07.12.2008

Sur le chemin de Noël : Jean le Baptiste

 Chers frères et soeurs dans le Christ,

 

       Je profite de l'Avent pour reprendre du service et réveiller un peu ce blog. Depuis une semaine, nos églises ont revêtu leurs robes violettes et ce temps de l'Avent, comme chaque année, nous invite à veiller dans l'Espérance. L'Evangile du jour nous donne à contempler la figure de Jean le Baptiste, le dernier des prophètes. Deux termes pourraient résumer l'Evangile de ce jour : Humilité, Conversion.

Humilité du Baptiste qui s'efface pour mieux laisser sourdre en lui le visage du Dieu qu'Il annonce, le Dieu de Jésus-Christ. Un mystique rhénan du XIVème siècle nous a laissé un beau poème qui pourrait nourrir notre méditation.

 

 

Le Christ n’a plus de mains …

 

Le Christ n’a plus de mains,

Il a seulement nos mains

Pour faire aujourd’hui son œuvre.

 

Le Christ n’a plus de pieds,

Il a seulement nos pieds

Pour aller aujourd’hui aux hommes.

 

Le Christ n’a plus de voix,

Il a seulement notre voix

Pour parler aujourd’hui de Lui.

 

Le Christ n’a plus de forces,

Il a seulement nos forces

Pour guider les hommes à Lui.

 

Nous sommes le seul Evangile que les Hommes lisent encore

 

Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles.

 

 

 

 

 

 

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Saint Jean-Baptiste 

 Mosaïque de Pompéi.

 

 

 

 

 

 Conversion à laquelle nous appelle Jean le Baptiste. Antoine Bloom, ancien métropolite de Londres rattaché au patriarcat de Moscou, réfléchit sur la conversion dans sa lecture spirituelle de l'Evangile selon saint Marc, Rencontre avec le Dieu Vivant (Cerf).

 

 

 

     Le repentir consiste en une prise de conscience, en une prise de décision et une mise en conformité de nos actes. Je puis ici vous faire part d'un des enseignements de saint Tikhon de Zadonsk. Il conseille à un jeune prêtre de dire à ses fidèles que l'on s'achemine vers le Royaume de Dieu la plupart du temps non en allant de victoire en victoire mais de chute en chute. Arrive au royaume celui qui, après chaque chute, au lieu de s'asseoirau bord du chemin pour pleurer sur lui-même, se relève et poursuit sa route ; et quel que soit le nombre de ses chutes, il se relève et il marche. Voici ce dont il faut toujours se souvenir : c'est que le repentir total et instantané n'existe pas. Il y a assurément des âmes, des géants de l'esprit capables de faire une prise de conscience instantanée de leur état de péché et de modifier sur le champ le cours de leur vie ; quant à nous, la plupart du temps, nous le redressons progressivement, pas à pas. Rappelons nous les paroles de saint Tikhon de Zadonsk : ne t'afflige pas sur toi-même, lève toi et marche, que ce soit dans les larmes, que ce soit dans un sentiment d'horreur, mais marche, sans t'arrêter.

 

 

Mgr Antoine de Souroge, ( Antoine Bloom) ( + 2003), ancien métropolite de Londres et du diocèse orthodoxe de Grande-Bretagne.  

 

 

 

Bel Avent à toutes et à tous.

 

 

 

 

 

15.08.2008

Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu

 Au coeur de l'été, comme chaque année, nous fêtons cette grande solennité qui rassemble une immense majorité de chrétiens autour de la Vierge Marie. Les vieux catholiques et les orthodoxes, fidèles en cela au catholicisme de l'Eglise indivise, n'ont pas reconnu le dogme de l'Assomption corporelle de la Vierge Marie promulgué par le Pape Pie XII en 1950 dans la bulle Ineffabilis Deus.  La définition romaine du dogme de l'Assomption reste profondément liée à celle de l'Immaculée Conception et choque en cela les sensibilités des Eglises catholiques non romaines. En effet, la formulation de Pie XII laisse sous entendre que Marie aurait été enlevée au ciel sans passer par la mort en raison même de sa conception immaculée qui, dans la perspective romaine, l'a préservée du péché originel et donc de la destinée commune.

