17.02.2010

Souviens toi que tu es poussière...

 

Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière (Gn, 3,19)


Chers frères et soeurs dans le Christ,


Sans doute avons-nous, aujourd'hui encore, entendu ce verset du livre de la Genèse lorsque le prêtre a tracé sur nous une croix de cendre. D'ordinaire, on lui préfère le verset de l'évangile de Marc  « Convertissez vous et croyez en la Bonne Nouvelle » qui a le mérite de nous rappeler que le Carême est une mise en route joyeuse vers le mystère de Pâques. Pourtant, ce verset de la Genèse donne au geste liturgique une lumière différente et nous renvoie au concret de nos vies, à la matérialité de notre corps, à la réalité de l'Incarnation. Comme la poussière, nos vies sont instables et notre relation à Dieu et à nos frères n'est pas forcément marquée du sceau de la fidélité. Toutefois, cette cendre qui vole et disparaît, peut aussi se nicher au cœur de la terre et venir la fertiliser. Etre marqué de la cendre, résonne alors comme une invitation à se faire « glébeux » (pour reprendre la traduction d'Adam par Chouraqui), à retrouver notre condition primitive qui est celle de l'humus, cette terre fertilisée par la jachère, battue par le laboureur et prête à accueillir le germe de la Parole. La cendre nous dit quelque chose de l'humilité authentique à laquelle le Carême nous invite. Il ne s'agit pas de se frapper la poitrine ni de se croire le pire des pécheurs mais, au contraire, de nous accepter tels que nous sommes : une terre avec ses racines mortes, ses déchets nombreux et ses cendres. Mais une terre que la jachère va nourrir et rendre fertile. Il faut, dès lors, laisser les mains du Seigneur façonner cette glaise. Le Carême est,  plus que jamais, le temps de la confiance en Dieu car nos propres résolutions et notre volonté ne durent qu'un instant.


 

 

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Vitrail de l'église de la Pinède (Juan les Pins) - détail - (cliché N. Canet)

 

 


La prière est le lieu par excellence pour retrouver confiance et persévérance, elle est aussi une des formes  de la charité et de la compassion. Différentes lectures et discussions m'ont conduit ces jours-ci à contempler la figure du centurion dont Jésus guérit le « puer », ce serviteur dont il était si proche. La figure du centurion est présente à chacune de nos eucharisties puisqu'avant de communier, nous répétons le cri d'humilité et d'amour de ce soldat païen qui se jette aux pieds de Jésus : Seigneur je ne suis pas digne que tu entres dans ma demeure mais dis seulement une parole et je serai guéri. La scène se passe à Capharnaüm, carrefour de cultures, ville frontière. L'homme est un païen, un occupant haï des autochtones. Contrairement aux pharisiens qui prient avec ostentation, avec un souci de pureté apparente, le centurion se sait étranger au Dieu des Juifs et n'a pas de prétention. Puissions-nous être ce centurion qui fend la foule pour voir Jésus. L'affection et la détresse l'ont poussé aux pieds du Christ, une humble crainte l'anime. Il ne peut pas recevoir Jésus, il le sait bien, mais il fait confiance. Jésus a ressenti et a été ému par cet acte d'abandon. Au cœur de nos fragilités, subsiste bien vivant ce désir de Dieu que la Grâce ravive pour peu qu'on se présente au Seigneur. Indigents, certes, mais poussés par le désir de continuer la route. Le cri du centurion est aussi une prière pour autrui car c'est finalement la vie d'un autre qu'il cherche à sauver.  La prière pour nos frères  est la prière la plus élevée, disait le père Alexandre Men, Voilà pourquoi, chaque jour, lorsque nous sommes devant Dieu, il nous faut prier pour que sa volonté soit faite, puis prier pour les autres, prier sans nous lasser, sans nous arrêter, sans paresser, car il n'y a pas de plus grand amour que celui qui passe par la prière. C'est par la prière que l'Église tient, s'appuyant sur la foi et la charité des êtres. Si nous prions les uns pour les autres, nous sommes étroitement liés, frères et sœurs entre nous, car ce n'est pas nos infirmités humaines, mais la puissance de Dieu qui est à l'œuvre. Dans la communion des saints, notre humble prière est le secours des plus faibles, la consolation secrète de bien des désespoirs, l'action de grâce pour les joies de notre monde.  Elle nous rend responsables de la Création et nous prépare à accueillir les frères que le Seigneur met sur notre route. Elle nous apprend la confiance car nous savons, dans la foi, que quelqu'un prie pour nous et que nous sommes aussi portés à notre insu. Le Seigneur nous le promet dans le passage d'Isaïe que la liturgie vieille-catholique nous donne de méditer ce jour : Si vous assistez le pauvre avec une effusion de cœur, et si vous remplissez de consolation l'âme affligée, votre lumière se lèvera dans les ténèbres et vos ténèbres deviendront comme le midi ; le Seigneur vous tiendra pour toujours dans le repos et remplira votre âme de ses splendeurs. (Is 58 10-11).


Puisse ce Carême être un Carême du réel qui fasse de nous des êtres de prière et d'humilité se portant mutuellement sur le chemin de Pâques.

 

02.02.2010

Jésus, Joyeuse et Sainte Lumière

Solennité de la Présentation de Jésus et de la Purification de la Vierge Marie

 

Quarante jours après la fête de la Nativité, nous arrivons au terme du temps liturgique après l'Epiphanie. Dès la semaine prochaine, tout en restant dans ce temps en vert dont nous avons vu qu'il n'avait rien d'ordinaire, la liturgie se fera plus pressante et nous invitera plus que jamais à accueillir la miséricorde de Dieu à l'approche du Carême.

Dans cette page d'Evangile, nous retrouvons la Sainte Famille : Marie et Joseph, juifs pieux, vont au temple de Jérusalem accomplir les rites prescrits par la loi de Moïse.  Jésus est un garçon et de surcroît le premier-né. Or, la tradition juive voulait que l'enfant mâle premier né d'une famille soit consacré et,  d'une certaine manière, sacrifié à Dieu par le truchement de deux colombes. Quant à la mère, elle était considérée comme impure et intouchable quarante jours après la naissance de l'enfant. Au terme des quarante jours, on célébrait les relevailles de la mère - qui pouvait alors reprendre une vie normale - et on présentait l'enfant au temple de Jérusalem.

