01.01.2009
Rions un peu et rendons grâce de la Beauté de la Création
Après mon post un peu sérieux rédigé avant le réveillon d'hier, je voulais commencer l'année en souriant un peu et, en réaction à mon texte ci-dessous, rappeler que la soutane n'a pas que des torts et le clergé romain non plus...A vous de juger...;)
Extrait du Calendario Romano, équivalent des Dieux du Stade pour le diocèse de Rome...


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Craintes et Espérances pour 2009
Chers frères et soeurs,
L'année 2008 se termine dans un contexte bien morose sur le plan de la vie du monde et de l'Eglise. Il y a bien sûr la crise de notre monde qui menace tout un chacun, les discours de nos dirigeants français qui semblent plus souvent brasser du vent qu'autre chose et ont bien du mal à renoncer aux lumières du luxe quand nos concitoyens souffrent. Il y a aussi le triste visage d'Eglise que donne une certaine hiérarchie romaine dans son désir de Restauration d'un passé révolu et son incompréhension totale des réalités humaines auxquelles elle est confrontée.
Ma semaine de Noël passée dans le diocèse de Fréjus-Toulon m'a donné à voir les tristes résultats de la politique du Saint-Siège que l'évêque du lieu, connu pour sa fermeture d'esprit et son ultramontanisme exacerbé met en oeuvre avec zèle. Un diocèse regorgeant de prêtres certes. Mais des prêtres venus d'ailleurs, des mercenaires pour reprendre les termes entendus chez un séminariste du diocèse. Mercenaires - légionnaires du Christ, Mercenaires des fraternités traditionnalistes (St Martin, Miséricorde Divine et j'en passe) qui promeuvent la nouvelle évangélisation à coup de messes tridentines et de sermons réglementaristes et moralisateurs. Un diocèse où la liberté évangélique est bafouée, où les prêtres du cru qui ne plaisent pas à l'évêque sont envoyés dans les montagnes ou sont contraints de quitter le diocèse. Un diocèse où la traque aux prêtres et aux fidèles homosexuels va bon train. Triste spectacle de la Restauration vaticane. Ce n'est pas tant la liturgie tridentine qui me gêne, ni même la soutane. Nous vieux catholiques ou anglicans, avons bien souvent conservé des normes liturgiques anciennes et nos prêtres ont gardé le clergyman ou même la soutane quand beaucoup de prêtres romains les avaient retirés. Non, le plus gênant, c'est toute la revendication que portent ces congrégations comme si ces prêtres, forts de leurs certitudes apprises dans les alinéas du catéchisme officiel, misaient plus sur l'habit que sur l'Evangile. Pauvre Eglise qui se coupe de plus en plus de la souffrance des gens, de ce monde qui a besoin d'une parole de libération. Que disent à nos contemporains le style serre-tête, la jupe plissée Cyrillus et les chaussures bateaux ? Ils en rient. Ils s'apprêtent à jeter l'Eglise. Et avec elle le Christ. Car sans l'Eglise, pas de Christ. Que représente le Crucifié pour les jeunes gens à la mode qui portent des chapelets sur leur poitrine dénudée ? Un objet de mode ? ou la Croix qui a porté leur salut, le renouveau de leur Vie ?
La parole de St Jean est plus que jamais d'actualité : Le Verbe s'est fait Chair et Il a demeuré parmi nous. Et le monde ne l'a pas connu...

En septembre dernier, Paris-Match proclamait sur sa couverture : Le Pape Benoît XVI a séduit la France. Sans doute les mamans cathos du XVIème arrondissement qui accrochent le portrait du Souverain Pontife au-dessus de leur lit et qui ont envahi les Invalides pour la messe papale. Mais pas l'homme de la rue.
Pourtant, il y a encore dans l'Eglise des lieux de respiration, des personnes libres, des communautés qui pratiquent la liberté évangélique. . Dans toutes les sensibilités d'Eglise, même là où on ne s'y attendrait pas, prient et vivent des croyants libres. Il y a le rassemblement de Taizé à Bruxelles qui va unir des milliers de jeunes chrétiens catholiques romains, protestants, anglicans, vieux catholiques et orthodoxes pour communier à la même Parole Vivante du Père et mettre en Lumière cette Eglise qui est UNE de toute éternité malgré les divisions visibles. Rendons grâce pour ces empêcheurs de croire en rond.

