03.01.2009

Le Nom de Jésus

Chers frères et soeurs,

 La fête du Saint Nom de Jésus inaugure l'année liturgique dans toutes les traditions chrétiennes car toutes la fêtent entre le 1er et le 4 janvier. Dans l'Eglise vieille catholique, l'Eglise anglicane, les Eglises orthodoxes et chez nos frères protestants, on la célèbre le 1er Janvier. Elle est fêtée par les catholiques romains le 3 janvier. J'aurais donc dû faire paraître cette méditation le jour de l'An mais après deux posts publiés, cela faisait trop pour une seule fois.

Je vous propose donc aujourd'hui un texte tiré du livre du Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient, dont je vous avais déjà donné une méditation pour la Nativité.  Une façon également d'exprimer ma communion de prière et d'amitié avec nos frères orthodoxes qui fêteront bientôt la fête de la Nativité, de l'Epiphanie et du Baptême du Seigneur le 6 janvier prochain. Dans cet extrait de Jésus, simples regards sur le Sauveur, le père Gillet nous fait partager l'intimité de son dialogue avec le Christ et nous met à l'école de la prière. Par le nom de Jésus, nos sens s'apaisent, notre prière se recentre et porte en elle l'Univers entier.

 

 

   Avant d'enseigner à ses disciples les mots de l'oraison dominicale, Jésus leur dit Vous prierez ainsi...Cet ainsi couvre non seulement le texte de la prière du Seigneur mais aussi la manière dont elle est prononcée. Prier avec les mots de Jésus, oui certes. Mais surtout prier _ autant que le peut la créature pécheresse_ comme Jésus, avec les dispositions de Jésus, en entrant dans l'esprit de Jésus.

C"est surtout au Calvaire, pendant l'agonie du Crucifié que nous voyons comment prie Jésus : Entre tes mains, Seigneur, je remets mon âme...Jésus crie ses mots. Ceux-là seuls peuvent un peu comprendre ce cri, qui se sont à  certaines heures sentis broyés, ne voyant pas d'issue, et ont trouvé refuge dans cet acte suprême de confiance.

 

 

_rendez-gaza070622_1182535486.jpg

Photo-montage réalisé par l'auteur du blog chat.libre.blog.lemonde.fr

Cette image qui associe le visage du Christ de Miséricorde à une photographie de la guerre en Palestine symbolise bien la présence d'Amour du Christ crucifié sur le Mal du Monde.

 

Entre tes mains...Etre soulevé et soutenu par toi, porté par toi, Seigneur Jésus, et aller en répétant ces mots _ obstinément attaché à toi, suspendu à toi, accroché et cramponné à toi si j'ose dire...c'est alors ce qu'on éprouve ce que la prière pourrait être.

Jésus a crié sa dernière prière d'une voix forte. Une voix qui couvre tous les tumultes, ceux du dehors, ceux du dedans. Une voix qui exprime l'effort suprême, total, insurpassable, Cri où s'actualisent toutes les puissances de l'être.

Sentir dans ma prière, par ma prière que je n'ai l'être, que je ne peux être et que je ne suis qu'entre tes mains.

Jésus met en garde ses disciples contre la multiplication des vaines paroles dans la prière. Il y a des heures où un tel besoin de simplification et d'unification s'empare de nous que même la prière parfaite, celle que le Seigneur enseigna à ses disciples, nous semble trop longue. Besoin d'exprimer notre prière en un seul mot. Ce mot nous a été donné Jésus, Jésus...! Il s'agit de le redire, _ non mécaniquement _ mais en esprit et vérité.

Dans le nom de Jésus, se trouvent, résumés et agissants tous les mystères de notre salut. Si nous répétons ce nom, la réalité de Jésus, à travers lui, peut nous pénétrer, nous emplir, nous imbiber de telle sorte que la parole se fasse chair en nous. (non l'incarnation au sens unique du mot, mais une participation par grâce).

Le nom de Jésus pénètre l'âme, comme la tâche d'huile silencieusement s'étend.

Le nom de Jésus contient le monde comme, dans le rayon de lumière, se fondent les couleurs du prisme. C'est dans son Verbe que le Père a tout créé.

L'invocation du Nom de Jésus sur tout ce qui existe permet de transfigurer, de christifier l'univers et de lui rendre un vrai sens.