En choisissant de fêter le Christ Lumière de nos cœurs lors de cette solennité de la Présentation, l'Eglise célèbre la grande révolution que Jésus est venu apporter dans la relation de l'Homme à Dieu. Les quelques versets de cet Evangile nous offrent, en effet, toute la nouveauté du Dieu de Jésus-Christ, ou plutôt, nous font passer à une nouvelle étape de la pédagogie divine. Jusqu'alors le peuple hébreu avait conservé bien des pratiques païennes à l'égard du Seigneur. Ce Dieu qui se réjouissait plus d'un cœur brisé que du sang des sacrifices, apparaissait pourtant à l'humanité comme un Dieu jaloux à qui l'on devait sacrifier - même virtuellement - l'aîné de la famille. Dieu était cette divinité cantonnée dans le monde du sacré, c'est-à-dire, dans la séparation et l'interdit. L'Homme était du côté du profane si ce n'est de l'impuretéquand on considère le temps de retraite imposé aux mères après leur accouchement.  Si le Seigneur a bien voulu se soumettre à ces rituels, c'est pour les mieux renverser.

 

 

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C'est ce que le vieillard Siméon et la prophétesse Anne ont bien compris : Dieu n'est plus du côté de l'interdit et du sacré : il est en nous. En Jésus-Emmanuel, Dieu vient nous dire que le vrai sanctuaire c'est le cœur de l'Homme. Marie a tendu l'enfant à Siméon qui, au seuil de sa vie, a vu se réaliser la Promesse de l'Esprit : il a pu voir et toucher le visage de Dieu, d'un Dieu fragile dont nous devons être le refuge.  Pour cela, il nous faut, comme lui, prendre le temps de la prière et de la contemplation pour quitter la surface de nous-mêmes et se mettre à l'écoute de l'Esprit. Alors, en nous, le rideau du temple se déchirera et nous pourrons voir Jésus, non pas avec les yeux du corps, mais avec ceux de l'âme.

Les cierges qui illuminent nos églises et qui seront bénis au cours de cette messe de la Présentation ne disent pas autre chose : ils témoignent qu'en Jésus-Christ, on est passé du sacré à la sainteté. Désormais, c'est notre vie quotidienne qui est le sanctuaire de Dieu. La ténèbre n'est point ténèbre devant Toi, la nuit comme le jour est Lumière chante le refrain bien connu de Taizé. C'est dans nos joies, nos pleurs, nos brouillards, nos dépassements que la flamme de l'amour de Dieu vient brûler. Chaque eucharistie nous le rappelle: Dieu a choisi l'humble repas du pauvre - le morceau de pain et la coupe de vin - pour perpétuer parmi nous l'actualité éternelle de sa Passion et de sa Résurrection. Car Dieu est mort de n'avoir pas été reconnu et aimé comme le Dieu de nos cœurs.  Le Dieu de Jésus Christ est le Dieu que l'on doit aimer et honorer en esprit et en vérité. On ressent toute l'actualité de cet Evangile : nos pratiques chrétiennes ne sont-elles pas parfois empreintes d'une conception périmée de Dieu ? Nous pouvons rappeler que, dans la France du XVIIIème siècle et même du début du XIXème siècle, la cérémonie des relevailles était encore une prescription de l'Eglise catholique... Plus près de nous, le grand retour du sacré dans les pratiques liturgiques de l'Eglise romaine pose question : la liturgie, si elle ne peut souffrir les approximations, doit avant tout sanctifier et non sacraliser. Toute liturgie est celle du peuple de Dieu dans son ensemble. Quand certains prêtres excluent des petites filles du service de l'autel à cause de leur sexe, quand l'harmonie entre sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel est rompue, quand, à force d'adorations eucharistiques coupées de la célébration communautaire de la messe, on réduit la Présence réelle du Christ à une présence locale et matérielle sur laquelle on peut avoir prise comme bon nous semble, nos liturgies se paganisent et Dieu redevient une caricature où l'on projette toutes nos limites.

 

 

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Puisse cette fête de la Présentation, puissent ces cierges qui illumineront nos églises et nos foyers faire de nos liturgies une oraison sur la vie, une oraison sur l'Homme, une oraison sur le prochain pour reprendre des mots de Maurice Zundel. Nous n'aurons qu'à suivre l'exemple de Marie. C'est le partage de Marie en ce saint temps d'être en silence. C'est son état, c'est sa voie, c'est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la Parole éternelle. ( ...) Siméon parle au temple ainsi qu' Anne la prophétesse, et tous ceux qui attendent le salut d'Israël et Marie donne, reçoit et rapporte son Fils en silence. En méditant l'évangile de Luc dans cet extrait des Opuscules de piété, Pierre de Bérulle nous invite, à la suite de Marie, à nous mettre en retrait pour être attentif aux appels de Dieu dans nos vies. Loin des Vierges bavardes des sanctuaires pagano-chrétiens de Medjugorge et autres San Damiano, Marie de Nazareth est une femme de silence qui, avec l'aide de la grâce, a eu l'audace de dire oui à l'appel de Dieu, le souci d'accueillir et d'approfondir jour après jour, le sens profond de sa maternité et la nature véritable de son Fils. Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée lui déclare le vieillard Siméon. Paroles prophétiques dont Marie a dû se souvenir en suivant son fils torturé sur le chemin du Calvaire, en le pleurant au pied de la Croix. Par sa souffrance de mère, Marie a fait l'expérience de l'indigence de l'amour de Dieu, elle a vécu dans sa chair la détresse divine. C'est en effet, par la mort de la Croix, que le Seigneur vient nous dire que nous sommes son Royaume et qu'il nous attend, en nous et dans nos frères, pour peu que nos cœurs, souvent endormis, se laissent déchirer par les pleurs ou les joies des frères et sœurs qu'Il nous envoie et nous donne à aimer. Puissions-nous leur refléter un peu de sa Lumière et, à l'Eucharistie, les faire entrer, par nos prières d'offrande, que le prêtre rassemble au nom de la communauté, dans la grande communion des saints, dans ce Royaume sans limites où toute réalité est sacrée.

