12.04.2009

De la mort à la vie

Chers frères et soeurs,

Suite à un problème de maintenance du blog, je publie les posts du vendredi saint et du jour de Pâques dans le même article qui sera donc un peu long...Bonne lecture et belle fête de la Résurrection à vous aussi.

Aelred

 

 Vendredi saint :

Dieu saint, Dieu fort, Dieu Immortel, prends pitié de nous !

 

Une méditation du père Lev Gillet

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. En cette phrase est contenue l’explication la plus complète, la plus profonde de la Passion du Sauveur. Le plus grand amour est maximal. Il exige le don qui va jusqu’à la mort. Le Golgotha : non une exigence de justice mais une exigence d’amour. Avec Marie, ta mère, avec le disciple que tu aimais, avec les femmes qui te restèrent fidèles, Seigneur, je me tiens au pied de Ta Croix.

Vers Toi, j’ose élever les yeux et dans ce regard jeté sur ton sacrifice, j’apprends ce que, à travers les paroles mêmes de l’Evangile, je n’avais pas su apprendre. Tes pieds sont cloués au bois. Ta croix est le pressoir où la vraie vigne est pressée. Tu n’as pas la possibilité de t’éloigner. A ce rendez-vous que tu m’as assigné, tu m’attends. Fixé à la Croix, tu t’astreins à cette attente. Je puis ne pas venir mais Toi, Tu es là et tu demeures où Tu t’es laissé mettre.

Tes bras sont étendus. Ils s’ouvrent pour appeler tous les hommes. Ils ne peuvent pas se refermer. Les clous les maintiennent dans ce geste qui invite et embrasse. Ils me disent en silence Viens.

Ta tête est baissée. Tu l’inclines dans un mouvement qui acquiesce. Tu as accepté et consommé la volonté de Dieu, la tienne donc, autant que celle du Père et de l’Esprit. Tu inclines la tête en signe d’obéissance à ce qu’exige envers les hommes l’amour des Trois. En même temps, Ta tête est inclinée vers ceux qui sont là en bas. Elle est inclinée vers ceux qui t’ont aimé, vers ceux qui ont crié Crucifie le, vers ceux qui souffrent et se traînent en gémissant, vers ceux qui cherchent sans savoir.

Tes yeux sont maintenant fermés. En une même vision intérieure, ils voient le Père, et ils voient les hommes, et vers ces deux objets de ton amour va le mouvement de tout ton être.

 

Le sang coule de ton front, de tes mains, de ton corps flagellé. Il coule lentement, en longs ruisseaux. Il va aussi couler de ton flanc ouvert, comme si ton cœur éclatait sous la pression de ton amour souffrant. La coupe est répandue en libation.

La couronne d’épines meurtrit ta tête. Tressées en cercle, ces épines sont comme les péchés des hommes, assemblés et juxtaposés pour être posés sur toi. Tous les péchés des hommes sont contigus et liés ensemble. Le prêtre hébreu, étendant les mains, mettait les péchés sur la tête de la victime. Ainsi les hommes ont, de leurs mains, placé le cercle de leurs péchés sur la plus noble partie de ton corps, sur ta tête. Mais autour de cette tête, je vois des rayons de lumière. Un halo d’or émane de ta tête ensanglantée. Cette buée donne sens à la vision douloureuse. Si je ne la percevais pas, je n’aurais qu’une image incomplète du Crucifié car le Crucifié est Sauveur et Seigneur.

 

 

Odilon Redon, Gekruisigde Christus, KMSKA, inv.nr. 2887.jpg

Christ crucifié - Odilon Redon

 

Jésus, devant ta Croix, je ne parle plus, je ne pense même plus. Je te regarde et, à chaque respiration, à chaque battement de mon cœur, je voudrais qu’en moi pénètre plus profondément ton image. Entre donc en moi Crucifié rayonnant. Toi que des clous fixèrent à la Croix, sois cloué sur mon corps, sous cloué dans mon âme. Que je te porte avec moi pour toujours, te pressant contre moi, toi l’Aimé.

(Ils ne comprendront pas. Ils parleront d’imagination maladive. Mais nous sommes ensemble, toi et moi)

Je suis à toi. Je suis à toi. Je suis entre tes mains. Je ne peux que balbutier et répéter ces mots. Sois le sceau posé sur mon cœur, sur mes sens. Cette image est si familière – tes bras étendus sur la croix – que jamais elle ne m’abandonne et qu’elle me sauve aux heures de tentation ! Que je ne la laisse point se briser ou se ternir, et que sa permanence en moi me permette, au soir de ma journée, d’approcher, tremblant mais joyeux la ligne de partage !

Seigneur, Ta Passion n’a pas pris fin. Tes blessures sont encore saignantes. On te crucifie aujourd’hui encore. Où donc ? Il n’est que de lire les journaux. Ton corps est torturé, crucifié partout et à tout heure. Dans tes membres humains.

 

 

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Etiez-vous là quand on a crucifié mon Seigneur ? Cette phrase d’un negro spiritual pose une question actuelle et poignante. Suis-je là où l’on crucifie mon Seigneur ? Suis-je capable d’élargir aux dimensions du Golgotha universel, contemporain, ma pauvre imagination si étroite et si centrée sur elle-même ? Puis je me rendre présent aux agonies du corps du Christ en chaque homme que le Mauvais écartèle ou que les hommes font souffrir (parfois en ton nom O Christ) ? Puis je me rendre présent aux tête-à-tête de Jésus avec chaque malheureux ? Tête à tête oui. D’une part, tête humaine. D’autre part, la Sainte Face, bafouée, meurtrie. Je serai présent en esprit à ces tête-à-tête, si je porte en moi cette Sainte Face.

Père Lev Gillet, le moine de l'Eglise d'Orient in Jésus, simples regards sur le Sauveur

 

 

Message de Pâques :

 

 

Voici la Nuit où le Christ brisant les liens de la mort s'est relevé victorieux des Enfers !

Dans la grâce de cette nuit, accueille Père très saint le sacrifice du soir de cette flamme que l'Eglise t'offre. Flamme qui se transmet sans jamais perdre sa clarté !

(chant de l'Exultet)

 

Que la Paix du Christ ressuscité et sa joie nous habite et vienne nous donner l'audace d'espérer et d'accueillir l'Inattendu de l'amour divin qui nous attend là où nous le pensions pas.

