25.03.2009
Accueillir le don de Dieu
Chers frères et soeurs,
Au coeur de ce Carême, une fête nous fait déjà entrevoir l'espérance de Pâques. Je tenais à vous laisser quelques lignes sur la fête de l'Annonciation. En ce 25 mars, nous fêtons le Oui de Marie, ce oui qui a changé la face du Monde car par Marie, l'anneau des fiançailles entre Dieu et les hommes se refermait définitivement. Le Dieu d'Israël, le Dieu Tout Puissant que Moïse n'avait pu regarder en face, ce Dieu là n'est plus cette Divinité presque païenne dans le Saint des saints du temple de Jérusalem. Ce Dieu là venait de bouleverser la conception même du sacré antique qui est de séparer Dieu et le monde profane. Voici que le Seigneur entre dans la seule Eglise qui lui est chère, dans le seul ostensoir apte à le porter : notre Coeur d'homme par l'intermédiaire de Marie.

L'Annonciation - Arcabas
Alors j'ai envie de remercier Marie pour son Espérance qui nous fait souvent défaut, pour sa Foi qui la guidera avec courage jusqu'au Golgotha pour mieux se réjouir de la fidélité de Dieu au matin de Pâques et au grand jour de Pentecôte.
Puisse Marie en ce temps de Carême nous servir de modèle et de soeur dans notre marche chrétienne, puissions, à ta suite, Marie, toi la première en chemin, devenir le berceau de Dieu.
Voici un petit texte d'Olivier Clément, théologien orthodoxe, commentant ce passage d'Origène :
Introduisez moi dans la maison du Vin (Cant. 2,4) Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi. C'est à vous aussi qu'il dit Introduisez moi non pas simplement dans la maison mais dans la maison du vin. Que votre âme soit remplie du vin de la joie, du vin de l'Esprit saint et ainsi introduisez l'Epoux, le Verbe, la Sagesse, la Vérité dans votre maison. On peut donc dire, même à ceux qui ne sont pas encore parfaits : Introduisez moi dans la maison du vin.
Origène
Deuxième homélie sur le Cantique des cantiques.
L'union avec Dieu peut aussi s'exprimer en termes de nativité intérieure. L'âme s'identifie à la Vierge, elle fait mémoire du mystère de l'Incarnation, et l'Incarnation se diffuse spirituellement dans les âmes saintes qui, par là même, préparent le retour du Christ. Tous les mystères de l'Evangile non seulement s'actualisent dans la liturgie mais nous saisissent dans la vie spirituelle. Le Verbe ne cesse de naître dans la grotte de notre coeur. Quand le Christ serait né mille fois à Bethléem, écrivait Angélius Silesius, s'il ne naît pas en toi, tu es perdu pour l'éternité. Faire naître le Christ en nous, telle est bien la fonction de la temporalité liturgique, intériorisée par l'ascèse, la prière et la contemplation.
Olivier Clément
Sources
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25.02.2009
Mercredi des Cendres : Bon et saint Carême 2009 !
Seigneur, tu aimes tout ce qui existe et Tu n'as de répulsion pour aucune de Tes oeuvres; Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes : Tu les invites à la pénitence, et Tu leur pardonnes, car Tu es le Seigneur notre Dieu.
Antienne d'ouverture de la messe des Cendres