 

16.01.2010

En Christ, le temps ordinaire n'existe pas

 

Avec sagesse, les églises catholiques non romaines de rite latin (anglican et vieux catholiques) n'ont pas adopté certaines innovations du calendrier liturgique romain en particulier dans le découpage de l'année liturgique. Après le temps de Noël qui s'est achevé sur la fête de l'Epiphanie, nos liturgies ont revêtu le vert. Nous ne sommes pas pour autant passés dans le temps ordinaire. Jusqu'au mercredi des Cendres, nous vivrons dans la lumière de l'Epiphanie puis dans l'attente du Carême. A la fin du temps pascal qui se clôturera par la fête de la Pentecôte, nous vivrons aussi du don de l'Esprit pour entrer toujours plus en profondeur dans le mystère de notre Salut. Ainsi l'année liturgique est-elle polarisée par le temps de la Nativité (Noël et Epiphanie, deux mystères intrinsèquement liés)  et par la fête de la Résurrection dont le mystère est pleinement intériorisé à la Pentecôte. Tels des phares sur nos routes, chacune de ces fêtes apporte sa propre lumière et rayonne sur l'année liturgique, éclairant notre pèlerinage intérieur. L'année liturgique se comprend ainsi comme un tout porteur de sens pour notre vie spirituelle. Or,  le décompte des dimanches du temps ordinaire dans le nouveau calendrier liturgique romain se veut indépendant du cycle de Noël et du cycle de Pâques s'achevant au mercredi des Cendres pour reprendre au mois de mai-juin comme si de rien n'était.   Chaque jour de nos vies ne serait - il qu'un temps ordinaire aux yeux de Dieu ? Bien sûr, pour nous, le quotidien a tendance à prendre le pas sur tout le reste. Mais pour qui essaie de vivre dans le temps de Dieu, chaque jour est l'occasion d'une grâce, d'une rencontre qui marquera peut-être à jamais notre vie, l'occasion aussi de pécher, de tomber, parfois dans les tréfonds de notre misère pour mieux être relevé par l'amour miséricordieux du Seigneur. Chaque jour, chaque dimanche, est l'occasion pour nous d'offrir à Dieu dans la célébration de la messe, sacrement de la Croix et de la Résurrection, les vies et les visages qui nous habitent, les souffrances et les joies de notre Monde. Chaque jour est l'occasion d'un nouveau départ et d'une joie toujours nouvelle.

 

 

 

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Dans ce temps après l'Epiphanie, la liturgie vieille-catholique nous propose de contempler la multitude des épiphanies du Dieu caché : des noces de Cana à la présentation de Jésus au temple, en passant par l'épisode de Jésus, perdu et retrouvé dans le temple au milieu des docteurs de la Loi ou du passage de la tempête apaisée par le Christ. Chacun de ses fragments d'évangile que nous lirons, dimanche après dimanche, nous disent la proximité de Dieu dans le concret de nos vies, cette proximité qui fait justement de notre quotidien tout sauf un temps ordinaire.  A nous de rester vigilants pour accueillir l'inattendu de Dieu, à nous d'élargir l'espace de notre tente (Is 54,2) pour faire toute la place à  un Amour qui veut bousculer nos vies pour les faire entrer dès à présent dans le Royaume de Dieu. Un modèle nous est donné le 2ème dimanche après l'Epiphanie : celui de la Sainte Famille. Au début du XVIIIème siècle, les pères de l'Eglise d'Utrecht qui vivaient de la spiritualité de l'Oratoire avaient, à la suite de Pierre de Bérulle, une dévotion particulière pour la Sainte Famille. Avec Marie et Joseph, nous sommes plongés au cœur d'une famille à problèmes : un enfant inattendu, une toute jeune mère (Marie a 14-15 ans), un père qui cherche sa place. Et quand dans l'évangile de Luc (Luc 2,41 - 52), l'enfant se fait fugueur, l'icône est brisée. Pour autant, Marie et Joseph n'ont pas fui les difficultés. Ils ont fait de cette faille une porte d'entrée pour la Grâce. Par le oui de la Vierge, ils ont accueilli ce mystère qui les dépassait et on eut conscience qu'ils devaient être des passeurs, des porteurs discrets et humbles de Dieu. Ils ont cherché Jésus trois jours (cela rappelle l triduum pascal) dans la foule des pèlerins pour finalement le retrouver dans "la maison de son Père". Leur amour de parents n'a pas été possessif, mais ouverture de cœur, fidélité dans l'appel reçu de Dieu pour percevoir la nature profonde de leur enfant, pour le laisser croître et non l'étouffer. Puisse ce temps après l'Epiphanie être pour nous tous le temps de l'Amour de Dieu mis au centre de notre vie par la prière, par la lecture de la Parole et par l'attention portée aux souffrances de notre monde. Amour découvert en nous, Amour rayonnant par nous. Alors, nous pourrons redire, en la solennité de la Présentation du Christ au temple, la prière du vieillard Siméon :

 

Maintenant, O Maître Souverain, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix selon Ta Parole car mes yeux ont vu le Salut que tu préparais à la face des peuples, Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël.

 

31.12.2009

Dieu Lumière

Chers frères et soeurs dans le Christ,

 

Au seuil de cette nouvelle année, puisse ce blog, à travers les quelques textes que j'y dépose (bien irrégulièrement et je m'en excuse), nous aider à progresser vers le Seigneur et à être une petite flamme sur la toile, un reflet modeste de la Lumière du Christ pour celles et ceux qui y feront halte. Merci Seigneur pour les bénédictions que tu répands à travers cet outil, merci pour les frères que tu donnes et permets nous d'avancer sans cesse vers toi, la Lumière de nos coeurs.

Avec l'assurance de ma prière, je vous souhaite une année de Grâce dans l'intimité du Seigneur.

 

Je vous laisse ce petit texte du Père Lev Gillet qui continue de nous accompagner dans nos méditations.

 

 

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Etincelles

Un homme marche dans la nuit noire. Une nuit d'hiver. Le froid est glacial. La neige tombe. Le paysage et l'atmosphère semblent exclure toute espérance.

Et voici que soudain, parmi les flocons de neige qui mordent la main du voyageur, apparaissent des étincelles.