Pour ouvrir ce temps pascal, voici une petite méditation du moine de l'Eglise d'Orient pour partir à la rencontre du Dieu qui nous donne rendez vous en Galilée...

 

Matin de Pâques. Les femmes qui, à l'aube, se rendent au sépulcre, portant des aromaties, se disent entre elles Qui nous roulera la pierre ? Car une pierre, qui est très grande, obstrue l'entrée du tombeau. Selon tout calcul humain, il est improbable que les femmes puissent atteindre le corps du Seigneur.

Souvent Jésus semble emprisonné dans mon âme et réduit à l'impuissance comme il l'était dans le sépulcre avant la Résurrection. La lourde pierre de mon péché le maintient en cet état. Combien de fois j'ai désiré voir Jésus se lever en moi, dans sa lumière et dans sa force ! Combien de fois, j'ai essayé de rouler la pierre, mais en vain ! Le poids du péché, le poids de l'habitude étaient trop forts. Je me disais, preque sans espoir Qui me roulera la pierre ?

 

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Les saintes femmes au tombeau - Sacramentaire de Sion - XIème siècle

 

 

Les femmes, néanmoins, sont en route vers le tombeau. Leur démarche est un pur acte de foi. Cette foi - cette folie - aura sa récompense. Je dois, moi aussi, persister dans la folle espérance que la pierre sera enlevée.

Mais les femmes allant au tombeau n'ont pas les mains vides. Elles portent des aromates achetées pour l'embaumement du corps de Jésus. Si je désire que la pierre soit ôtée de mon âme, je dois - au moins comme un signe , un gage de ma bonne volonté - apporter quelque chose. Ce sera peut être très peu, mais ce doit être quelque chose qui me coûte, quelque chose qui soit de la nature d'un sacrifice.

Et voici : les femmes trouvent que la pierre, à l'entrée du sépulcre, a été ôtée. Elle a été ôtée d'une manière qu'elles ne prévoyaient pas. Il y eut un grand tremblement de terre, un ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre. Pour ôter la pierre, il ne faut rien moins qu'un cataclysme. Il n'eût pas suffi d'une poussée, d'un rajustement partiel. De même, la pierre qui semble immobiliser et paralyser Jésus dans mon âme ne peut être enlevée que par un tremblement de terre, une violente catastrophe intérieure, par un changement radical et total. Il faut qu'une secousse fulgurante m'ébranle. Jésus ne ressuscite en moi que si celui que j'étais cesse d'être faisant place à l'homme nouveau. Non une retouche, une mise au point, mais une mort et une résurrection.

L'ange fait dire aux disciples que Jésus ressuscité les attend en Galilée. Jésus lui - même renouvelle cet ordre Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée. C'est là qu'ils me verront. Pourquoi ce retour en Galilée ?  Jésus veut-il soustraire ses disciples à l'hostilité des Juifs ? Veut-il, après les anxiétés du temps de la Passion, leur assurer des jours de recueillement et de calme ? Peut-être. Mais il y a, semble - t- il, une raison plus profonde.

C'est en Galilée que les disciples avaient rencontré Jésus. C'est là qu'ils avaient entenduqui a, une fois, rencontré Jésus ne peut l'oublier.  Jésus m'invite à revenir dans la Galilée de mon âme, à faire revivre en moi l'intimité et la ferveur des premiers jours. Là de nouveau, je le verrai. l'appel et commencé à suivre le Sauveur. Le souvenir de ces jours devait garder dans leur âme une fraîcheur de printemps. Après les infidélités de la dernière semaine, Jésus voudrait replonger ses disciples dans cette fraîcheur et cette ferveur première. Il voudrait renouveler en eux l'émotion, la décision de la première rencontre. Dans l'atmosphère galiléenne ranimée par lui, il complètera sa révélation.

 

 

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Il y a une Galilée dans la vie de chacun de nous - ou du moins, dans la vie de ceux d'entre-nous qui, un jour, ont rencontré le Sauveur et l'ont aimé. Cette Galilée, c'est dans mon existence, le temps où je suis devenu conscient que Jésus me regardait et m'appelait par mon nom. Depuis lors,  bien des années ont pu s'écouler. Ces années ont pu être chargées de péchés sans nombre. Il peut sembler que j'aie oublié Jésus Christ. Cependant, Seigneur, je voudrais revenir en Galilée. Mais te retrouverai- je ? Comment puis-je réchauffer mon âme devenue si froide ? Le souvenir de notre Galilée suffira - t -il à recréer l'émotion de notre première rencontre ?

Il vous précède en Galilée... Mon enfant, tu n'auras pas à évoquer péniblement ma présence. Je serai fidèle au rendez-vous que je te donne. Je ferai plus que t'attendre dans cette Galilée du souvenir. Voici que je t'y précède, je t'y conduis. Lorsque ton coeur se sera, de nouveau, fixé en Galilée, celui qui te guide se fera reconnaître de toi. Et il te parlera...

Père Lev Gillet

04.04.2009

Montons avec Jésus à Jérusalem

Chers frères et soeurs,

 

Je voulais vous souhaiter une belle entrée en semaine sainte. Je vous porterai dans la prière en ces temps où je sais que beaucoup d'entre vous, surtout parmi mes frères catholiques romains, souffrez de la crise que traverse l'Eglise de Rome. Moi qui ai choisi de vivre une autre vision du catholicisme dans l'Eglise vieille-catholique de l'Union d'Utrecht, je prie avec et pour vous, afin que l'Esprit travaille à faire germer des lieux d'espérance et de libération. Je prie aussi pour que le premier des évêques, l'évêque de Rome, devienne enfin ce serviteur des serviteurs de Dieu, premier entre les égaux, ses frères évêques, dans une Eglise catholique réunifiée.

Envoie ta lumière et ta vérité Seigneur, qu'elles guident nos pas et nous conduisent sur ta montagne sainte jusqu'en ta Demeure !


Voici une petite méditation qui ferait une belle prière pour ces jours saints.

