12.01.2008

Saint Aelred

 

Seigneur, Tu connais mon cœur.

 

Tu sais que mon seul désir est de donner aux autres tout ce que Tu m’as donné.

 

Que mes sentiments et mes paroles, mes loisirs et mon travail,

 

mes actions et mes pensées,

 

tout ce que je suis et tout ce que je vis,

 

que tout soit pour eux (…)

 

 

 

 

Apprends-moi donc, Seigneur,

 

sous l’inspiration de ton Esprit,

 

à consoler ceux qui sont affligés,

 

à redonner du courage

 

à ceux qui n’en ont pas assez,

 

à relever ceux qui tombent,

 

à me sentir faible avec les faibles,

 

et à me faire tout à tous.

 

 

 

 

 

 

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Mets sur mes lèvres

 

des paroles droites et justes,

 

afin que nous croissions tous dans la foi,

 

l’espérance et l’amour,

 

dans la ferveur de l’esprit et du cœur (…)

 

 

 

Fais que je sache m’adapter

 

à chacun de mes frères,

 

à son caractère, à ses dispositions,

 

à ses capacités et à ses limites,

 

selon les temps et selon les lieux,

 

comme Tu le jugeras bon, Seigneur.

 

 

 

 

 

 St Aelred, abbé de Rielvaux (XII°siècle)

 

05.01.2008

L'Epiphanie

Chers frères et soeurs,

 

Nous voici entrés dans la fête de l'Epiphanie. Selon la tradition de l'Eglise, la solennité débute dès les vêpres de la veille.  Cette belle fête nous dévoile ce qu'il faut d'Espérance, d'humilité, de confiance pour découvrir au bout du chemin les signes du Dieu caché ! Les mages venus d'Orient ont apporté l'or, la myrrhe et l'encens devant ce Dieu qui siège dans les bras de Marie, dans l'humilité de cette maison où les voyageurs de passage que sont Marie et Joseph, ont trouvé enfin refuge. Ce qu'il faut de Foi pour percevoir dans cette pauvreté le coeur brûlant d'un Dieu qui se donne !

 

 

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L'Epiphanie est d'une étonnante actualité pour nous. En effet, dans notre monde où les hommes ne connaissent pas Dieu, le Seigneur se cache dans nos coeurs, en voyageur étranger pour nos frères. Le Christ s'est confié à nous qui sommes des vases d'argile pour se révéler à eux. Il nous a donné sous l'humble voile du pain et du vin, qui rassemblent tout ce que nous sommes, le passé, le présent et l'avenir, le témoignage de son amour caché qui a besoin de notre amour et de notre vie d'homme pour percer au coeur de ce monde. Alors rendons grâce en cette fête du Dieu caché manifesté à tous, car le Seigneur nous demande d'être les porteurs de sa présence et de devenir des vases sacrés qui rayonnent de sa paix.

 

Pour entrer plus profondément dans ce mystère du Dieu incarné, voici un extrait du sermon d'Aelred de Rielvaux pour la fête de l'Annonciation. J'ai trouvé ce très beau texte sur le blog de Ben de Bruxelles (cf la page des liens). Je le remercie de nous avoir fait découvrir cette méditation que je me permets de diffuser.

 

 

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On lui donnera le nom d'Emmanuel

 

    Comment pourrait-il être davantage avec moi ? Petit comme moi, faible comme moi, nu comme moi, pauvre comme moi -- en tout, il est devenu semblable à moi, prenant ce qui est mien et donnant ce qui est sien. Je gisais mort, sans voix, sans sens ; la lumière même de mes yeux n'était plus avec moi. Il est descendu aujourd'hui, cet homme si grand, « ce prophète puissant en oeuvres et en paroles » (Lc 24,19). « Il a posé sa face sur ma face, sa bouche sur ma bouche, ses mains sur mes mains » (2R 4,34) et il s'est fait Emmanuel, Dieu-avec-nous !

