de culte ni à Marie et aux saints, j'avoue que votre billet qui parle si bien la dormition de Marie me réconcilie face aux dogmes romains qui déshumanisent Marie et qui l'élèvent presqu'au rang de déesse.

Marie est un modèle de foi extraordinaire dans les évangiles, un modèle dont l'exemple est à suivre. On reproche souvent aux protestants de ne jamais parler de Marie, comme si c'était impensable dans notre foi à Dieu seul. Pourtant, les plus belles prédications que j'ai entendues sur Marie étaient du pasteur de mon église.

Je vous partage ce beau texte du pasteur Drelincourt dans ses sonnets chrétiens de 1670:

«L’infini se renferme en tes flancs précieux :
Ton père dans la grâce est ton fils par nature,
Et, sortant de ton sein, vient paraître à nos yeux.

Tu mets au jour l’auteur des clartés éternelles;
Et tu nourris, du lait de tes chastes mamelles,
Celui qui de ses biens entretient l’univers.

Ève nous fit mourir, par sa fatale envie ;
Mais, ô Vierge féconde en miracles divers,
Dans le fruit de ta foi tu nous donnes la Vie.»

Ecrit par : dominique | 15.08.2008

J'apprécie beaucoup ton billet et la Dormition me convient très bien...
J'apprécie également le commentaire de Dominique car c'est vrai que nous avons tendance à penser que les protestants ne parlent jamais de Marie.
Pour ma part je suis très reconnaissante à l'Église protestante de nous avoir débarrassés de cette "mariolâtrie" du XIXème siècle qui, comme le dit Aelred, en avait fait une divinité païenne. Pour moi Marie est une mère et dans ce sens un exemple de mère qui a accepté de souffrir à travers et à cause de sa maternité.
Vous trouverez peut-être ma vision trop humaine mais elle m'aide et me réconforte dans ma vie de femme et de mère.

Mais je retiens aussi :
"Alors réjouissons nous avec Marie de l'amour fou de Dieu pour chacun d'entre nous ! "

C'est pour moi le fondamental de ton billet
merci Aelred !

Ecrit par : Marie | 18.08.2008

Jérémie, dans le chapitre 44, et dans la seconde partie du chapitre 7. Ça résume tout.

Malgré tout, l'office byzantin de la Dormition me semble encore plus pervers: tous les attributs du Christ sont attribués à Marie!

Ecrit par : Georges | 01.09.2008

Dis donc c'est depuis le 15 aiut que t'as plus laissé un billet ici.
Cela me manque énormément
Bisous cher frère

Ecrit par : frédéric | 23.11.2008

Ecrire un commentaire