 

Jésus prend à part les Douze et leur dit : Voici nous allons à Jérusalem, et le Fils de l'Homme sera livré. L'Evangile indique bien qu'il s'agit d'un aparté, de paroles échangées à l'écart. C'est seulement aux apôtres, et non à tous les disciples, que Jésus, sur la route montante, confie le secret du voyage.  Certes, Jésus attend maintenant de chaque chrétien, qu'il s'associe à l'évènement décisif qui eut lieu à Jérusalem. Mais Jésus reste le maître du temps et des vocations individuelles. Il choisit l'heure où il convie son disciple à participer au privilège des apôtres et à monter avec lui à Jérusalem, la fin douloureuse étant en vue.  Combien de chrétiens ont-ils l'oreille à cette invitation ? Combien ont saisi que ce qui s'est passé alors à Jérusalem, ce qui continue à se passer dans la Jérusalem éternelle, invisible, est ce qu'il y a de plus important au monde ?

 

 

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Seigneur Jésus, j'ai entendu l'invitation. Tu m'as pris à part, sur la route. Tu veux que je m'isole des autres hommes pour les mieux rejoindre. Tu veux que je t'accompagne au terme de ton voyage, dont tu me révèles, dont tu me révèleras de plus en plus le sens et les aspects.

Seigneur à partir d'aujourd'hui, je veux _ par ta grâce _ que la montée à Jérusalem et ce que j'y verrai et entendrai de toi au cours de la suprême et dernière semaine soit l'intérêt dominant de ma vie, la norme de tout le reste, le cercle à la fois étroit et immense où tout le reste deviendra inclus et dont tu seras le centre.


Voici, je tourne le dos à tout ce que j'ai cherché et suivi. Voici, je rejette dans le passé tout ce qui ne peut s'intégrer au grand mystère de Ta Pâque, où tu veux que j'accède. Voici je monte avec toi à Jérusalem. Que toute chair fasse maintenant silence.

 

 

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Le récit de la dernière Pâque et de la Passion est, dans le quatrième évangile, introduit en ces mots Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Jusqu'à la fin : non seulement Jésus a aimé les hommes jusqu'au dernier moment de son existence terrestre, mais il les a aimés d'une manière complète, totale, parfaite, définitive. Il les a aimés au maximum. C'est dans sa Passion qu'il a mis le comble à son amour. C'est là  que l'exploration de Jésus par son disciple est la plus profonde, la plus fructueuse. C'est là je découvre combien _ et à quel prix _ je suis aimé. C'est dans son immolation que l'agneau de Dieu est l'agneau au plus haut point et  se manifeste comme l'agneau. Seigneur, montre moi l'agneau.


Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient in Jésus, simples regards sur le Sauveur.


 

25.03.2009

Accueillir le don de Dieu

Chers frères et soeurs,

 

 

Au coeur de ce Carême, une fête nous fait déjà entrevoir l'espérance de Pâques. Je tenais à vous laisser quelques lignes sur la fête de l'Annonciation.  En ce 25 mars,  nous fêtons le Oui de Marie, ce oui qui a changé la face du Monde car par Marie, l'anneau des fiançailles entre Dieu et les hommes se refermait définitivement. Le Dieu d'Israël, le Dieu Tout Puissant que Moïse n'avait pu regarder en face, ce Dieu là n'est plus cette Divinité presque païenne dans le Saint des saints du temple de Jérusalem. Ce Dieu là venait de bouleverser la conception même du sacré antique qui est de séparer Dieu et le monde profane. Voici que le Seigneur entre dans la seule Eglise qui lui est chère, dans le seul ostensoir apte à le porter : notre Coeur d'homme par l'intermédiaire de Marie.

 

 

 

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L'Annonciation - Arcabas

 

 

Alors j'ai envie de remercier Marie pour son Espérance qui nous fait souvent défaut, pour sa Foi qui la guidera avec courage jusqu'au Golgotha pour mieux se réjouir de la fidélité de Dieu au matin de Pâques et au grand jour de Pentecôte.

Puisse Marie en ce temps de Carême nous servir de modèle et de soeur dans notre marche chrétienne, puissions, à ta suite, Marie, toi la première en chemin, devenir le berceau de Dieu.

 

Voici un petit texte d'Olivier Clément, théologien orthodoxe, commentant ce passage d'Origène :

 

Introduisez moi dans la maison du Vin (Cant. 2,4) Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi. C'est à vous aussi qu'il dit Introduisez moi non pas simplement dans la maison mais dans la maison du vin. Que votre âme soit remplie du vin de la joie, du vin de l'Esprit saint et ainsi introduisez l'Epoux, le Verbe, la Sagesse, la Vérité dans votre maison. On peut donc dire, même à ceux qui ne sont pas encore parfaits : Introduisez moi dans la maison du vin.

Origène

Deuxième homélie sur le Cantique des cantiques.

 

L'union avec Dieu peut aussi s'exprimer en termes de nativité intérieure. L'âme s'identifie à la Vierge, elle fait mémoire du mystère de l'Incarnation, et l'Incarnation se diffuse spirituellement dans les âmes saintes qui, par là même, préparent le retour du Christ. Tous les mystères de l'Evangile non seulement s'actualisent dans la liturgie mais nous saisissent dans la vie spirituelle. Le Verbe ne cesse de naître dans la grotte de notre coeur. Quand le Christ serait né mille fois à Bethléem, écrivait Angélius Silesius, s'il ne naît pas en toi, tu es perdu pour l'éternité. Faire naître le Christ en nous, telle est bien la fonction de la temporalité liturgique, intériorisée par l'ascèse, la prière et la contemplation.

Olivier Clément

Sources

25.02.2009

Mercredi des Cendres : Bon et saint Carême 2009 !

Seigneur, tu aimes tout ce qui existe et Tu n'as de répulsion pour aucune de Tes oeuvres; Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes : Tu les invites à la pénitence, et Tu leur pardonnes, car Tu es le Seigneur notre Dieu.

Antienne d'ouverture de la messe des Cendres

 

 

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Chers frères et soeurs dans le Christ,

Le temps de Carême s'ouvre en ce jour et nous voilà partis sur le chemin de Pâques. Le temps, sans doute, de faire la paix en nous, en Eglise, avec nos frères et d'accueillir, dans la prière, la Paix qui vient de Dieu. Pour ma part, je suivrai la webretraite que propose sur ce thème de la Paix, la fraternité Saint Vincent de Lérins (http://www.fraternitesaintvincentdelerins.fr.gd), qui rassemble au-delà des distances géographiques les vieux catholiques de l'Union d'Utrecht et des anglicans francophones de France et de Belgique. Chaque semaine, nous recevons, par mail ou sur le site, des lectures bibliques, des prières et méditations ainsi que des petits articles sur des situations de conflit dans le Monde afin d'incarner notre prière et de l'élargir à l'ensemble de nos frères en humanité.