 

    « Emmanuel, qui se traduit ‘ Dieu-avec-nous ’ ». Oui, Dieu avec nous ! Jusqu'alors, il était « Dieu au-dessus de nous », « Dieu en face de nous », mais aujourd'hui il est « Emmanuel ». Aujourd'hui il est Dieu avec nous dans notre nature, avec nous dans sa grâce ; avec nous dans notre faiblesse, avec nous dans sa bonté ; avec nous dans notre misère, avec nous dans sa miséricorde ; avec nous par amour, avec nous par lien de famille, avec nous par tendresse, avec nous par compassion…

 

    Dieu avec nous! Vous n'avez pas pu, vous les fils d'Adam, monter au ciel pour être avec Dieu ; Dieu descend du ciel pour être Emmanuel, Dieu-avec-nous. Il vient chez nous pour être Emmanuel, Dieu-avec-nous, et nous, nous négligeons de venir à Dieu pour être en lui! « Vous, humains, jusqu'où votre coeur sera-t-il engourdi ? Pourquoi aimez-vous le néant et cherchez-vous le mensonge ? » (Ps 4,3) Voici venue la vérité ; « pourquoi aimer le néant et chercher le mensonge ? » Voici venue la parole vraie et inaltérable ; « pourquoi chercher le mensonge ? » Voici Emmanuel, voici Dieu-avec-nous.

 

30.12.2007

La Sainte Famille et le massacre des Innocents

Chers amis dans le Christ,

 

 

Pardonnez moi pour mon absence le jour de Noël mais j'étais loin de chez moi et de mon ordinateur...Cela ne m'a pas empêché de vous porter dans la prière lors de la très belle veillée de Noël et la messe de Minuit célébrées en la cathédrale de Fréjus où je passais ma première semaine de vacances.

 

 

 

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En ce dimanche où l'Eglise fête la Sainte Famille, voici la méditation que j'ai écrite à la demande de Jean Vilbas du Carrefour des Chrétiens Inclusifs pour son journal en ligne : les Miettes de la Table. Le commentaire porte sur l'Evangile de ce dimanche de la Sainte Famille augmenté du passage sur le massacre des Innocents. La méditation de Maurice Zundel m'a comme souvent guidée pour appréhender ce mystère douloureux du Massacre des Innocents.

 

 

Il y a quelques jours, un ami africain, venu passer quelques jours à la maison, confiait à ma prière son neveu : un bambin de quelques mois, atteint du Sida, dont la mère vient de mourir de la même maladie, et qui n’a plus que quelques semaines à vivre. Apparente victoire de la mort et absence de Dieu, massacre de l’Innocent : Ma place est parmi les morts avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont Tu n’as plus souvenir, qui sont exclus et loin de Ta main (psaume 87).  C’est ce cri de douleur qui monterait à la bouche de cet enfant s’il savait parler. La même révolte peut nous saisir à la première lecture de cette page d’Evangile. L’Enfant-Dieu dans les bras de Marie, sa mère et sous la houlette du bon Joseph quitte la terre d’Israël pour des cieux plus propices abandonnant ses frères dans une mort ignominieuse. Le Dieu Tout-Puissant  est sourd aux cris de l’Innocent que l’on tue.  Vaine est notre foi et bien triste l’avenir de l’Homme si le Dieu de Jésus-Christ est ce Moloch dévoreur d’enfants.

 