C'est cette vision magique qui fait de Marie une sorte de déesse païenne que les vieux catholiques et les orthodoxes ont rejetée. Nous nous en tenons à une autre approche du mystère où c'est, en somme, l'Incarnation qui est célébrée et le mystère de la Theotokos.   Dans la préface eucharistique pour la Dormition, le missel vieux catholique parle de la Vierge comme étant le reflet de l'amour maternel de Dieu pour les Hommes. Marie accueille par une grâce immense et par son Fiat, ce Dieu pauvre qui a besoin de notre amour. Or cet accueil est le fruit de la pauvreté de la Vierge et de son intimité avec le Seigneur. En Marie nous vénérons donc le modèle le plus accompli de la contemplation comme le rappelle le Père  Lev Gillet plus connu sous le pseudonyme Un moine de l'Eglise d'Orient.

 

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 Que Marie ait été la mère du Christ, c'est là un don gratuit, c'est un privilège qu'elle a accepté, mais à l'origine duquel sa volonté personnelle n'a pas eu de part. Au contraire, c'est par son propre effort qu'elle a entendu et gardé la parole de Dieu. En cela consiste la vraie grandeur de Marie. Oui, bienheureuse est Marie, mais non principalement parce qu'elle a porté et allaité Jésus; elle est surtout bienheureuse parce qu' elle a été, à un degré unique, obéissante et fidèle. Marie est la mère du Seigneur ; elle est la protectrice des hommes: mais, d'abord et avant tout cela, elle est celle qui a écouté et gardé la Parole. Ici est le fondement « évangélique » de notre piété envers Marie. Un court verset, chanté après l'épître, exprime bien ces choses : « Alleluia ! Ecoute, ô ma fille et vois, et incline ton oreille» (Psaume 45: 10).

 

Marie incarne l'extraordinaire destinée d'une nature humaine restée fidèle et obéissante à la Volonté de Dieu. C'est ainsi qu'elle est devenue le tabernacle du Dieu Vivant et qu'elle nous invite à devenir à notre tour le berceau du Dieu pauvre.  La Dormition ne fait l'objet d'aucune trace scripturaire ni de témoignages historiques précis. Elle n'a donc jamais fait l'objet d'une définition dogmatique dans nos Eglises vieilles catholiques ou orthodoxes. Cependant, à l'image des autres saints dont on fête la mort et l'entrée au ciel, nous nous devons de fêter celle de Marie qui dépasse en gloire et en mérite l'ensemble des élus. La négation active de cette solennité serait un acte impie. Marie est la première du cortège des saints.   Mais la fête du 15 août ne célèbre pas uniquement l'endormissement de Marie dans l'amour du Christ mais aussi sa Résurrection. Marie a des privilèges qui ne sont pas les nôtres au sens où elle a bénéficié de la Résurrection avant la Parousie finale et elle préfigure le dessein d'amour de Dieu pour chacun d'entre nous. Avec Marie, c'est l'ensemble de l'humanité qui est déifiée car Dieu c'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. En Marie, la nature humaine atteint sa fin. (Père Lev Gillet).  Les vêpres byzantines résument ce double mouvement de mort et de résurrection par cette antienne :

 

La source de vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l'échelle du Ciel.

 

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Comme la mort de Marie, notre Mort sera, grâce au seul sacrifice et à la résurrection du Christ, source de vie.

 

Alors réjouissons nous avec Marie de l'amour fou de Dieu pour chacun d'entre nous ! Sur l'icône de la Dormition, le Christ, penché sur le tombeau de sa Mère, porte dans ses bras un enfant emmailloté de blanc. C'est le signe de la nouvelle naissance de Marie au Ciel et l'annonce de notre propre destinée de Vivant.