Bon Carême à toutes et à tous !

 

La prière est au coeur de ce temps de Carême. Pourtant, il nous est parfois bien difficile de prier, nous nous sentons secs, fatigués, découragés.

 

Cette prière toute simple peut nous aider à retrouver les mots ... Elle est tirée d'un livre un peu ancien (1957), Prières pour les jours intenables, du Père Lucien Jerphagnon (ancien professeur de philosophie au grand séminaire de Meaux, Lucien Jerphagnon a ensuite poursuivi une carrière dans l'enseignement supérieur où il a acquis un grand renom comme membre de l'école d'Athènes et spécialiste de l'Antiquité).

 

 

Seigneur, j'avais pourtant dit que je ne voulais pas prier ce soir. J'ai bien trop peur : je ne veux pas risquer de T'entendre. Il faudrait encore faire effort, toujours faire effort. Et je ne veux pas faire effort ce soir. Pas ce soir, vraiment.

Cette longue suite de jours qu'aucun imprévu ne traverse, et qui m'ennuient...Tous ces jours qui passent sans seulement que je sache si j'ai progressé, si je suis un peu meilleur.

 

 

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Peinture de Bernadette Lopez (Evangile et Peinture)


Il fait noir, et je pense que demain est proche. Et quand je m'éveillerai -si je viens à dormir- je sais que je n'aurai pas changé. Je serai le même. Ni meilleur, ni pire, avec devant moi la même journée à faire, et les mêmes occasions de bien faire, que je manquerai, comme d'habitude.

Que de fois, pourtant, je T'ai demandé la perfection : Soyez parfaits comme le Père du Ciel est parfait... Je n'y suis pas arrivé. Et maintenant que l'âge vient, je me demande si j'y arriverai jamais. Et s'il vaut bien la peine que je m'y applique.

Je me demande, O Seigneur, si la perfection, je l'ai cherchée de façon assez pure. Ah ! j'aurais aimé m'en orner, m'en décorer...Etre pour les autres et pour moi...un saint.

Il faut que je renonce à cela. Et que je l'admette, simplement, une bonne fois, de n'être que ce je suis.

Au fond, peut-être est-ce cela, Seigneur, ce que Tu appelles devenir comme de petits enfants . S'admettre avec autant de simplicité de coeur que tu nous as admis tout autant que nous sommes.

 

 

 

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Etre comme un petit enfant dans les bras de Dieu (Peinture de B. Lopez)



Accepter d'être bonnement de ceux pour qui Tu es venu : les pécheurs, pour qui Ton Evangile est tellement bon. Meilleur encore qu'on le dit.

(...) Seigneur, tu avoues Ta préférence pour tous ceux qui tombent, qui ne valent pas cher. Les pauvres gens quelconques, ceux qui savent qu'ils ne sont pas grand chose. Sans doute, est -ce que je commence à comprendre que j'en suis...moi aussi.

Et que c'est pour nous que Tu es venu.

Mais, Seigneur, ce soir, ne m'en demande pas trop.

 

Lucien Jerphagnon


 

03.01.2009

Le Nom de Jésus

Chers frères et soeurs,

 La fête du Saint Nom de Jésus inaugure l'année liturgique dans toutes les traditions chrétiennes car toutes la fêtent entre le 1er et le 4 janvier. Dans l'Eglise vieille catholique, l'Eglise anglicane, les Eglises orthodoxes et chez nos frères protestants, on la célèbre le 1er Janvier. Elle est fêtée par les catholiques romains le 3 janvier. J'aurais donc dû faire paraître cette méditation le jour de l'An mais après deux posts publiés, cela faisait trop pour une seule fois.

Je vous propose donc aujourd'hui un texte tiré du livre du Père Lev Gillet, un moine de l'Eglise d'Orient, dont je vous avais déjà donné une méditation pour la Nativité.  Une façon également d'exprimer ma communion de prière et d'amitié avec nos frères orthodoxes qui fêteront bientôt la fête de la Nativité, de l'Epiphanie et du Baptême du Seigneur le 6 janvier prochain. Dans cet extrait de Jésus, simples regards sur le Sauveur, le père Gillet nous fait partager l'intimité de son dialogue avec le Christ et nous met à l'école de la prière. Par le nom de Jésus, nos sens s'apaisent, notre prière se recentre et porte en elle l'Univers entier.

 

 

   Avant d'enseigner à ses disciples les mots de l'oraison dominicale, Jésus leur dit Vous prierez ainsi...Cet ainsi couvre non seulement le texte de la prière du Seigneur mais aussi la manière dont elle est prononcée. Prier avec les mots de Jésus, oui certes. Mais surtout prier _ autant que le peut la créature pécheresse_ comme Jésus, avec les dispositions de Jésus, en entrant dans l'esprit de Jésus.

C"est surtout au Calvaire, pendant l'agonie du Crucifié que nous voyons comment prie Jésus : Entre tes mains, Seigneur, je remets mon âme...Jésus crie ses mots. Ceux-là seuls peuvent un peu comprendre ce cri, qui se sont à  certaines heures sentis broyés, ne voyant pas d'issue, et ont trouvé refuge dans cet acte suprême de confiance.

 

 

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Photo-montage réalisé par l'auteur du blog chat.libre.blog.lemonde.fr

Cette image qui associe le visage du Christ de Miséricorde à une photographie de la guerre en Palestine symbolise bien la présence d'Amour du Christ crucifié sur le Mal du Monde.

 

Entre tes mains...Etre soulevé et soutenu par toi, porté par toi, Seigneur Jésus, et aller en répétant ces mots _ obstinément attaché à toi, suspendu à toi, accroché et cramponné à toi si j'ose dire...c'est alors ce qu'on éprouve ce que la prière pourrait être.

Jésus a crié sa dernière prière d'une voix forte. Une voix qui couvre tous les tumultes, ceux du dehors, ceux du dedans. Une voix qui exprime l'effort suprême, total, insurpassable, Cri où s'actualisent toutes les puissances de l'être.

Sentir dans ma prière, par ma prière que je n'ai l'être, que je ne peux être et que je ne suis qu'entre tes mains.

Jésus met en garde ses disciples contre la multiplication des vaines paroles dans la prière. Il y a des heures où un tel besoin de simplification et d'unification s'empare de nous que même la prière parfaite, celle que le Seigneur enseigna à ses disciples, nous semble trop longue. Besoin d'exprimer notre prière en un seul mot. Ce mot nous a été donné Jésus, Jésus...! Il s'agit de le redire, _ non mécaniquement _ mais en esprit et vérité.