D'où ces étincelles peuvent-elles venir ? Mais il y a donc une flamme, il y a donc un feu tout près d'ici ? Il y a donc une possibilité de se réchauffer, une source de lumière et de chaleur !

Il y a une Flamme, il y a un Feu tout près, infiniment près...

 

Père Lev Gillet

Amour sans limites

Ed. de Chevetogne

24.12.2009

Bon et saint Noël à toutes et à tous

 

Le Verbe s'est fait chair et il a demeuré parmi nous


Après notre préparation de l'Avent, nous voici parvenus au terme du pèlerinage intérieur que la liturgie nous proposait de vivre. Dimanche dernier, nous lisions le récit de la Visitation et nous partagions la joie de Marie. D'ores et déjà, Jésus l'Emmanuel est avec nous : le Oui de la Vierge, fruit de son humilité et de son abandon total à la volonté de Dieu, a produit une révolution d'amour dont l'Eglise tente de vivre chaque jour. Puissent nos Oui quotidien à la volonté de Dieu nous révéler la pauvreté du Dieu de Jésus qui se confie à notre Amour et attend tout de lui.

Dans la crèche, l'Enfant-Dieu nous invite à transformer notre regard, à l'ouvrir à cette jeunesse éternelle de Dieu. J'irai à l'autel de Dieu, du Dieu qui fait la joie de ma jeunesse chante la liturgie vieille -catholique au début de chaque messe. Puissions-nous être saisis par l'éternelle nouveauté de Dieu. Avec le Oui de Marie, avec la Nativité du Christ sur la paille de Bethléem, Dieu ne pourra jamais plus être enfermé dans une boîte ou cantonné dans le Saint des Saints du temple de Jérusalem. Marie le sait bien. Grâce au oui de Marie, nous sommes la nouvelle arche d'Alliance qui porte le Verbe de Dieu. Ne réduisons pas le Seigneur à un petit Bon Dieu bien pratique dont nous ferions une idole. Les tristes sires trop souvent à l'œuvre dans nos Eglises transmettent un système et non la rencontre décisive avec le Christ Jésus, la rencontre avec un Dieu dont nous avons à découvrir sans cesse le Visage.


Un cantique anglais de Noël pose une question fondamentale:


Mary did you know that your baby boy is Lord of all Creation ? Did you know when your kiss your little baby, you kiss the Face of God? Marie savais- tu que ton enfant était le Seigneur de toute Création ? Savais tu qu'en embrassant ton enfant, tu embrassais le Visage de Dieu ?


Et nous-même savons-nous que le Dieu de Jésus -Christ est ce Dieu dépossédé de tout, ce Dieu inattendu ? A l'école de Marie et de Joseph réfugiés dans l'étable de Bethléem, entrons dans l'aventure de l'Incarnation, dans la contemplation d'un Dieu qui échappe à toutes nos limites pour mieux nous façonner à son Image. Le terme de l'Avent est sans nul doute un commencement et un défi pour vivre du Christ tout au long de l'année qui vient. Sachons reconnaître la Lumière qui luit dans les ténèbres.


Joyeux Noël  à toutes et à tous !

 

 

 

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La Nativité du Seigneur - XVIIIème siècle - Anonyme

 


Ce soir nous pourrons dire cette prière qui illustre le mystère de Noël :

 

 

Prière composée par l'abbé Bulliard à partir de textes de Maurice Zundel :

 

 

Seigneur,

tu n'es pas un Dieu lointain et inaccessible.

Je crois, au contraire,

que tu habites au plus profond de mon intimité.

Je crois qu'il y a en moi un secret,

un mystère, et des profondeurs insondables.


Je crois que tu es en moi

comme un appel, comme un ferment,

comme une aimantation,

comme une source cachée

qui jaillit en vie éternelle.

Je crois que ton visage est imprimé dans mon coeur

et que mon vrai nom est caché en toi.


Je crois que tu es le ciel intérieur à moi-même

et qu'en moi sont le sanctuaire de la divinité

et le puits de la vie éternelle.


 

12.04.2009

De la mort à la vie

Chers frères et soeurs,

Suite à un problème de maintenance du blog, je publie les posts du vendredi saint et du jour de Pâques dans le même article qui sera donc un peu long...Bonne lecture et belle fête de la Résurrection à vous aussi.

Aelred

 

 Vendredi saint :

Dieu saint, Dieu fort, Dieu Immortel, prends pitié de nous !

 

Une méditation du père Lev Gillet

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. En cette phrase est contenue l’explication la plus complète, la plus profonde de la Passion du Sauveur. Le plus grand amour est maximal. Il exige le don qui va jusqu’à la mort. Le Golgotha : non une exigence de justice mais une exigence d’amour. Avec Marie, ta mère, avec le disciple que tu aimais, avec les femmes qui te restèrent fidèles, Seigneur, je me tiens au pied de Ta Croix.

Vers Toi, j’ose élever les yeux et dans ce regard jeté sur ton sacrifice, j’apprends ce que, à travers les paroles mêmes de l’Evangile, je n’avais pas su apprendre. Tes pieds sont cloués au bois. Ta croix est le pressoir où la vraie vigne est pressée. Tu n’as pas la possibilité de t’éloigner. A ce rendez-vous que tu m’as assigné, tu m’attends. Fixé à la Croix, tu t’astreins à cette attente. Je puis ne pas venir mais Toi, Tu es là et tu demeures où Tu t’es laissé mettre.

Tes bras sont étendus. Ils s’ouvrent pour appeler tous les hommes. Ils ne peuvent pas se refermer. Les clous les maintiennent dans ce geste qui invite et embrasse. Ils me disent en silence Viens.

Ta tête est baissée. Tu l’inclines dans un mouvement qui acquiesce. Tu as accepté et consommé la volonté de Dieu, la tienne donc, autant que celle du Père et de l’Esprit. Tu inclines la tête en signe d’obéissance à ce qu’exige envers les hommes l’amour des Trois. En même temps, Ta tête est inclinée vers ceux qui sont là en bas. Elle est inclinée vers ceux qui t’ont aimé, vers ceux qui ont crié Crucifie le, vers ceux qui souffrent et se traînent en gémissant, vers ceux qui cherchent sans savoir.