L'Annonciation - Eglise de Taizé
Je termine ces vacances un livre que m'a donné un prêtre catholique (romain) de ma connaissance. Le Père Gérard Bessières, fondateur du magazine La Vie, ancien prédicateur des messes de France Culture, auteur de nombreux ouvrages historiques et spirituels a marqué l'Eglise de France et mon diocèse d'origine dans les années 70/80. Aujourd'hui, il fait de la maison où il s'est retiré un lieu où l'Evangile prend sens. Où tout le monde est accueilli là où il en est, comme le Christ. Gérard Bessières n'a pas peur des pourfendeurs du relativisme. Dans sa biographie spirituelle L'Enfant hérétique, une traversée avec Jésus (Albin Michel, 2004), le père Bessières se revendique comme un hérétique au sens grec du terme. Celui qui fait des choix. Des choix qui ne bradent pas l'essentiel mais qui mettent l'homme en quête d'une Vérité qui est avant tout Quelqu'un. Oui, être hérétique, ce n'est pas se couper de l'Eglise. C'est ne jamais renoncer à chercher Jésus au-delà des Christ de la Foi. C'est prendre en compte les apports de l'Histoire pour mieux fortifier notre Foi et, disons-le, relativiser l'inutile. C'est ce qu'on fait les port-royalistes et après-eux les pères fondateurs du vieux-catholicisme en rejetant tous les dogmes postérieurs à 1054. Dans l'Eglise du concile Vatican I, c'était le pire des péchés. On a fait de nous des schismatiques malgré nous. Or l'hérétique n'est pas schismatique comme le dit si bien Gérard Bessières car on demeure toujours dans sa famille même si on est en désaccord avec certains de ses membres et que ses membres vous ont ostracisés. Dans son livre, le père Bessières parle d'une de ses conférences à laquelle un évêque et un cardinal assistaient. Voici les réactions des prélats.
Dans le débat qui suivit, le cardinal me demanda comment je pouvais rester dans l'Eglise en exprimant mes distances avec l'orthodoxie romaine. (...) L'évêque qui est devenu depuis cardinal, m'interrogea sur le contenu de la Foi. Me revient en mémoire l'axiome très classique de Saint Vincent de Lérins que je citai en latin (clin d'oeil d'Aelred : C'est d'ailleurs un des enseignements fondateurs du vieux catholicisme) Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditum est (ce qui a été cru toujours, partout et par tous). J'ajoutai une interrogation : que sera le contenu de l'orthodoxie si on examine la tradition chrétienne en lui appliquant ces trois critères, à l'aide des connaissances historiques dont nous disposons aujourd'hui ? L'évêque resta sans réponse. (...) Si le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, me convoquait à Rome et m'accusait de ne pas être fidèle à l'orthodoxie, je ne nierais pas, je reconnaîtrais que je suis hérétique. Mais je lui dirais : " Et vous, êtes-vous sûr de ne pas être hérétique ? " L'hérétique, selon l'étymologie, c'est celui qui fait un tri. Qui peut se vanter de ne pas avoir "choisi" dans la foi reçue ? Je ne fis pas le détail de mes hérésies (...) je précisai seulement mes distances par rapport aux dogmes qui revêtent le Pape et la papauté d'une autorité venue de Dieu. En évoquant mes homélies, mes articles (...) je fus amené à dire que je me référais volontiers à Jésus et à son Evangile mais que je faisais silence sur beaucoup de croyances transmises par l'Eglise. Après mon exposé (...), parmi les quarante prêtres, trente huit dirent qu'ils choisissaient eux-aussi et qu'ils restaient silencieux en beaucoup de domaines, deux confièrent qu'il leur arrivait de dire ce qu'eux-mêmes ne croyaient plus tellement les gens attendent ces paroles. Je constatai qu'une liberté cheminait dans la conscience de beaucoup mais qu'un discours traditionnel pouvait continuer de fonctionner sans en être affecté.