Dans le nom de Jésus, se trouvent, résumés et agissants tous les mystères de notre salut. Si nous répétons ce nom, la réalité de Jésus, à travers lui, peut nous pénétrer, nous emplir, nous imbiber de telle sorte que la parole se fasse chair en nous. (non l'incarnation au sens unique du mot, mais une participation par grâce).

Le nom de Jésus pénètre l'âme, comme la tâche d'huile silencieusement s'étend.

Le nom de Jésus contient le monde comme, dans le rayon de lumière, se fondent les couleurs du prisme. C'est dans son Verbe que le Père a tout créé.

L'invocation du Nom de Jésus sur tout ce qui existe permet de transfigurer, de christifier l'univers et de lui rendre un vrai sens.

 

 

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Seigneur Jésus, prie en moi, toi-même. Que je me taise, et que ta voix seule s'élève !  Si ta prière devient la mienne, si je te laisse prier en moi, tous les évènements et toutes les créatures du monde entreront dans ma prière et seront portées par elle.

Seigneur, deviens toi-même ma prière !

 

Jésus et la création. Leur rapport intime (il ne s'agit pas seulement des hommes). Non seulement c'est dans son Verbe que Dieu a créé l'Univers, mais le Dieu incarné attire à lui tous les mondes. Comme le dit Saint Paul, la Création entière, soumise à la vanité (au mal physique, aux catastrophes, à la rigueur des lois naturelles), gémit et souffre des douleurs de l'enfantement et attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.

 

Père Lev Gillet.

  

01.01.2009

Craintes et Espérances pour 2009

Chers frères et soeurs,

 

  L'année 2008 se termine dans un contexte bien morose sur le plan de la vie du monde et de l'Eglise. Il y a bien sûr la crise de notre monde qui menace tout un chacun, les discours de nos dirigeants français qui semblent plus souvent brasser du vent qu'autre chose et ont bien du mal à renoncer aux lumières du luxe quand nos concitoyens souffrent. Il y a aussi le triste visage d'Eglise que donne une certaine hiérarchie romaine dans son désir de Restauration d'un passé révolu et son incompréhension totale des réalités humaines auxquelles elle est confrontée.

 

  Ma semaine de Noël passée dans le diocèse de Fréjus-Toulon m'a donné à voir les tristes résultats de la politique du Saint-Siège que l'évêque du lieu, connu pour sa fermeture d'esprit et son ultramontanisme exacerbé met en oeuvre avec zèle. Un diocèse regorgeant de prêtres certes. Mais des prêtres venus d'ailleurs, des mercenaires pour reprendre les termes entendus chez un séminariste du diocèse. Mercenaires - légionnaires du Christ, Mercenaires des fraternités traditionnalistes (St Martin, Miséricorde Divine et j'en passe) qui promeuvent la nouvelle évangélisation à coup de messes tridentines et de sermons réglementaristes et moralisateurs.  Un diocèse où la liberté évangélique est bafouée, où les prêtres du cru qui ne plaisent pas à l'évêque sont envoyés dans les montagnes ou sont contraints de quitter le diocèse. Un diocèse où la traque aux prêtres et aux fidèles homosexuels va bon train. Triste spectacle de la Restauration vaticane. Ce n'est pas tant la liturgie tridentine qui me gêne, ni même la soutane.  Nous vieux catholiques ou anglicans, avons bien souvent conservé des normes liturgiques anciennes et nos prêtres ont gardé le clergyman ou même la soutane quand beaucoup de prêtres romains les avaient retirés. Non, le plus gênant, c'est toute la revendication que portent ces congrégations comme si ces prêtres, forts de leurs certitudes apprises dans les alinéas du catéchisme officiel, misaient plus sur l'habit que sur l'Evangile.  Pauvre Eglise qui se coupe de plus en plus de la souffrance des gens, de ce monde qui a besoin d'une parole de libération. Que disent à nos contemporains le style serre-tête, la jupe plissée Cyrillus et les chaussures bateaux ?  Ils en rient.  Ils s'apprêtent à jeter l'Eglise. Et avec elle le Christ. Car sans l'Eglise, pas de Christ. Que représente le Crucifié pour les jeunes gens à la mode qui portent des chapelets sur leur poitrine dénudée ?  Un objet de mode ? ou la Croix qui a porté leur salut, le renouveau de leur Vie ?

 

La parole de St Jean est plus que jamais d'actualité : Le Verbe s'est fait Chair et Il a demeuré parmi nous. Et le monde ne l'a pas connu...

 

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En septembre dernier, Paris-Match proclamait sur sa couverture : Le Pape Benoît XVI a séduit la France. Sans doute les mamans cathos du XVIème arrondissement qui accrochent le portrait du Souverain Pontife au-dessus de leur lit et qui ont envahi les Invalides pour la messe papale. Mais pas l'homme de la rue.

Pourtant, il y a encore dans l'Eglise des lieux de respiration, des personnes libres, des communautés qui pratiquent la liberté évangélique. . Dans toutes les sensibilités d'Eglise, même là où on ne s'y attendrait pas, prient et vivent des croyants libres. Il y a le rassemblement de Taizé à Bruxelles qui va unir des milliers de jeunes chrétiens catholiques romains, protestants, anglicans, vieux catholiques et orthodoxes pour communier à la même Parole Vivante du Père et mettre en Lumière cette Eglise qui est UNE de toute éternité malgré les divisions visibles. Rendons grâce pour ces empêcheurs de croire en rond.