Chers frères et soeurs dans le Christ,
Le temps de Carême s'ouvre en ce jour et nous voilà partis sur le chemin de Pâques. Le temps, sans doute, de faire la paix en nous, en Eglise, avec nos frères et d'accueillir, dans la prière, la Paix qui vient de Dieu. Pour ma part, je suivrai la webretraite que propose sur ce thème de la Paix, la fraternité Saint Vincent de Lérins (http://www.fraternitesaintvincentdelerins.fr.gd), qui rassemble au-delà des distances géographiques les vieux catholiques de l'Union d'Utrecht et des anglicans francophones de France et de Belgique. Chaque semaine, nous recevons, par mail ou sur le site, des lectures bibliques, des prières et méditations ainsi que des petits articles sur des situations de conflit dans le Monde afin d'incarner notre prière et de l'élargir à l'ensemble de nos frères en humanité.
Bon Carême à toutes et à tous !
La prière est au coeur de ce temps de Carême. Pourtant, il nous est parfois bien difficile de prier, nous nous sentons secs, fatigués, découragés.
Cette prière toute simple peut nous aider à retrouver les mots ... Elle est tirée d'un livre un peu ancien (1957), Prières pour les jours intenables, du Père Lucien Jerphagnon (ancien professeur de philosophie au grand séminaire de Meaux, Lucien Jerphagnon a ensuite poursuivi une carrière dans l'enseignement supérieur où il a acquis un grand renom comme membre de l'école d'Athènes et spécialiste de l'Antiquité).
Seigneur, j'avais pourtant dit que je ne voulais pas prier ce soir. J'ai bien trop peur : je ne veux pas risquer de T'entendre. Il faudrait encore faire effort, toujours faire effort. Et je ne veux pas faire effort ce soir. Pas ce soir, vraiment.
Cette longue suite de jours qu'aucun imprévu ne traverse, et qui m'ennuient...Tous ces jours qui passent sans seulement que je sache si j'ai progressé, si je suis un peu meilleur.

Peinture de Bernadette Lopez (Evangile et Peinture)
Il fait noir, et je pense que demain est proche. Et quand je m'éveillerai -si je viens à dormir- je sais que je n'aurai pas changé. Je serai le même. Ni meilleur, ni pire, avec devant moi la même journée à faire, et les mêmes occasions de bien faire, que je manquerai, comme d'habitude.
Que de fois, pourtant, je T'ai demandé la perfection : Soyez parfaits comme le Père du Ciel est parfait... Je n'y suis pas arrivé. Et maintenant que l'âge vient, je me demande si j'y arriverai jamais. Et s'il vaut bien la peine que je m'y applique.
Je me demande, O Seigneur, si la perfection, je l'ai cherchée de façon assez pure. Ah ! j'aurais aimé m'en orner, m'en décorer...Etre pour les autres et pour moi...un saint.
Il faut que je renonce à cela. Et que je l'admette, simplement, une bonne fois, de n'être que ce je suis.
Au fond, peut-être est-ce cela, Seigneur, ce que Tu appelles devenir comme de petits enfants . S'admettre avec autant de simplicité de coeur que tu nous as admis tout autant que nous sommes.

Etre comme un petit enfant dans les bras de Dieu (Peinture de B. Lopez)
Accepter d'être bonnement de ceux pour qui Tu es venu : les pécheurs, pour qui Ton Evangile est tellement bon. Meilleur encore qu'on le dit.
(...) Seigneur, tu avoues Ta préférence pour tous ceux qui tombent, qui ne valent pas cher. Les pauvres gens quelconques, ceux qui savent qu'ils ne sont pas grand chose. Sans doute, est -ce que je commence à comprendre que j'en suis...moi aussi.
Et que c'est pour nous que Tu es venu.
Mais, Seigneur, ce soir, ne m'en demande pas trop.
Lucien Jerphagnon
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03.01.2009
Le Nom de Jésus
Chers frères et soeurs,
La fête du Saint Nom de Jésus inaugure l'année liturgique dans toutes les traditions chrétiennes car toutes la fêtent entre le 1er et le 4 janvier. Dans l'Eglise vieille catholique, l'Eglise anglicane, les Eglises orthodoxes et chez nos frères protestants, on la célèbre le 1er Janvier. Elle est fêtée par les catholiques romains le 3 janvier. J'aurais donc dû faire paraître cette méditation le jour de l'An mais après deux posts publiés, cela faisait trop pour une seule fois.
Je vous propose donc aujourd'hui un texte tiré du livre du Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient, dont je vous avais déjà donné une méditation pour la Nativité. Une façon également d'exprimer ma communion de prière et d'amitié avec nos frères orthodoxes qui fêteront bientôt la fête de la Nativité, de l'Epiphanie et du Baptême du Seigneur le 6 janvier prochain. Dans cet extrait de Jésus, simples regards sur le Sauveur, le père Gillet nous fait partager l'intimité de son dialogue avec le Christ et nous met à l'école de la prière. Par le nom de Jésus, nos sens s'apaisent, notre prière se recentre et porte en elle l'Univers entier.
Avant d'enseigner à ses disciples les mots de l'oraison dominicale, Jésus leur dit Vous prierez ainsi...Cet ainsi couvre non seulement le texte de la prière du Seigneur mais aussi la manière dont elle est prononcée. Prier avec les mots de Jésus, oui certes. Mais surtout prier _ autant que le peut la créature pécheresse_ comme Jésus, avec les dispositions de Jésus, en entrant dans l'esprit de Jésus.
C"est surtout au Calvaire, pendant l'agonie du Crucifié que nous voyons comment prie Jésus : Entre tes mains, Seigneur, je remets mon âme...Jésus crie ses mots. Ceux-là seuls peuvent un peu comprendre ce cri, qui se sont à certaines heures sentis broyés, ne voyant pas d'issue, et ont trouvé refuge dans cet acte suprême de confiance.