Merci Seigneur pour le témoignage de liberté que nous donnent tes grands témoins. Qu'à l'aube de cette nouvelle année, ton Esprit poursuive son oeuvre d'Amour et de Libération, que la déflagration silencieuse du Oui de Marie et de la crèche viennent nous ébranler, nous sortent de nos certitudes pour toujours partir à ta recherche, pour être toujours en quête de l'Ultime. En quête de Toi, le Visage qui se révèlera au dernier Jour. Toi Jésus, le Dieu qui sauve.
Pour conclure, je vous laisse un texte et un cantique pour ouvrir ensemble dans la prière cette nouvelle année.
1) Le texte est un extrait de l'Enfant Hérétique qui vient prolonger la réflexion entreprise plus haut et nous ouvre des perspectives terriblement d'actualité.
Comme le monde et la vie étaient illuminés lorsqu'on reconnaissait Dieu lui-même dans le divin enfançon de la crèche, dans le charpentier de Nazareth, dans le héraut du Royaume, dans le passant qui guérissait, libérait, rendait vie ! Si Dieu venait en personne vers les pécheurs, les demi-fripouilles, les filles de joie, les perclus de corps et d'âme, s'il risquait sa vie -oui, risquait sa vie ! - pour ouvrir la voie vers un monde d'amour, s'il mourait dans l'horrible supplice, quelle harmonie majeure venait donner sens, orienter nos existences, transfigurer nos souffrances, raffermir nos énergies ! Renoncer à l'Incarnation, n'est ce pas éloigner Dieu à distance infinie, le perdre ? L'art chrétien voit soudain s'éteindre sa lumière intérieure ; les édifices majestueux des grandes oeuvres théologiques ne sont plus qu'architectures logiques abstraites, parfois délirantes, sans appui dans la réalité ; les ferveurs qui ont suscité tant de dévouements et parfois d'héroïsmes s'exaltent dans le vide...Perte sans recours ?

Peut-être cette perte qui nous prive des certitudes du passé nous fait-elle approcher obscurément une réalité invisible, indicible, inconcevable, rebelle à toute formulation et définition? Dans la recherche et la marche vers l'Ultime, pouvons nous jamais nous arrêter et considérer comme définitives les croyances, les liturgies, les institutions ? Même si le paysage est resté longtemps immobile et répétitif, vient un jour où la route monte pour franchir l'horizon vers l'inconnu. Le chemin sera rude, on regardera souvent en arrière, mais l'Absolu appellera toujours en avant. Après la stabilité rassurante des unanimités croyantes durant les "siècles de foi", il faut passer des seuils qui semblent tout mettre en péril. Etait-ce la même énergie intérieure qui nous a fait parcourir les plaines grandes ouvertes et qui nous pousse maintenant sur les sentiers de montagne ? Difficile de répondre. Ce qui est sûr; c'est qu'il faut s'alléger; renoncer à ce qui paraissait jadis indispensable : il ne restera plus bientôt que le désir et l'attente. Tout le reste n'était peut-être que projection anticipatrice, bagage du pélerin.
Gérard Bessières
2) Un cantique en anglais
C'est un chant de Noël bien connu de nos frères anglo-saxons. Mary, did you know ? Marie, savais-tu ? Marie, savais-tu qu'en embrassant ton enfant, tu embrassais le Visage de Dieu ? A la suite de Marie, Mère de la Sainte Espérance, apprenons à découvrir Jésus, à le voir grandir en Nous, à accueillir peu à peu la Bonne Nouvelle de l'Incarnation.
Je vous donne le lien pour écouter cette musique sur Youtube :
http://www.youtube.com/watch?v=A1oHJR2g7Tw
Belle et Sainte Année 2009 à toutes et à tous !
Aelred
02:28 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25.12.2008
Belle fête de la Nativité
Chers frères et soeurs dans le Christ,
Je vous souhaite une très belle fête de la Nativité. J'ai prié pour vous tous lors de la belle veillée de Noël provençale à laquelle j'ai participé hier soir. Un très beau moment où la paix et la beauté étaient au rendez-vous. Mais aussi les joies et les souffrances de chacun. J'ai vécu une expérience forte pendant le Notre Père. Toute l'assemblée se tenait la main. La dame à côté de moi m'a lâché la main lorsque nous disons Pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi. et elle m'a dit Mon fils a été assassiné l'an dernier, je ne pardonnerai jamais. Puis elle a repris ma main en la serrant très fort et elle m'a embrassé au moment du baiser de paix.
Oui, Seigneur tu es venu avant tout pour cette personne, pour son fils, pour l'assassin de son fils. Dans l'humilité de la crèche, tu nous tends les bras pour nous emplir de Ta miséricorde. En ce jour de Noël, apprends nous à t'accueillir dans nos frères et soeurs et à te recevoir dans nos bras, dans le berceau de nos coeurs.
Voici une petite méditation du Moine de l'Eglise d'Orient tirée du recueil spirituel Jésus, simples regards sur le Sauveur.
Généalogie de Jésus-Christ : ainsi commence l'Evangile. Cette longue liste de noms hébreux, que signifie-t-elle ? Pour les Juifs, nécessité de souligner la descendance davidique du Messie. Autre sens : dans cette lignée, il y a des meurtriers, des adultères, des incestueux. Si Jésus naît dans mon âme, il y naît malgré et à travers l'accumulation de mes péchés. Jésus perce, trouve sa voie à travers mes fautes, les surmontant l'une après l'autre. C'est sa généalogie en moi. Dans cette percée, resplendit sa miséricorde, sa condescendance (au sens étymologique du terme : descendre avec nous), sa force aussi.