 

 

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L'Annonciation - Eglise de Taizé

 

 

     Je termine ces vacances un livre que m'a donné un prêtre catholique (romain) de ma connaissance. Le Père Gérard Bessières, fondateur du magazine La Vie, ancien prédicateur des messes de France Culture, auteur de nombreux ouvrages historiques et spirituels a marqué l'Eglise de France et mon diocèse d'origine dans les années 70/80. Aujourd'hui, il fait de la maison où il s'est retiré un lieu où l'Evangile prend sens. Où tout le monde est accueilli là où il en est, comme le Christ. Gérard Bessières n'a pas peur des pourfendeurs du relativisme. Dans sa biographie spirituelle L'Enfant hérétique, une traversée avec Jésus (Albin Michel, 2004), le père Bessières se revendique comme un hérétique au sens grec du terme. Celui qui fait des choix. Des choix qui ne bradent pas l'essentiel mais qui mettent l'homme en quête d'une Vérité qui est avant tout Quelqu'un. Oui, être hérétique, ce n'est pas se couper de l'Eglise. C'est ne jamais renoncer à chercher Jésus au-delà des Christ de la Foi. C'est prendre en compte les apports de l'Histoire pour mieux fortifier notre Foi et, disons-le, relativiser l'inutile. C'est ce qu'on fait les port-royalistes et après-eux les pères fondateurs du vieux-catholicisme en rejetant tous les dogmes postérieurs à 1054. Dans l'Eglise du concile Vatican I, c'était le pire des péchés. On a fait de nous des schismatiques malgré nous. Or l'hérétique n'est pas schismatique comme le dit si bien Gérard Bessières car on demeure toujours dans sa famille même si on est en désaccord avec certains de ses membres et que ses membres vous ont ostracisés. Dans son livre, le père Bessières parle d'une de ses conférences à laquelle un évêque et un cardinal assistaient. Voici les réactions des prélats.

Dans le débat qui suivit, le cardinal me demanda comment je pouvais rester dans l'Eglise en exprimant mes distances avec l'orthodoxie romaine. (...) L'évêque qui est devenu depuis cardinal, m'interrogea sur le contenu de la Foi. Me revient en mémoire l'axiome très classique de Saint Vincent de Lérins que je citai en latin (clin d'oeil d'Aelred : C'est d'ailleurs un des enseignements fondateurs du vieux catholicisme) Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditum est (ce qui a été cru toujours, partout et par tous). J'ajoutai une interrogation : que sera le contenu de l'orthodoxie si on examine la tradition chrétienne en lui appliquant ces trois critères, à l'aide des connaissances historiques dont nous disposons aujourd'hui ? L'évêque resta sans réponse. (...) Si le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, me convoquait à Rome et m'accusait de ne pas être fidèle à l'orthodoxie, je ne nierais pas, je reconnaîtrais que je suis hérétique. Mais je lui dirais : " Et vous, êtes-vous sûr de ne pas être hérétique ? " L'hérétique, selon l'étymologie, c'est celui qui fait un tri. Qui peut se vanter de ne pas avoir "choisi" dans la foi reçue ? Je ne fis pas le détail de mes hérésies (...) je précisai seulement mes distances par rapport aux dogmes qui revêtent le Pape et la papauté d'une autorité venue de Dieu. En évoquant mes homélies, mes articles (...) je fus amené à dire que je me référais volontiers à Jésus et à son Evangile mais que je faisais silence sur beaucoup de croyances transmises par l'Eglise. Après mon exposé (...), parmi les quarante prêtres, trente huit dirent qu'ils choisissaient eux-aussi et qu'ils restaient silencieux en beaucoup de domaines, deux confièrent qu'il leur arrivait de dire ce qu'eux-mêmes ne croyaient plus tellement les gens attendent ces paroles. Je constatai qu'une liberté cheminait dans la conscience de beaucoup mais qu'un discours traditionnel pouvait continuer de fonctionner sans en être affecté.

 

 

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Merci Seigneur pour le témoignage de liberté que nous donnent tes grands témoins. Qu'à l'aube de cette nouvelle année, ton Esprit poursuive son oeuvre d'Amour et de Libération, que la déflagration silencieuse du Oui de Marie et de la crèche viennent nous ébranler, nous sortent de nos certitudes pour toujours partir à ta recherche, pour être toujours en quête de l'Ultime. En quête de Toi, le Visage qui se révèlera au dernier Jour. Toi Jésus, le Dieu qui sauve.   

 

Pour conclure, je vous laisse un texte et un cantique pour ouvrir ensemble dans la prière cette nouvelle année.

 

1) Le texte est un extrait de l'Enfant Hérétique qui vient prolonger la réflexion entreprise plus haut et nous ouvre des perspectives terriblement d'actualité.

 

Comme le monde et la vie étaient illuminés lorsqu'on reconnaissait Dieu lui-même dans le divin enfançon de la crèche, dans le charpentier de Nazareth, dans le héraut du Royaume, dans le passant qui guérissait, libérait, rendait vie ! Si Dieu venait en personne vers les pécheurs, les demi-fripouilles, les filles de joie, les perclus de corps et d'âme, s'il risquait sa vie -oui, risquait sa vie ! - pour ouvrir la voie vers un monde d'amour, s'il mourait dans l'horrible supplice, quelle harmonie majeure venait donner sens, orienter nos existences, transfigurer nos souffrances, raffermir nos énergies ! Renoncer à l'Incarnation, n'est ce pas éloigner Dieu à distance infinie, le perdre ?  L'art chrétien voit soudain s'éteindre sa lumière intérieure ; les édifices majestueux des grandes oeuvres théologiques ne sont plus qu'architectures logiques abstraites, parfois délirantes, sans appui dans la réalité ; les ferveurs qui ont suscité tant de dévouements et parfois d'héroïsmes s'exaltent dans le vide...Perte sans recours ?

 

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Peut-être cette perte qui nous prive des certitudes du passé nous fait-elle approcher obscurément une réalité invisible, indicible, inconcevable, rebelle à toute formulation et définition? Dans la recherche et la marche vers l'Ultime, pouvons nous jamais nous arrêter et considérer comme définitives les croyances, les liturgies, les institutions ? Même si le paysage est resté longtemps immobile et répétitif, vient un jour où la route monte pour franchir l'horizon vers l'inconnu. Le chemin sera rude, on regardera souvent en arrière, mais l'Absolu appellera toujours en avant. Après la stabilité rassurante des unanimités croyantes durant les "siècles de foi", il faut passer des seuils qui semblent tout mettre en péril. Etait-ce la même énergie intérieure qui nous a fait parcourir les plaines grandes ouvertes et qui nous pousse maintenant sur les sentiers de montagne ? Difficile de répondre. Ce qui est sûr; c'est qu'il faut s'alléger; renoncer à ce qui paraissait jadis indispensable : il ne restera plus bientôt que le désir et l'attente. Tout le reste n'était peut-être que projection anticipatrice, bagage du pélerin.