 

 

flambe-bourdon_1114.jpg

 

 

Seigneur Jésus, prie en moi, toi-même. Que je me taise, et que ta voix seule s'élève !  Si ta prière devient la mienne, si je te laisse prier en moi, tous les évènements et toutes les créatures du monde entreront dans ma prière et seront portées par elle.

Seigneur, deviens toi-même ma prière !

 

Jésus et la création. Leur rapport intime (il ne s'agit pas seulement des hommes). Non seulement c'est dans son Verbe que Dieu a créé l'Univers, mais le Dieu incarné attire à lui tous les mondes. Comme le dit Saint Paul, la Création entière, soumise à la vanité (au mal physique, aux catastrophes, à la rigueur des lois naturelles), gémit et souffre des douleurs de l'enfantement et attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.

 

Père Lev Gillet.

  

01.01.2009

Rions un peu et rendons grâce de la Beauté de la Création

  Après mon post un peu sérieux rédigé avant le réveillon d'hier, je voulais commencer l'année en souriant un peu et, en réaction à mon texte ci-dessous, rappeler que la soutane n'a pas que des torts et le clergé romain non plus...A vous de juger...;)

Extrait du Calendario Romano, équivalent des Dieux du Stade pour le diocèse de Rome...

 

06ghtm.gif
Bonne Année 2009
06chtm.gif

Craintes et Espérances pour 2009

Chers frères et soeurs,

 

  L'année 2008 se termine dans un contexte bien morose sur le plan de la vie du monde et de l'Eglise. Il y a bien sûr la crise de notre monde qui menace tout un chacun, les discours de nos dirigeants français qui semblent plus souvent brasser du vent qu'autre chose et ont bien du mal à renoncer aux lumières du luxe quand nos concitoyens souffrent. Il y a aussi le triste visage d'Eglise que donne une certaine hiérarchie romaine dans son désir de Restauration d'un passé révolu et son incompréhension totale des réalités humaines auxquelles elle est confrontée.

 

  Ma semaine de Noël passée dans le diocèse de Fréjus-Toulon m'a donné à voir les tristes résultats de la politique du Saint-Siège que l'évêque du lieu, connu pour sa fermeture d'esprit et son ultramontanisme exacerbé met en oeuvre avec zèle. Un diocèse regorgeant de prêtres certes. Mais des prêtres venus d'ailleurs, des mercenaires pour reprendre les termes entendus chez un séminariste du diocèse. Mercenaires - légionnaires du Christ, Mercenaires des fraternités traditionnalistes (St Martin, Miséricorde Divine et j'en passe) qui promeuvent la nouvelle évangélisation à coup de messes tridentines et de sermons réglementaristes et moralisateurs.  Un diocèse où la liberté évangélique est bafouée, où les prêtres du cru qui ne plaisent pas à l'évêque sont envoyés dans les montagnes ou sont contraints de quitter le diocèse. Un diocèse où la traque aux prêtres et aux fidèles homosexuels va bon train. Triste spectacle de la Restauration vaticane. Ce n'est pas tant la liturgie tridentine qui me gêne, ni même la soutane.  Nous vieux catholiques ou anglicans, avons bien souvent conservé des normes liturgiques anciennes et nos prêtres ont gardé le clergyman ou même la soutane quand beaucoup de prêtres romains les avaient retirés. Non, le plus gênant, c'est toute la revendication que portent ces congrégations comme si ces prêtres, forts de leurs certitudes apprises dans les alinéas du catéchisme officiel, misaient plus sur l'habit que sur l'Evangile.  Pauvre Eglise qui se coupe de plus en plus de la souffrance des gens, de ce monde qui a besoin d'une parole de libération. Que disent à nos contemporains le style serre-tête, la jupe plissée Cyrillus et les chaussures bateaux ?  Ils en rient.  Ils s'apprêtent à jeter l'Eglise. Et avec elle le Christ. Car sans l'Eglise, pas de Christ. Que représente le Crucifié pour les jeunes gens à la mode qui portent des chapelets sur leur poitrine dénudée ?  Un objet de mode ? ou la Croix qui a porté leur salut, le renouveau de leur Vie ?

 

La parole de St Jean est plus que jamais d'actualité : Le Verbe s'est fait Chair et Il a demeuré parmi nous. Et le monde ne l'a pas connu...