Tes yeux sont maintenant fermés. En une même vision intérieure, ils voient le Père, et ils voient les hommes, et vers ces deux objets de ton amour va le mouvement de tout ton être.

 

Le sang coule de ton front, de tes mains, de ton corps flagellé. Il coule lentement, en longs ruisseaux. Il va aussi couler de ton flanc ouvert, comme si ton cœur éclatait sous la pression de ton amour souffrant. La coupe est répandue en libation.

La couronne d’épines meurtrit ta tête. Tressées en cercle, ces épines sont comme les péchés des hommes, assemblés et juxtaposés pour être posés sur toi. Tous les péchés des hommes sont contigus et liés ensemble. Le prêtre hébreu, étendant les mains, mettait les péchés sur la tête de la victime. Ainsi les hommes ont, de leurs mains, placé le cercle de leurs péchés sur la plus noble partie de ton corps, sur ta tête. Mais autour de cette tête, je vois des rayons de lumière. Un halo d’or émane de ta tête ensanglantée. Cette buée donne sens à la vision douloureuse. Si je ne la percevais pas, je n’aurais qu’une image incomplète du Crucifié car le Crucifié est Sauveur et Seigneur.

 

 

Odilon Redon, Gekruisigde Christus, KMSKA, inv.nr. 2887.jpg

Christ crucifié - Odilon Redon

 

Jésus, devant ta Croix, je ne parle plus, je ne pense même plus. Je te regarde et, à chaque respiration, à chaque battement de mon cœur, je voudrais qu’en moi pénètre plus profondément ton image. Entre donc en moi Crucifié rayonnant. Toi que des clous fixèrent à la Croix, sois cloué sur mon corps, sous cloué dans mon âme. Que je te porte avec moi pour toujours, te pressant contre moi, toi l’Aimé.

(Ils ne comprendront pas. Ils parleront d’imagination maladive. Mais nous sommes ensemble, toi et moi)

Je suis à toi. Je suis à toi. Je suis entre tes mains. Je ne peux que balbutier et répéter ces mots. Sois le sceau posé sur mon cœur, sur mes sens. Cette image est si familière – tes bras étendus sur la croix – que jamais elle ne m’abandonne et qu’elle me sauve aux heures de tentation ! Que je ne la laisse point se briser ou se ternir, et que sa permanence en moi me permette, au soir de ma journée, d’approcher, tremblant mais joyeux la ligne de partage !

Seigneur, Ta Passion n’a pas pris fin. Tes blessures sont encore saignantes. On te crucifie aujourd’hui encore. Où donc ? Il n’est que de lire les journaux. Ton corps est torturé, crucifié partout et à tout heure. Dans tes membres humains.

 

 

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Etiez-vous là quand on a crucifié mon Seigneur ? Cette phrase d’un negro spiritual pose une question actuelle et poignante. Suis-je là où l’on crucifie mon Seigneur ? Suis-je capable d’élargir aux dimensions du Golgotha universel, contemporain, ma pauvre imagination si étroite et si centrée sur elle-même ? Puis je me rendre présent aux agonies du corps du Christ en chaque homme que le Mauvais écartèle ou que les hommes font souffrir (parfois en ton nom O Christ) ? Puis je me rendre présent aux tête-à-tête de Jésus avec chaque malheureux ? Tête à tête oui. D’une part, tête humaine. D’autre part, la Sainte Face, bafouée, meurtrie. Je serai présent en esprit à ces tête-à-tête, si je porte en moi cette Sainte Face.

Père Lev Gillet, le moine de l'Eglise d'Orient in Jésus, simples regards sur le Sauveur

 

 

Message de Pâques :

 

 

Voici la Nuit où le Christ brisant les liens de la mort s'est relevé victorieux des Enfers !

Dans la grâce de cette nuit, accueille Père très saint le sacrifice du soir de cette flamme que l'Eglise t'offre. Flamme qui se transmet sans jamais perdre sa clarté !

(chant de l'Exultet)

 

Que la Paix du Christ ressuscité et sa joie nous habite et vienne nous donner l'audace d'espérer et d'accueillir l'Inattendu de l'amour divin qui nous attend là où nous le pensions pas.

Pour ouvrir ce temps pascal, voici une petite méditation du moine de l'Eglise d'Orient pour partir à la rencontre du Dieu qui nous donne rendez vous en Galilée...

 

Matin de Pâques. Les femmes qui, à l'aube, se rendent au sépulcre, portant des aromaties, se disent entre elles Qui nous roulera la pierre ? Car une pierre, qui est très grande, obstrue l'entrée du tombeau. Selon tout calcul humain, il est improbable que les femmes puissent atteindre le corps du Seigneur.

Souvent Jésus semble emprisonné dans mon âme et réduit à l'impuissance comme il l'était dans le sépulcre avant la Résurrection. La lourde pierre de mon péché le maintient en cet état. Combien de fois j'ai désiré voir Jésus se lever en moi, dans sa lumière et dans sa force ! Combien de fois, j'ai essayé de rouler la pierre, mais en vain ! Le poids du péché, le poids de l'habitude étaient trop forts. Je me disais, preque sans espoir Qui me roulera la pierre ?

 

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Les saintes femmes au tombeau - Sacramentaire de Sion - XIème siècle

 

 

Les femmes, néanmoins, sont en route vers le tombeau. Leur démarche est un pur acte de foi. Cette foi - cette folie - aura sa récompense. Je dois, moi aussi, persister dans la folle espérance que la pierre sera enlevée.

Mais les femmes allant au tombeau n'ont pas les mains vides. Elles portent des aromates achetées pour l'embaumement du corps de Jésus. Si je désire que la pierre soit ôtée de mon âme, je dois - au moins comme un signe , un gage de ma bonne volonté - apporter quelque chose. Ce sera peut être très peu, mais ce doit être quelque chose qui me coûte, quelque chose qui soit de la nature d'un sacrifice.

Et voici : les femmes trouvent que la pierre, à l'entrée du sépulcre, a été ôtée. Elle a été ôtée d'une manière qu'elles ne prévoyaient pas. Il y eut un grand tremblement de terre, un ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre. Pour ôter la pierre, il ne faut rien moins qu'un cataclysme. Il n'eût pas suffi d'une poussée, d'un rajustement partiel. De même, la pierre qui semble immobiliser et paralyser Jésus dans mon âme ne peut être enlevée que par un tremblement de terre, une violente catastrophe intérieure, par un changement radical et total. Il faut qu'une secousse fulgurante m'ébranle. Jésus ne ressuscite en moi que si celui que j'étais cesse d'être faisant place à l'homme nouveau. Non une retouche, une mise au point, mais une mort et une résurrection.