Généalogie de Jésus :
L'arbre de Jessé de George Braque (Eglise de Varengeville, Normandie)
Marie, portant l'enfant dans son sein, et Joseph vont se faire inscrire à Bethléem. Ce n'est ni à Rome, ni à Athènes, ni à Jérusalem que Jésus a voulu naître. De même, le mystère de la Nativité de Jésus ne nous est accessible que dans la pauvre bourgade de Judée. Monter à Bethléem, devenir citoyen de Bethléem, acquérir -non obtenir- l'humble esprit de Bethléem.
Les anges ne disent pas simplement aux bergers qu'un Sauveur est né. Ils disent : Il vous est né un Sauveur. Jésus naît pour chacun des bergers. Sa nativité demeure pour chacun de nous un évènement très personnel : Jésus est un don offert à chaque homme.

Il n'y a pas de place dans l'hôtellerie pour Marie portant Jésus et pour Joseph. Il n'y a pas de place dans l'hôtellerie de ce monde pour le disciple de Jésus. Si je parviens à m'y ménager une place, quelle facilité dangereuse ! Qu'y a t-il de commun entre l'hôtellerie et la crèche ?
Les Mages, divinement avertis en songe, regagnent leur pays par un autre chemin. Ils doivent éviter Hérode. Dans un sens spirituel : celui que Dieu a conduit jusqu'à la crèche peut bien rentrer chez lui, dans son pays, dans sa maison, mais ce sera par un autre chemin. C'est à dire que les motifs, les attitudes, la manière d'être, les moyens employés ne peuvent plus être les mêmes. Si l'on est allé à Bethléem, un changement radical intervient.
Il avait été révélé à Siméon que celui-ci ne mourrait pas sans avoir vu le Sauveur. Oh ! Combien je voudrais avoir une telle assurance ! Ne pas mourir sans avoir vu Jésus. Non le voir par les yeux du corps, mais le voir (le voir vraiment) par les yeux de la Foi. Après ma mort, j'espère le voir autrement.
A Siméon, il fut donné plus que de voir Jésus. Il prit l'Enfant dans ses bras. Seigneur, laisse moi étreindre invisiblement le petit enfant.
12:34 Publié dans Méditations et spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