Gérard Bessières

 

 2) Un cantique en anglais

 

C'est un chant de Noël bien connu de nos frères anglo-saxons. Mary, did you know ? Marie, savais-tu ? Marie, savais-tu qu'en embrassant ton enfant, tu embrassais le Visage de Dieu ? A la suite de Marie, Mère de la Sainte Espérance, apprenons à découvrir Jésus, à le voir grandir en Nous, à accueillir peu à peu la Bonne Nouvelle de l'Incarnation.

 

 Je vous donne le lien pour écouter cette musique sur Youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=A1oHJR2g7Tw

 

 Belle et Sainte Année 2009 à toutes et à tous !

 

Aelred

 

25.12.2008

Belle fête de la Nativité

Chers frères et soeurs dans le Christ,

     Je vous souhaite une très belle fête de la Nativité. J'ai prié pour vous tous lors de la belle veillée de Noël provençale à laquelle j'ai participé hier soir. Un très beau moment où la paix et la beauté étaient au rendez-vous. Mais aussi les joies et les souffrances de chacun. J'ai vécu une expérience forte pendant le Notre Père. Toute l'assemblée se tenait la main. La dame à côté de moi m'a lâché la main lorsque nous disons Pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi. et elle m'a dit Mon fils a été assassiné l'an dernier, je ne pardonnerai jamais. Puis elle a repris ma main en la serrant très fort et elle m'a embrassé au moment du baiser de paix.

 

Oui, Seigneur tu es venu avant tout pour cette personne, pour son fils, pour l'assassin de son fils. Dans l'humilité de la crèche, tu nous tends les bras pour nous emplir de Ta miséricorde. En ce jour de Noël, apprends nous à t'accueillir dans nos frères et soeurs et à te recevoir dans nos bras, dans le berceau de nos coeurs.

 

Voici une petite méditation du Moine de l'Eglise d'Orient tirée du recueil spirituel Jésus, simples regards sur le Sauveur.

 

Généalogie de Jésus-Christ : ainsi commence l'Evangile. Cette longue liste de noms hébreux, que signifie-t-elle ? Pour les Juifs, nécessité de souligner la descendance davidique du Messie. Autre sens : dans cette lignée, il y a des meurtriers, des adultères, des incestueux. Si Jésus naît dans mon âme, il y naît malgré et à travers l'accumulation de mes péchés. Jésus perce, trouve sa voie à travers mes fautes, les surmontant l'une après l'autre. C'est sa généalogie en moi. Dans cette percée, resplendit sa miséricorde, sa condescendance (au sens étymologique du terme : descendre avec nous), sa force aussi.

 

 

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Généalogie de Jésus :

L'arbre de Jessé de George Braque (Eglise de Varengeville, Normandie)

 

Marie, portant l'enfant dans son sein, et Joseph vont se faire inscrire à Bethléem. Ce n'est ni à Rome, ni à Athènes, ni à Jérusalem que Jésus a voulu naître. De même, le mystère de la Nativité de Jésus ne nous est accessible que dans la pauvre bourgade de Judée. Monter à Bethléem, devenir citoyen de Bethléem, acquérir -non obtenir- l'humble esprit de Bethléem.

Les anges ne disent pas simplement aux bergers qu'un Sauveur est né. Ils disent : Il vous est né un Sauveur. Jésus naît pour chacun des bergers. Sa nativité demeure pour chacun de nous un évènement très personnel : Jésus est un don offert à chaque homme.

 

 

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   Il n'y a pas de place dans l'hôtellerie pour Marie portant Jésus et pour Joseph. Il n'y a pas de place dans l'hôtellerie de ce monde pour le disciple de Jésus. Si je parviens à m'y ménager une place, quelle facilité dangereuse ! Qu'y a t-il de commun entre l'hôtellerie et la crèche ?

  Les Mages, divinement avertis en songe, regagnent leur pays par un autre chemin. Ils doivent éviter Hérode. Dans un sens spirituel : celui que Dieu a conduit jusqu'à la crèche peut bien rentrer chez lui, dans son pays, dans sa maison, mais ce sera par un autre chemin. C'est à dire que les motifs, les attitudes, la manière d'être, les moyens employés ne peuvent plus être les mêmes. Si l'on est allé à Bethléem, un changement radical intervient.

Il avait été révélé à Siméon que celui-ci ne mourrait pas sans avoir vu le Sauveur. Oh ! Combien je voudrais avoir une telle assurance ! Ne pas mourir sans avoir vu Jésus. Non le voir par les yeux du corps, mais le voir (le voir vraiment) par les yeux de la Foi. Après ma mort, j'espère le voir autrement.

A Siméon, il fut donné plus que de voir Jésus. Il prit l'Enfant dans ses bras. Seigneur, laisse moi étreindre invisiblement le petit enfant.

L'ange ordonne à Joseph de prendre l'Enfant et Sa Mère et de fuir en Egypte. Il y a des temps où, parce que nous sommes trop faibles, il vaut mieux fuir le danger, nous retirer à l'écart. Mais il faut prendre avec nous ce qu'il y a de plus précieux, prendre Jésus, prendre l'Enfant dans sa petitesse, dans sa faiblesse (qui fortifieront notre propre faiblesse). Et avec lui, il faut prendre sa mère, comme le disciple bien-aimé la prit après la neuvième heure. Le mystère de Marie, inséparable du mystère de Jésus : mystère de miséricorde et de tendresse.
Père Lev Gillet, Moine de l'Eglise d'Orient.

07.12.2008

Sur le chemin de Noël : Jean le Baptiste

 Chers frères et soeurs dans le Christ,

 

       Je profite de l'Avent pour reprendre du service et réveiller un peu ce blog. Depuis une semaine, nos églises ont revêtu leurs robes violettes et ce temps de l'Avent, comme chaque année, nous invite à veiller dans l'Espérance. L'Evangile du jour nous donne à contempler la figure de Jean le Baptiste, le dernier des prophètes. Deux termes pourraient résumer l'Evangile de ce jour : Humilité, Conversion.

Humilité du Baptiste qui s'efface pour mieux laisser sourdre en lui le visage du Dieu qu'Il annonce, le Dieu de Jésus-Christ. Un mystique rhénan du XIVème siècle nous a laissé un beau poème qui pourrait nourrir notre méditation.

 

 

Le Christ n’a plus de mains …

 

Le Christ n’a plus de mains,

Il a seulement nos mains

Pour faire aujourd’hui son œuvre.

 

Le Christ n’a plus de pieds,

Il a seulement nos pieds

Pour aller aujourd’hui aux hommes.