Le texte s’organise autour de trois grandes étapes : le départ de la Sainte Famille pour l’Egypte, le massacre des Innocents par Hérode, le retour de l’Enfant-Dieu sur la terre d’Israël.  L’Egypte était certes une terre d’asile traditionnelle pour les persécutés de Palestine mais dans la Bible, l’Egypte est le symbole de la mort, du péché, de l’absence de Dieu. Israël, la terre où Dieu révèle son Amour, où jaillissent les sources d’eau vive. Matthieu convoque aussi la voix des prophètes Osée ( 11,1-10) et Jérémie (31,11-15) dont les prophéties semblent se réaliser dans cet épisode tragique . Dans ces deux passages de l’Ancien Testament, se manifeste déjà le Visage d’un Dieu engagé, du plus profond de son cœur, dans la vie de l’Homme. Un Dieu qui nous rappelle de l’Egypte de nos cœurs et qui nous crie «  Comment t’abandonnerais-je ?  Moi qui t’ai appris à marcher, qui t’ai pris  tout contre ma joue ? »  Un Dieu dont le cœur se retourne contre lui face à l’infidélité d’Israël. Nous contemplons là l’admirable continuité entre les deux Testaments et la véritable signification de cette page d’ Evangile : nous dévoiler le Visage inattendu du Dieu incarné  en Jésus-Christ. Face à la surdité d’Israël, Dieu est allé plus loin, il a pris notre condition humaine, il a vécu notre vie, il s’est fait notre compagnon de route pour nous révéler à notre intimité divine, à notre dignité de fils bien-aimés de Dieu, à notre suprême liberté. Mais le monde ne L’a pas connu  comme nous le rappelle le prologue de l’Evangile de Jean et l’amour de Dieu s’est retourné contre lui-même.

 

 

 

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C’est le mystère de la Croix que cet épisode de la fuite en Egypte et du massacre des Innocents préfigure, alors même que nous venons de fêter le mystère de la Nativité et de l’Incarnation de Dieu. La folie destructrice et criminelle d’Hérode est révélatrice de cette nuit du péché où nous pouvons nous enfoncer , loins de notre vrai nature, incapables de percevoir le sens de notre existence,  qui est d’être un don pour nos frères, une source de vie jaillissante apte à faire fructifier les talents reçus et à en faire don à la Création toute entière. Comme Hérode, nous sommes rivés à nous-mêmes, à notre existence limitée, à nos stérilités. Cet évangile nous apprend que Dieu est innocent de tout mal ( le péché mais aussi d’autres maux dont nous ne sommes pas toujours responsables : maladies etc..) : Jésus est parti pour l’Egypte et le monde de la mort avant nous,  il nous révèle un Dieu crucifié sur tout le Mal du Monde, un Dieu innocent qui meurt avec tous les Innocents, ce Dieu qui sur la croix, s’est battu jusqu’au bout contre nos refus d’amour et contre les maux qui nous empêchent d’accéder à une vie de joie et d’harmonie. Voilà pourquoi l’Eglise a fait de ses Innocents massacrés par Hérode les premiers martyrs, eux qui sont morts car ils étaient le Visage du Dieu petit-enfant, fragile et pauvre.

 

 

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Mais, le Christ ne reste pas en Egypte, il revient sur la terre d’Israël, sur la terre d’Amour et de la Présence. Seul, il a vécu, avant nous, la mort et l’extrême solitude pour nous en délivrer, pour qu’à chacune de nos morts et au jour du grand Passage, nous soyons portés par l’Amour et les traversions avec Jésus.

 

Et si dans la mort et le péché nous sommes accompagnés par l’Amour, alors la mort s’efface. Alors tout peut ressusciter, devenir saint dans la main du Seigneur. Aucun échec (même la mort de l’Innocent) n’est définitif  car tout est embrassé  par la lumière d’amour du Christ. Mais Jésus ne nous attend pas qu’au dernier souffle. Il nous dessine aujourd’hui son Visage au plus profond de notre intimité et dans le visage de nos frères. Il est cette éternelle attente, cet enfant qui mendit notre amour, qui nous veut pour berceau, pour sacrement d’amour afin de ressusciter le monde en nous et par nous.

 

 

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C’est cette éternelle attente que la Vierge Marie et Joseph,son saint époux, ont compris et accueilli dans leur existence et dans leur chair. Puissions nous à leur exemple porter en nos cœurs ce Visage de l’Innocence persécutée qui attend tout de notre amour et de notre sollicitude, chaque jour et à chaque battement de notre cœur. Amen.