L'ange fait dire aux disciples que Jésus ressuscité les attend en Galilée. Jésus lui - même renouvelle cet ordre Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée. C'est là qu'ils me verront. Pourquoi ce retour en Galilée ?  Jésus veut-il soustraire ses disciples à l'hostilité des Juifs ? Veut-il, après les anxiétés du temps de la Passion, leur assurer des jours de recueillement et de calme ? Peut-être. Mais il y a, semble - t- il, une raison plus profonde.

C'est en Galilée que les disciples avaient rencontré Jésus. C'est là qu'ils avaient entenduqui a, une fois, rencontré Jésus ne peut l'oublier.  Jésus m'invite à revenir dans la Galilée de mon âme, à faire revivre en moi l'intimité et la ferveur des premiers jours. Là de nouveau, je le verrai. l'appel et commencé à suivre le Sauveur. Le souvenir de ces jours devait garder dans leur âme une fraîcheur de printemps. Après les infidélités de la dernière semaine, Jésus voudrait replonger ses disciples dans cette fraîcheur et cette ferveur première. Il voudrait renouveler en eux l'émotion, la décision de la première rencontre. Dans l'atmosphère galiléenne ranimée par lui, il complètera sa révélation.

 

 

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Il y a une Galilée dans la vie de chacun de nous - ou du moins, dans la vie de ceux d'entre-nous qui, un jour, ont rencontré le Sauveur et l'ont aimé. Cette Galilée, c'est dans mon existence, le temps où je suis devenu conscient que Jésus me regardait et m'appelait par mon nom. Depuis lors,  bien des années ont pu s'écouler. Ces années ont pu être chargées de péchés sans nombre. Il peut sembler que j'aie oublié Jésus Christ. Cependant, Seigneur, je voudrais revenir en Galilée. Mais te retrouverai- je ? Comment puis-je réchauffer mon âme devenue si froide ? Le souvenir de notre Galilée suffira - t -il à recréer l'émotion de notre première rencontre ?

Il vous précède en Galilée... Mon enfant, tu n'auras pas à évoquer péniblement ma présence. Je serai fidèle au rendez-vous que je te donne. Je ferai plus que t'attendre dans cette Galilée du souvenir. Voici que je t'y précède, je t'y conduis. Lorsque ton coeur se sera, de nouveau, fixé en Galilée, celui qui te guide se fera reconnaître de toi. Et il te parlera...

Père Lev Gillet

04.04.2009

Montons avec Jésus à Jérusalem

Chers frères et soeurs,

 

Je voulais vous souhaiter une belle entrée en semaine sainte. Je vous porterai dans la prière en ces temps où je sais que beaucoup d'entre vous, surtout parmi mes frères catholiques romains, souffrez de la crise que traverse l'Eglise de Rome. Moi qui ai choisi de vivre une autre vision du catholicisme dans l'Eglise vieille-catholique de l'Union d'Utrecht, je prie avec et pour vous, afin que l'Esprit travaille à faire germer des lieux d'espérance et de libération. Je prie aussi pour que le premier des évêques, l'évêque de Rome, devienne enfin ce serviteur des serviteurs de Dieu, premier entre les égaux, ses frères évêques, dans une Eglise catholique réunifiée.

Envoie ta lumière et ta vérité Seigneur, qu'elles guident nos pas et nous conduisent sur ta montagne sainte jusqu'en ta Demeure !


Voici une petite méditation qui ferait une belle prière pour ces jours saints.

 

Jésus prend à part les Douze et leur dit : Voici nous allons à Jérusalem, et le Fils de l'Homme sera livré. L'Evangile indique bien qu'il s'agit d'un aparté, de paroles échangées à l'écart. C'est seulement aux apôtres, et non à tous les disciples, que Jésus, sur la route montante, confie le secret du voyage.  Certes, Jésus attend maintenant de chaque chrétien, qu'il s'associe à l'évènement décisif qui eut lieu à Jérusalem. Mais Jésus reste le maître du temps et des vocations individuelles. Il choisit l'heure où il convie son disciple à participer au privilège des apôtres et à monter avec lui à Jérusalem, la fin douloureuse étant en vue.  Combien de chrétiens ont-ils l'oreille à cette invitation ? Combien ont saisi que ce qui s'est passé alors à Jérusalem, ce qui continue à se passer dans la Jérusalem éternelle, invisible, est ce qu'il y a de plus important au monde ?

 

 

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Seigneur Jésus, j'ai entendu l'invitation. Tu m'as pris à part, sur la route. Tu veux que je m'isole des autres hommes pour les mieux rejoindre. Tu veux que je t'accompagne au terme de ton voyage, dont tu me révèles, dont tu me révèleras de plus en plus le sens et les aspects.

Seigneur à partir d'aujourd'hui, je veux _ par ta grâce _ que la montée à Jérusalem et ce que j'y verrai et entendrai de toi au cours de la suprême et dernière semaine soit l'intérêt dominant de ma vie, la norme de tout le reste, le cercle à la fois étroit et immense où tout le reste deviendra inclus et dont tu seras le centre.


Voici, je tourne le dos à tout ce que j'ai cherché et suivi. Voici, je rejette dans le passé tout ce qui ne peut s'intégrer au grand mystère de Ta Pâque, où tu veux que j'accède. Voici je monte avec toi à Jérusalem. Que toute chair fasse maintenant silence.

 

 

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Le récit de la dernière Pâque et de la Passion est, dans le quatrième évangile, introduit en ces mots Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Jusqu'à la fin : non seulement Jésus a aimé les hommes jusqu'au dernier moment de son existence terrestre, mais il les a aimés d'une manière complète, totale, parfaite, définitive. Il les a aimés au maximum. C'est dans sa Passion qu'il a mis le comble à son amour. C'est là  que l'exploration de Jésus par son disciple est la plus profonde, la plus fructueuse. C'est là je découvre combien _ et à quel prix _ je suis aimé. C'est dans son immolation que l'agneau de Dieu est l'agneau au plus haut point et  se manifeste comme l'agneau. Seigneur, montre moi l'agneau.


Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient in Jésus, simples regards sur le Sauveur.


 

25.03.2009

Accueillir le don de Dieu

Chers frères et soeurs,

 

 

Au coeur de ce Carême, une fête nous fait déjà entrevoir l'espérance de Pâques. Je tenais à vous laisser quelques lignes sur la fête de l'Annonciation.  En ce 25 mars,  nous fêtons le Oui de Marie, ce oui qui a changé la face du Monde car par Marie, l'anneau des fiançailles entre Dieu et les hommes se refermait définitivement. Le Dieu d'Israël, le Dieu Tout Puissant que Moïse n'avait pu regarder en face, ce Dieu là n'est plus cette Divinité presque païenne dans le Saint des saints du temple de Jérusalem. Ce Dieu là venait de bouleverser la conception même du sacré antique qui est de séparer Dieu et le monde profane. Voici que le Seigneur entre dans la seule Eglise qui lui est chère, dans le seul ostensoir apte à le porter : notre Coeur d'homme par l'intermédiaire de Marie.

 

 

 

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L'Annonciation - Arcabas

 

 

Alors j'ai envie de remercier Marie pour son Espérance qui nous fait souvent défaut, pour sa Foi qui la guidera avec courage jusqu'au Golgotha pour mieux se réjouir de la fidélité de Dieu au matin de Pâques et au grand jour de Pentecôte.

Puisse Marie en ce temps de Carême nous servir de modèle et de soeur dans notre marche chrétienne, puissions, à ta suite, Marie, toi la première en chemin, devenir le berceau de Dieu.

 

Voici un petit texte d'Olivier Clément, théologien orthodoxe, commentant ce passage d'Origène :

 

Introduisez moi dans la maison du Vin (Cant. 2,4) Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi. C'est à vous aussi qu'il dit Introduisez moi non pas simplement dans la maison mais dans la maison du vin. Que votre âme soit remplie du vin de la joie, du vin de l'Esprit saint et ainsi introduisez l'Epoux, le Verbe, la Sagesse, la Vérité dans votre maison. On peut donc dire, même à ceux qui ne sont pas encore parfaits : Introduisez moi dans la maison du vin.

Origène

Deuxième homélie sur le Cantique des cantiques.

 

L'union avec Dieu peut aussi s'exprimer en termes de nativité intérieure. L'âme s'identifie à la Vierge, elle fait mémoire du mystère de l'Incarnation, et l'Incarnation se diffuse spirituellement dans les âmes saintes qui, par là même, préparent le retour du Christ. Tous les mystères de l'Evangile non seulement s'actualisent dans la liturgie mais nous saisissent dans la vie spirituelle. Le Verbe ne cesse de naître dans la grotte de notre coeur. Quand le Christ serait né mille fois à Bethléem, écrivait Angélius Silesius, s'il ne naît pas en toi, tu es perdu pour l'éternité. Faire naître le Christ en nous, telle est bien la fonction de la temporalité liturgique, intériorisée par l'ascèse, la prière et la contemplation.

Olivier Clément

Sources

25.02.2009

Mercredi des Cendres : Bon et saint Carême 2009 !

Seigneur, tu aimes tout ce qui existe et Tu n'as de répulsion pour aucune de Tes oeuvres; Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes : Tu les invites à la pénitence, et Tu leur pardonnes, car Tu es le Seigneur notre Dieu.

Antienne d'ouverture de la messe des Cendres

 

 

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Chers frères et soeurs dans le Christ,

Le temps de Carême s'ouvre en ce jour et nous voilà partis sur le chemin de Pâques. Le temps, sans doute, de faire la paix en nous, en Eglise, avec nos frères et d'accueillir, dans la prière, la Paix qui vient de Dieu. Pour ma part, je suivrai la webretraite que propose sur ce thème de la Paix, la fraternité Saint Vincent de Lérins (http://www.fraternitesaintvincentdelerins.fr.gd), qui rassemble au-delà des distances géographiques les vieux catholiques de l'Union d'Utrecht et des anglicans francophones de France et de Belgique. Chaque semaine, nous recevons, par mail ou sur le site, des lectures bibliques, des prières et méditations ainsi que des petits articles sur des situations de conflit dans le Monde afin d'incarner notre prière et de l'élargir à l'ensemble de nos frères en humanité.

Bon Carême à toutes et à tous !

 

La prière est au coeur de ce temps de Carême. Pourtant, il nous est parfois bien difficile de prier, nous nous sentons secs, fatigués, découragés.

 

Cette prière toute simple peut nous aider à retrouver les mots ... Elle est tirée d'un livre un peu ancien (1957), Prières pour les jours intenables, du Père Lucien Jerphagnon (ancien professeur de philosophie au grand séminaire de Meaux, Lucien Jerphagnon a ensuite poursuivi une carrière dans l'enseignement supérieur où il a acquis un grand renom comme membre de l'école d'Athènes et spécialiste de l'Antiquité).

 

 

Seigneur, j'avais pourtant dit que je ne voulais pas prier ce soir. J'ai bien trop peur : je ne veux pas risquer de T'entendre. Il faudrait encore faire effort, toujours faire effort. Et je ne veux pas faire effort ce soir. Pas ce soir, vraiment.

Cette longue suite de jours qu'aucun imprévu ne traverse, et qui m'ennuient...Tous ces jours qui passent sans seulement que je sache si j'ai progressé, si je suis un peu meilleur.

 

 

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Peinture de Bernadette Lopez (Evangile et Peinture)


Il fait noir, et je pense que demain est proche. Et quand je m'éveillerai -si je viens à dormir- je sais que je n'aurai pas changé. Je serai le même. Ni meilleur, ni pire, avec devant moi la même journée à faire, et les mêmes occasions de bien faire, que je manquerai, comme d'habitude.

Que de fois, pourtant, je T'ai demandé la perfection : Soyez parfaits comme le Père du Ciel est parfait... Je n'y suis pas arrivé. Et maintenant que l'âge vient, je me demande si j'y arriverai jamais. Et s'il vaut bien la peine que je m'y applique.