 

Le Christ n’a plus de voix,

Il a seulement notre voix

Pour parler aujourd’hui de Lui.

 

Le Christ n’a plus de forces,

Il a seulement nos forces

Pour guider les hommes à Lui.

 

Nous sommes le seul Evangile que les Hommes lisent encore

 

Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles.

 

 

 

 

 

 

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Saint Jean-Baptiste 

 Mosaïque de Pompéi.

 

 

 

 

 

 Conversion à laquelle nous appelle Jean le Baptiste. Antoine Bloom, ancien métropolite de Londres rattaché au patriarcat de Moscou, réfléchit sur la conversion dans sa lecture spirituelle de l'Evangile selon saint Marc, Rencontre avec le Dieu Vivant (Cerf).

 

 

 

     Le repentir consiste en une prise de conscience, en une prise de décision et une mise en conformité de nos actes. Je puis ici vous faire part d'un des enseignements de saint Tikhon de Zadonsk. Il conseille à un jeune prêtre de dire à ses fidèles que l'on s'achemine vers le Royaume de Dieu la plupart du temps non en allant de victoire en victoire mais de chute en chute. Arrive au royaume celui qui, après chaque chute, au lieu de s'asseoirau bord du chemin pour pleurer sur lui-même, se relève et poursuit sa route ; et quel que soit le nombre de ses chutes, il se relève et il marche. Voici ce dont il faut toujours se souvenir : c'est que le repentir total et instantané n'existe pas. Il y a assurément des âmes, des géants de l'esprit capables de faire une prise de conscience instantanée de leur état de péché et de modifier sur le champ le cours de leur vie ; quant à nous, la plupart du temps, nous le redressons progressivement, pas à pas. Rappelons nous les paroles de saint Tikhon de Zadonsk : ne t'afflige pas sur toi-même, lève toi et marche, que ce soit dans les larmes, que ce soit dans un sentiment d'horreur, mais marche, sans t'arrêter.

 

 

Mgr Antoine de Souroge, ( Antoine Bloom) ( + 2003), ancien métropolite de Londres et du diocèse orthodoxe de Grande-Bretagne.  

 

 

 

Bel Avent à toutes et à tous.

 

 

 

 

 

13.08.2008

Le temps de la contemplation

    

Les vacances d'été sont à présent bien avancées. J'ai retrouvé avec joie le château où je travaille comme guide. La passion reste intacte. Devant ce superbe vaisseau de pierre qui a traversé les siècles, comment ne pas se sentir humble, à l'écoute de ces vies qui ont vibré, pleuré, ri dans cet écrin de pierre ?

 

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Château de Bonaguil ( XVème-XVIème siècle)

 

Chaque soir en refermant les portes du château, quand le soleil se couche et que les pierres sont laissées aux pigeons et aux chats qui peuplent la forteresse, je pense à ce texte de Zundel sur le monde de l'Esprit qui sous-tend toute notre vie et qui nous révèle à nous-même dès lors qu'on entre dans la contemplation d'un visage, d'une oeuvre d'art qui nous disent quelque chose de la Présence.

 

 Si l'injustice semble triompher souvent dans le domaine matériel, si l’ordre établi consacre tant d'iniquités, si l'intérêt d'un petit nombre, avec la complicité, hélas ! de tous nos égoïsmes secrets, rend presque impossible l'instauration d'une économie vraiment humaine, il y a pourtant une justice qui se réalise ici-bas, dans le témoignage que le coeur rend aux valeurs véritables.

Nous sommes très souvent dupes du succès, éblouis par les galons, flattés par les titres, subjugués par l'argent. Nous nous grisons de paroles, nous quêtons les compliments, nous nous empressons auprès des gens arrivés pour qu'ils nous fassent la courte échelle.

Mais tout cela demeure extérieur à nous. Notre âme en sent le vide dès qu'elle se souvient d'elle-même. Ce qu'elle ne fait jamais aussi bien qu'en rencontrant dans un être un élan de véritable bonté.

Quel mystérieux baptême sont ces larmes que nous refoulons à peine, quand un visage d'amour traverse notre regard, en nous révélant le monde que nous croyions peut-être aboli, et auquel nous sentons maintenant que nous appartenons par toutes les fibres de notre être : le monde de l'esprit et de la qualité, du silence et de la clarté.

Nous étions là comme d'autres jours, engagés dans les mêmes gestes, esclaves des mêmes attitudes, et cette lumière a passé, faisant surgir au-delà de cet automatisme opaque, au-delà des routines vulgaires, une Présence encore voilée, mais aussitôt reconnue en l'émoi qu'elle suscitait en nous. C'était comme un lever d'aube dans la nef d'une cathédrale, quand les vitraux sortent de la nuit, en laissant voir, dans la matière diaphane, tout un peuple divin qui chante le Cantique du Soleil.
Tout être est capable de nous faire ce don merveilleux qui nous découvre l'humanité vraie. Et ceux qui nous l'ont fait sont à jamais nos bienfaiteurs, quand bien même nous ne les aurions aperçus qu'une seule fois sur la route, car la seule chose qui compte vraiment en nous, c'est ce fonds lumineux dont chacune de ces rencontres a augmenté la richesse.



Maurice Zundel

23.03.2008

La Résurrection : Jésus, le Dieu qui danse

 

CHRIST EST RESSUSCITE ! ALLELUIA ! ALLELUIA !

 Belle fête de Pâques à toutes et à tous !

 

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Je ne peux croire que dans un Dieu qui danse ! disait Nietzsche

 

Mais le Christ est ce Dieu qui danse ! Comme on peut le voir sur la fresque de l'église Saint Sauveur de Chora à Constantinople : le Christ descend en enfer, il écrase les portes de l'enfer avec un pied ; et de l'autre il ébauche un mouvement de remontée d'une blancheur fulgurante, et il arrache Adam et Eve à leurs tombeaux ! Le voilà le Dieu qui danse !

 

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Et le chrétien c'est un homme qui danse dans la joie de savoir que l'amour est plus fort que la mort, dans la joie de savoir que nous ne sommes plus bloqués dans l'espace-temps scellé par la mort ! Il n'y a plus de mort ! Il y a des passages peut-être difficiles, peut-être douloureux mais des passages toujours vers la Résurrection. Et c'est ce christianisme vivant que les jeunes découvrent à Taizé."

(Olivier Clément, Taizé, un sens à la vie)

 

 

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