Photo-montage réalisé par l'auteur du blog chat.libre.blog.lemonde.fr
Cette image qui associe le visage du Christ de Miséricorde à une photographie de la guerre en Palestine symbolise bien la présence d'Amour du Christ crucifié sur le Mal du Monde.
Entre tes mains...Etre soulevé et soutenu par toi, porté par toi, Seigneur Jésus, et aller en répétant ces mots _ obstinément attaché à toi, suspendu à toi, accroché et cramponné à toi si j'ose dire...c'est alors ce qu'on éprouve ce que la prière pourrait être.
Jésus a crié sa dernière prière d'une voix forte. Une voix qui couvre tous les tumultes, ceux du dehors, ceux du dedans. Une voix qui exprime l'effort suprême, total, insurpassable, Cri où s'actualisent toutes les puissances de l'être.
Sentir dans ma prière, par ma prière que je n'ai l'être, que je ne peux être et que je ne suis qu'entre tes mains.
Jésus met en garde ses disciples contre la multiplication des vaines paroles dans la prière. Il y a des heures où un tel besoin de simplification et d'unification s'empare de nous que même la prière parfaite, celle que le Seigneur enseigna à ses disciples, nous semble trop longue. Besoin d'exprimer notre prière en un seul mot. Ce mot nous a été donné Jésus, Jésus...! Il s'agit de le redire, _ non mécaniquement _ mais en esprit et vérité.
Dans le nom de Jésus, se trouvent, résumés et agissants tous les mystères de notre salut. Si nous répétons ce nom, la réalité de Jésus, à travers lui, peut nous pénétrer, nous emplir, nous imbiber de telle sorte que la parole se fasse chair en nous. (non l'incarnation au sens unique du mot, mais une participation par grâce).
Le nom de Jésus pénètre l'âme, comme la tâche d'huile silencieusement s'étend.
Le nom de Jésus contient le monde comme, dans le rayon de lumière, se fondent les couleurs du prisme. C'est dans son Verbe que le Père a tout créé.
L'invocation du Nom de Jésus sur tout ce qui existe permet de transfigurer, de christifier l'univers et de lui rendre un vrai sens.

Seigneur Jésus, prie en moi, toi-même. Que je me taise, et que ta voix seule s'élève ! Si ta prière devient la mienne, si je te laisse prier en moi, tous les évènements et toutes les créatures du monde entreront dans ma prière et seront portées par elle.
Seigneur, deviens toi-même ma prière !
Jésus et la création. Leur rapport intime (il ne s'agit pas seulement des hommes). Non seulement c'est dans son Verbe que Dieu a créé l'Univers, mais le Dieu incarné attire à lui tous les mondes. Comme le dit Saint Paul, la Création entière, soumise à la vanité (au mal physique, aux catastrophes, à la rigueur des lois naturelles), gémit et souffre des douleurs de l'enfantement et attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.
Père Lev Gillet.
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