 

pray340a.jpg

 

En septembre dernier, Paris-Match proclamait sur sa couverture : Le Pape Benoît XVI a séduit la France. Sans doute les mamans cathos du XVIème arrondissement qui accrochent le portrait du Souverain Pontife au-dessus de leur lit et qui ont envahi les Invalides pour la messe papale. Mais pas l'homme de la rue.

Pourtant, il y a encore dans l'Eglise des lieux de respiration, des personnes libres, des communautés qui pratiquent la liberté évangélique. . Dans toutes les sensibilités d'Eglise, même là où on ne s'y attendrait pas, prient et vivent des croyants libres. Il y a le rassemblement de Taizé à Bruxelles qui va unir des milliers de jeunes chrétiens catholiques romains, protestants, anglicans, vieux catholiques et orthodoxes pour communier à la même Parole Vivante du Père et mettre en Lumière cette Eglise qui est UNE de toute éternité malgré les divisions visibles. Rendons grâce pour ces empêcheurs de croire en rond.

 

 

560796038_b22bb46f53.jpg

L'Annonciation - Eglise de Taizé

 

 

     Je termine ces vacances un livre que m'a donné un prêtre catholique (romain) de ma connaissance. Le Père Gérard Bessières, fondateur du magazine La Vie, ancien prédicateur des messes de France Culture, auteur de nombreux ouvrages historiques et spirituels a marqué l'Eglise de France et mon diocèse d'origine dans les années 70/80. Aujourd'hui, il fait de la maison où il s'est retiré un lieu où l'Evangile prend sens. Où tout le monde est accueilli là où il en est, comme le Christ. Gérard Bessières n'a pas peur des pourfendeurs du relativisme. Dans sa biographie spirituelle L'Enfant hérétique, une traversée avec Jésus (Albin Michel, 2004), le père Bessières se revendique comme un hérétique au sens grec du terme. Celui qui fait des choix. Des choix qui ne bradent pas l'essentiel mais qui mettent l'homme en quête d'une Vérité qui est avant tout Quelqu'un. Oui, être hérétique, ce n'est pas se couper de l'Eglise. C'est ne jamais renoncer à chercher Jésus au-delà des Christ de la Foi. C'est prendre en compte les apports de l'Histoire pour mieux fortifier notre Foi et, disons-le, relativiser l'inutile. C'est ce qu'on fait les port-royalistes et après-eux les pères fondateurs du vieux-catholicisme en rejetant tous les dogmes postérieurs à 1054. Dans l'Eglise du concile Vatican I, c'était le pire des péchés. On a fait de nous des schismatiques malgré nous. Or l'hérétique n'est pas schismatique comme le dit si bien Gérard Bessières car on demeure toujours dans sa famille même si on est en désaccord avec certains de ses membres et que ses membres vous ont ostracisés. Dans son livre, le père Bessières parle d'une de ses conférences à laquelle un évêque et un cardinal assistaient. Voici les réactions des prélats.

Dans le débat qui suivit, le cardinal me demanda comment je pouvais rester dans l'Eglise en exprimant mes distances avec l'orthodoxie romaine. (...) L'évêque qui est devenu depuis cardinal, m'interrogea sur le contenu de la Foi. Me revient en mémoire l'axiome très classique de Saint Vincent de Lérins que je citai en latin (clin d'oeil d'Aelred : C'est d'ailleurs un des enseignements fondateurs du vieux catholicisme) Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditum est (ce qui a été cru toujours, partout et par tous). J'ajoutai une interrogation : que sera le contenu de l'orthodoxie si on examine la tradition chrétienne en lui appliquant ces trois critères, à l'aide des connaissances historiques dont nous disposons aujourd'hui ? L'évêque resta sans réponse. (...) Si le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, me convoquait à Rome et m'accusait de ne pas être fidèle à l'orthodoxie, je ne nierais pas, je reconnaîtrais que je suis hérétique. Mais je lui dirais : " Et vous, êtes-vous sûr de ne pas être hérétique ? " L'hérétique, selon l'étymologie, c'est celui qui fait un tri. Qui peut se vanter de ne pas avoir "choisi" dans la foi reçue ? Je ne fis pas le détail de mes hérésies (...) je précisai seulement mes distances par rapport aux dogmes qui revêtent le Pape et la papauté d'une autorité venue de Dieu. En évoquant mes homélies, mes articles (...) je fus amené à dire que je me référais volontiers à Jésus et à son Evangile mais que je faisais silence sur beaucoup de croyances transmises par l'Eglise. Après mon exposé (...), parmi les quarante prêtres, trente huit dirent qu'ils choisissaient eux-aussi et qu'ils restaient silencieux en beaucoup de domaines, deux confièrent qu'il leur arrivait de dire ce qu'eux-mêmes ne croyaient plus tellement les gens attendent ces paroles. Je constatai qu'une liberté cheminait dans la conscience de beaucoup mais qu'un discours traditionnel pouvait continuer de fonctionner sans en être affecté.