 

DANS TA MATERNITÉ, TU AS GARDÉ LA VIRGINITÉ,
LORS DE TA DORMITION TU N’AS PAS ABANDONNÉ LE MONDE, Ô MÈRE DE DIEU.
TU ES PASSÉE À LA VIE, TOI QUI ES LA MÈRE DE LA VIE
INTERCÈDE POUR NOUS ET DÉLIVRE NOS ÂMES DE LA MORT

(Tropaire de la fête de la Dormition dans la liturgie byzantine)

 

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Pour ma part je fêterai cette belle fête de la Dormition dans une chapelle qui m'est chère au coeur des vignes du Quercy, le sanctuaire de Notre Dame de l'Ile. Je vous porterai toutes et tous dans la prière et vous confierai à la prière de la Vierge qui intercède pour nous dans la communion des saints.

 

 SAINTE MERE DE DIEU PRIE POUR NOUS TOUS,

 POUR TOUS LES LECTEURS DE CE BLOG ET LES FRERES QUE TON FILS A MIS SUR MA ROUTE

 

 

 

 

 

 

 

13.08.2008

Le temps de la contemplation

    

Les vacances d'été sont à présent bien avancées. J'ai retrouvé avec joie le château où je travaille comme guide. La passion reste intacte. Devant ce superbe vaisseau de pierre qui a traversé les siècles, comment ne pas se sentir humble, à l'écoute de ces vies qui ont vibré, pleuré, ri dans cet écrin de pierre ?

 

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Château de Bonaguil ( XVème-XVIème siècle)

 

Chaque soir en refermant les portes du château, quand le soleil se couche et que les pierres sont laissées aux pigeons et aux chats qui peuplent la forteresse, je pense à ce texte de Zundel sur le monde de l'Esprit qui sous-tend toute notre vie et qui nous révèle à nous-même dès lors qu'on entre dans la contemplation d'un visage, d'une oeuvre d'art qui nous disent quelque chose de la Présence.

 

 Si l'injustice semble triompher souvent dans le domaine matériel, si l’ordre établi consacre tant d'iniquités, si l'intérêt d'un petit nombre, avec la complicité, hélas ! de tous nos égoïsmes secrets, rend presque impossible l'instauration d'une économie vraiment humaine, il y a pourtant une justice qui se réalise ici-bas, dans le témoignage que le coeur rend aux valeurs véritables.

Nous sommes très souvent dupes du succès, éblouis par les galons, flattés par les titres, subjugués par l'argent. Nous nous grisons de paroles, nous quêtons les compliments, nous nous empressons auprès des gens arrivés pour qu'ils nous fassent la courte échelle.

Mais tout cela demeure extérieur à nous. Notre âme en sent le vide dès qu'elle se souvient d'elle-même. Ce qu'elle ne fait jamais aussi bien qu'en rencontrant dans un être un élan de véritable bonté.

Quel mystérieux baptême sont ces larmes que nous refoulons à peine, quand un visage d'amour traverse notre regard, en nous révélant le monde que nous croyions peut-être aboli, et auquel nous sentons maintenant que nous appartenons par toutes les fibres de notre être : le monde de l'esprit et de la qualité, du silence et de la clarté.

Nous étions là comme d'autres jours, engagés dans les mêmes gestes, esclaves des mêmes attitudes, et cette lumière a passé, faisant surgir au-delà de cet automatisme opaque, au-delà des routines vulgaires, une Présence encore voilée, mais aussitôt reconnue en l'émoi qu'elle suscitait en nous. C'était comme un lever d'aube dans la nef d'une cathédrale, quand les vitraux sortent de la nuit, en laissant voir, dans la matière diaphane, tout un peuple divin qui chante le Cantique du Soleil.
Tout être est capable de nous faire ce don merveilleux qui nous découvre l'humanité vraie. Et ceux qui nous l'ont fait sont à jamais nos bienfaiteurs, quand bien même nous ne les aurions aperçus qu'une seule fois sur la route, car la seule chose qui compte vraiment en nous, c'est ce fonds lumineux dont chacune de ces rencontres a augmenté la richesse.



Maurice Zundel