Je me demande, O Seigneur, si la perfection, je l'ai cherchée de façon assez pure. Ah ! j'aurais aimé m'en orner, m'en décorer...Etre pour les autres et pour moi...un saint.

Il faut que je renonce à cela. Et que je l'admette, simplement, une bonne fois, de n'être que ce je suis.

Au fond, peut-être est-ce cela, Seigneur, ce que Tu appelles devenir comme de petits enfants . S'admettre avec autant de simplicité de coeur que tu nous as admis tout autant que nous sommes.

 

 

 

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Etre comme un petit enfant dans les bras de Dieu (Peinture de B. Lopez)



Accepter d'être bonnement de ceux pour qui Tu es venu : les pécheurs, pour qui Ton Evangile est tellement bon. Meilleur encore qu'on le dit.

(...) Seigneur, tu avoues Ta préférence pour tous ceux qui tombent, qui ne valent pas cher. Les pauvres gens quelconques, ceux qui savent qu'ils ne sont pas grand chose. Sans doute, est -ce que je commence à comprendre que j'en suis...moi aussi.

Et que c'est pour nous que Tu es venu.

Mais, Seigneur, ce soir, ne m'en demande pas trop.

 

Lucien Jerphagnon


 

03.01.2009

Le Nom de Jésus

Chers frères et soeurs,

 La fête du Saint Nom de Jésus inaugure l'année liturgique dans toutes les traditions chrétiennes car toutes la fêtent entre le 1er et le 4 janvier. Dans l'Eglise vieille catholique, l'Eglise anglicane, les Eglises orthodoxes et chez nos frères protestants, on la célèbre le 1er Janvier. Elle est fêtée par les catholiques romains le 3 janvier. J'aurais donc dû faire paraître cette méditation le jour de l'An mais après deux posts publiés, cela faisait trop pour une seule fois.

Je vous propose donc aujourd'hui un texte tiré du livre du Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient, dont je vous avais déjà donné une méditation pour la Nativité.  Une façon également d'exprimer ma communion de prière et d'amitié avec nos frères orthodoxes qui fêteront bientôt la fête de la Nativité, de l'Epiphanie et du Baptême du Seigneur le 6 janvier prochain. Dans cet extrait de Jésus, simples regards sur le Sauveur, le père Gillet nous fait partager l'intimité de son dialogue avec le Christ et nous met à l'école de la prière. Par le nom de Jésus, nos sens s'apaisent, notre prière se recentre et porte en elle l'Univers entier.

 

 

   Avant d'enseigner à ses disciples les mots de l'oraison dominicale, Jésus leur dit Vous prierez ainsi...Cet ainsi couvre non seulement le texte de la prière du Seigneur mais aussi la manière dont elle est prononcée. Prier avec les mots de Jésus, oui certes. Mais surtout prier _ autant que le peut la créature pécheresse_ comme Jésus, avec les dispositions de Jésus, en entrant dans l'esprit de Jésus.

C"est surtout au Calvaire, pendant l'agonie du Crucifié que nous voyons comment prie Jésus : Entre tes mains, Seigneur, je remets mon âme...Jésus crie ses mots. Ceux-là seuls peuvent un peu comprendre ce cri, qui se sont à  certaines heures sentis broyés, ne voyant pas d'issue, et ont trouvé refuge dans cet acte suprême de confiance.

 

 

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Photo-montage réalisé par l'auteur du blog chat.libre.blog.lemonde.fr

Cette image qui associe le visage du Christ de Miséricorde à une photographie de la guerre en Palestine symbolise bien la présence d'Amour du Christ crucifié sur le Mal du Monde.

 

Entre tes mains...Etre soulevé et soutenu par toi, porté par toi, Seigneur Jésus, et aller en répétant ces mots _ obstinément attaché à toi, suspendu à toi, accroché et cramponné à toi si j'ose dire...c'est alors ce qu'on éprouve ce que la prière pourrait être.

Jésus a crié sa dernière prière d'une voix forte. Une voix qui couvre tous les tumultes, ceux du dehors, ceux du dedans. Une voix qui exprime l'effort suprême, total, insurpassable, Cri où s'actualisent toutes les puissances de l'être.

Sentir dans ma prière, par ma prière que je n'ai l'être, que je ne peux être et que je ne suis qu'entre tes mains.

Jésus met en garde ses disciples contre la multiplication des vaines paroles dans la prière. Il y a des heures où un tel besoin de simplification et d'unification s'empare de nous que même la prière parfaite, celle que le Seigneur enseigna à ses disciples, nous semble trop longue. Besoin d'exprimer notre prière en un seul mot. Ce mot nous a été donné Jésus, Jésus...! Il s'agit de le redire, _ non mécaniquement _ mais en esprit et vérité.

Dans le nom de Jésus, se trouvent, résumés et agissants tous les mystères de notre salut. Si nous répétons ce nom, la réalité de Jésus, à travers lui, peut nous pénétrer, nous emplir, nous imbiber de telle sorte que la parole se fasse chair en nous. (non l'incarnation au sens unique du mot, mais une participation par grâce).

Le nom de Jésus pénètre l'âme, comme la tâche d'huile silencieusement s'étend.

Le nom de Jésus contient le monde comme, dans le rayon de lumière, se fondent les couleurs du prisme. C'est dans son Verbe que le Père a tout créé.

L'invocation du Nom de Jésus sur tout ce qui existe permet de transfigurer, de christifier l'univers et de lui rendre un vrai sens.

 

 

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Seigneur Jésus, prie en moi, toi-même. Que je me taise, et que ta voix seule s'élève !  Si ta prière devient la mienne, si je te laisse prier en moi, tous les évènements et toutes les créatures du monde entreront dans ma prière et seront portées par elle.

Seigneur, deviens toi-même ma prière !

 

Jésus et la création. Leur rapport intime (il ne s'agit pas seulement des hommes). Non seulement c'est dans son Verbe que Dieu a créé l'Univers, mais le Dieu incarné attire à lui tous les mondes. Comme le dit Saint Paul, la Création entière, soumise à la vanité (au mal physique, aux catastrophes, à la rigueur des lois naturelles), gémit et souffre des douleurs de l'enfantement et attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.

 

Père Lev Gillet.

  

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