 

 

nativity.jpg

 

Merci Seigneur pour le témoignage de liberté que nous donnent tes grands témoins. Qu'à l'aube de cette nouvelle année, ton Esprit poursuive son oeuvre d'Amour et de Libération, que la déflagration silencieuse du Oui de Marie et de la crèche viennent nous ébranler, nous sortent de nos certitudes pour toujours partir à ta recherche, pour être toujours en quête de l'Ultime. En quête de Toi, le Visage qui se révèlera au dernier Jour. Toi Jésus, le Dieu qui sauve.   

 

Pour conclure, je vous laisse un texte et un cantique pour ouvrir ensemble dans la prière cette nouvelle année.

 

1) Le texte est un extrait de l'Enfant Hérétique qui vient prolonger la réflexion entreprise plus haut et nous ouvre des perspectives terriblement d'actualité.

 

Comme le monde et la vie étaient illuminés lorsqu'on reconnaissait Dieu lui-même dans le divin enfançon de la crèche, dans le charpentier de Nazareth, dans le héraut du Royaume, dans le passant qui guérissait, libérait, rendait vie ! Si Dieu venait en personne vers les pécheurs, les demi-fripouilles, les filles de joie, les perclus de corps et d'âme, s'il risquait sa vie -oui, risquait sa vie ! - pour ouvrir la voie vers un monde d'amour, s'il mourait dans l'horrible supplice, quelle harmonie majeure venait donner sens, orienter nos existences, transfigurer nos souffrances, raffermir nos énergies ! Renoncer à l'Incarnation, n'est ce pas éloigner Dieu à distance infinie, le perdre ?  L'art chrétien voit soudain s'éteindre sa lumière intérieure ; les édifices majestueux des grandes oeuvres théologiques ne sont plus qu'architectures logiques abstraites, parfois délirantes, sans appui dans la réalité ; les ferveurs qui ont suscité tant de dévouements et parfois d'héroïsmes s'exaltent dans le vide...Perte sans recours ?

 

520_Chemin_arbor%E9_%5BV1_4x3_525x700%3Dpist%2Carbr%5D.jpg

 

Peut-être cette perte qui nous prive des certitudes du passé nous fait-elle approcher obscurément une réalité invisible, indicible, inconcevable, rebelle à toute formulation et définition? Dans la recherche et la marche vers l'Ultime, pouvons nous jamais nous arrêter et considérer comme définitives les croyances, les liturgies, les institutions ? Même si le paysage est resté longtemps immobile et répétitif, vient un jour où la route monte pour franchir l'horizon vers l'inconnu. Le chemin sera rude, on regardera souvent en arrière, mais l'Absolu appellera toujours en avant. Après la stabilité rassurante des unanimités croyantes durant les "siècles de foi", il faut passer des seuils qui semblent tout mettre en péril. Etait-ce la même énergie intérieure qui nous a fait parcourir les plaines grandes ouvertes et qui nous pousse maintenant sur les sentiers de montagne ? Difficile de répondre. Ce qui est sûr; c'est qu'il faut s'alléger; renoncer à ce qui paraissait jadis indispensable : il ne restera plus bientôt que le désir et l'attente. Tout le reste n'était peut-être que projection anticipatrice, bagage du pélerin.

Gérard Bessières

 

 2) Un cantique en anglais

 

C'est un chant de Noël bien connu de nos frères anglo-saxons. Mary, did you know ? Marie, savais-tu ? Marie, savais-tu qu'en embrassant ton enfant, tu embrassais le Visage de Dieu ? A la suite de Marie, Mère de la Sainte Espérance, apprenons à découvrir Jésus, à le voir grandir en Nous, à accueillir peu à peu la Bonne Nouvelle de l'Incarnation.

 

 Je vous donne le lien pour écouter cette musique sur Youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=A1oHJR2g7Tw

 

 Belle et Sainte Année 2009 à toutes et à tous !

 

Aelred

 

Toutes les notes